‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 87 sur 254 · CHAPITRE IV BERRY (Orléanais) ET LORRAINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV BERRY (Orléanais) ET LORRAINE

Rabelais a dû faire en Berry plus d'un séjour (i), surtout en Bas-Berry, région qui avoisine la Touraine. Il mentionne dans son roman les « saulcisses de la Brene », la « cornemuse de Buzançay », le « roy de CuUan », les « asnes de Meung », les « gentilz hommes de Beauce », Saint-Genou, ancienne abbaye de Bénédictins, etc.

Il connaît Bourges, dont il rappelle le Palays (c'est-â-dire le Palais de Jean de France, duc de Berry), la Faculté des Lois, la Grosse Tour, la Tour de Beurre, le Grand chemin de Bourges, etc. Quant à Orléans (2), il cite les murailles, l'Université, les églises de Saint-Aignan et de Sainte-Croix, sans oublier les vignes et le bon vin du crû. Dans son tour de France universitaire, il fait visiter à son héros Bourges et Orléans (1. II, ch. v) : « Et là se trouve force rustres escholiers qui luy firent grand chère à sa venue et en peu de temps aprint avecque eulx à jouer à la paulme si bien qu'il en estoit maistre ».

De bonne heure les mots berrichons renfermés dans le roman ont attiré l'attention des patoisants. Le comte Jaubert a tenu compte de Rabelais dans la deuxième édition de son Glossaire du Centre de la France (1864). H. Labonne a donné dans la Reoue du Centre (Châteauroux, 1885, p. 445 à 460) une contribution utile, sous le titre : « Recueil de mots et expressions qui, employés par Rabelais, sont encore en usage dans le Berry ». Et récemment dans la Revue du Berry et du Centre (Châteauroux et Paris, 1907), Henry Gay a inséré une étude sur La langue de Rabelais en Berry (3), qui est loin de marquer un progrès sur le travail de son devancier Labonne qu'il ignore.

(i) Jacques Soyer, Topographie rabelaisienne : Berry et Orléanais (dans Rev. Et Rab., t. VII, 1909).

(2) Il y séjourna, en 1542, chez le seigneur de Saint-Ay, Estienne Laurens. Voy. H. Clouzot, « Les amitiés de Rabelais en Orléanais >;, dans Rev. Et. Rab., t. III, p. i56 et suiv.

(3) En voici le titre conaplet : « La langue de Rabelais, le pays où l'on

Voici les termes qu'on peut attribuer au Berry (plusieurs se retrouvant dans le parler de l'Orléanais et du Blésois) :

Clia-'Oter, dégrossir une pièce de bois, couper maladroitement, terme de menuisier que Rabelais applique au tonneau de Diogène. Dans le Bas-Maine, ce verbe signifie battre, cogner, taquiner.

Cheneoé, chenevis (1. III, ch. xxxi), forme attestée à Doubs dès 1349 (Godefroy) : « une demi quarte de fèves et une quarte de cheneoé » .

Dehe2illet\ mettre en pièces (1. I, ch. xxvii, et 1. IV, ch. lu). Dans le Maine, on dit avec le même sens ebesiller et bresiller (en Poitou, ebresiller).

Debradé, qui a perdu un bras (1. IV, ch. xv), rapproché du berrichon abraté, privé de bras.

Fondu, abattu, renversé (1. I, ch. xxii) : « A cheva.u fondu ». Sens berrichon,

Freusser, froisser (deux fois dans Rabelais). En Berry freusser, c'est froisser les branches en les écartant.

Goguelu, homme fier qui se rengorge et homme replet à deux mentons (fréquent chez Rabelais), sens berrichon d'un mot qu'on lit déjà chez Coquillart (i). L'acception primordiale, en Berry comme en Champagne, est « dindon », d'où les sens figurés.

Guenaud, mendiant (fréquent) et sorcier, en Berry, les gueux réunissant ces deux professions.

Jau, coq (1. II, ch. xvi) : « dancer comme jau sur breze ou bille sur tabour ». Mot connu en Berry, Saintonge, Poitou et ailleurs.

Mouchenez, mouchoir (fréquent). Mot berrichon, poitevin et angevin.

Nie, nid (1. II, ch. xxiv : « un nie de arondelle »). Forme provinciale (Vendôme, et:.) qu'on lit également dans iVlarot, Ronsard et du Bellay.

Palerée, pelletée (1. I, ch. xxi), mot berrichon (et poitevin). C'est un croisement de pale, pelle, et panerée

la parle encore, les locutions et expressions berrichonnes dans Gargantua ».

(i) Poésies, t. I, p. f)2 :

Nous voyons pauvres goguelu^.

Minces, mcsgres, niays et lours,

Pour estrc à plaisance vestus,

Garsonncr satin et velours.

Cf. Rob. Estiennc (1549) : « Go/^uc/w, gloriosus ».

Page 1