II. — Archaïsmes d'apparence
Nous entendons par là des vocables encore usuels à l'époque de Rabelais et qui sont restés en vigueur pendant tout le xvi^ siècle. Certains ont commencé à vieillir dès la lin du siècle, d'autres se sont maintenus plus ou moins longtemps avant de disparaître. En pleine période classique, on en retrouve un grand nombre dans La Fontaine, mais ce ne sont là que des réminiscences, des échos du passé.
Pour nous, tous ces termes sont des archaïsmes, c'est-à-dire des vocables sortis d'usage, ce qu'ils n'étaient nullement pour les contemporains de notre auteur.
Nous en trouverons une preuve directe dans la première édition du Dictiomiaire (1539) de Robert Estienne, ouvrage purement didactique, qui essayait pour la première fois de mettre à la portée des écoliers la langue usuelle.
La seconde édition (1549), ayant élargi son cadre par des additions livresques (parmi lesquelles l'œuvre de Rabelais occupe une place d'honneur), reflète avec moins de fidélité les intentions initiales du lexicographe.
Nous envisagerons ces termes tour à tour sous le rapport du vocabulaire, du sens et de la forme. Passant sur la nomenclature scientifique (histoire naturelle et médecine) et technique (art nautique et militaire) nous nous attacherons exclusivement aux mots usuels à l'époque qui nous occupe.