BERRY ET LORRAINE I
Patays, lourdaud (1. I, ch. xxxix), variante berrichonne {patais) de pantais, pantois, l'une se rapportant à l'allure du faucon, l'autre à sa respiration.
Regoubillonner, faire un repas après le souper (1. IV, ch. xlvi) : « ... quelques foys qu'il est en ses bonnes, regoubillonne de chambrières ». Dans le Morvan, regoheiller, c'est revenir aux matières vomies (en parlant des porcs et des chiens) et, en provençal, regoubiblhoun signifie vomissement.
Retouble, champ ensemencé tous les ans (1. IV, ch, xxi) : «... sa charette versée par un retouble ». Terme rustique encore usuel en Berry et ailleurs.
Taille-bacon^ coupeur de Jambon, tranche-lard, homme de rien (1. I, ch. xv) : « En cas qu'il ne ait meilleur jugement que vostre fîlz..., reputez moy à jamais un taille-bacon de. laBrene ». Mot berrichon (cf. 1. I, ch. m: «saulcisses de la Brene») avec le sens figuré de «fanfaron».
Vreloppei'y varloper (1. III, Prol.), forme usuelle en Berry.
Plusieurs des mots cités comme berrichons se retrouvent dans l'Orléanais et le Blésois, sans qu'on puisse décider avec certitude d'où Rabelais les a tirés (i). C'est ainsi par exemple que jau, coq, qu'on serait porté à envisager comme le reflet foncièrement berrichon du latin gallus, se rencontre également en Poitou, en Champagne, en Périgord et en Dauphiné.
Quelques mots sur les rapports de Rabelais et de son vocabulaire avec la Lorraine.
Chassé de France par les malheurs du temps, Rabelais cherche un refuge à Metz, où il séjourne de mars 1546 à juin 1547, comme médecin de la ville. Il fait mention à plusieurs reprises de la Lorraine, et, au Quart livre (ch. lix), il est question de la coutume messine touchant le « Dragon de Sainct Clément ».
La seule trace du patois messin qu'on découvre dans le roman, sort, chose curieuse! de la bouche du saintongeais Dindenault, marchand de moutons de Taillebourg, qui apostrophe ainsi Panurge (1. IV, ch. vi) : « O le vaillant achapteur de moutons. Vraybis vous portez le minoys non mie d'un achapteur de moutons, mais bien d'un coupeur de bourses. Deu Colas, failli) Tel est aussi le cas de pampillette, papillotte (1. IV, ch. xui), variante de papilleite, forme plus fréquente. Cf. Côte-d'Or, pampillon, papillon (Rolland, t. III, p. 314).
l8o ELEMENTS LINGUISTIQUES
Ion, qu'il feroit bien porter bourse pleine auprès de vous en la triperie sus le dégel } Han, han, qui ne vous cognoistroyst, vous feriez bien des vostres ».
La Briefoe Déclaration donne cette explication : « Deu Colas, faillon. Sont motz Lorrains : de par Sainct Nicolas, compaignon ».
Ce faillon est un diminutif du lorrain fail, fils, qu'on trouve également dans le Poitou et l'Aunis (en Vendée, on dit feillon).