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CFIAPITRE II LANGUES GERMANIQUES

Les idiomes parlés par les mercenaires étrangers en France pendant les xv' et xvi^ siècles appartiennent aux langues germaniques. Ce furent tout d'abord les Ecossais de la garde royale, ensuite les Suisses et les Lansquenets, la langue des premiers se rattachant au bas-allemand, celle des derniers — Talémanique et le souabe — au haut-allemand.

Ce double courant, divers par ses origines et sa date de diffusion, a laissé dans le vocabulaire de la Renaissance quelques vestiges isolés, du ressort surtout de la beuverie, car ces mercenaires étaiefit tous d'insignes buveurs. En dérivent:

Alut, forme flamande, à côté de alluj^, variante suisse de l'allemand all-aus, complètement, c'est-à-dire jusqu'à la dernière goutte.

La première forme se lit chez Montaigne (1. III, ch. xiii) : « Mais cest homme estoit il convié de boire alut (i) par debvoir de civilité ». De même, dans la première des Serées de Bouchet (éd. 1584 et 1585): « Quand on veut parler de bien boire ou faire gavoux et alut, on dit grœcari et pergrœcari » (2).

La variante allas est dans Rabelais et nous y reviendrons plus loin.

Drinc et drinquer {^) ou dringuer, boire en général et boire à la santé de quelqu'un (Marot et du Fail), pendant ancien, xii^ siècle, de tririch et trinquer ou tringuer (attestés tout

(i) Les éditions donnent à lut. Avant Montaigne on lit cette forme dans Robert Estienne (iSSg) : « Boire à lut. Bibere more Graeco ».

(2) L'édition des Serées de 1608 (réimprimée par Roybet, t. I, p. 5i) y substitue : « faire ghar-aux et al ensyt », que l'éditeur moderne explique au petit bonheur par « l'allem.. allen Seiten, de tous côtés ».

(3) Cf. Mystère de Saint Quentin :

23i39 : Saint Jehan, je pourroy bien drinquier A la bouteille...

d'abord chez Rabelais), à côté de drongart, ivrogne (i), (l'écossais droiiken répond à l'angl. drunk), ce dernier dans la « Farce du Cousturier » {Ane. Théâtre, t. II, p. 174).

Ajoutons-y un doublet étranger au vocabulaire bachique, le tout frelore dans la « Farce de Pathelin », et tout est frelore, bigot, qu'on rencontre à la fois dans la « Chanson des Suisses à Marignan » (i 5 1 5) et chez Rabelais, où Panurge pousse ce cri au fort de la Tempête (1. IV, ch. xvm). C'est une forme suisse (2), en rapport avec la variante fvelovwn des éditions de 1533-1535 (1. II, ch. xii), qui accuse une influence plutôt littéraire (allem. verloren).

Cependant, le français possède, dès le xiif-xiv^ siècle, sous la forme parallèle forelore, le même mot avec le même sens {Roman de Renart, éd. Aléon) :

2840, Dist Renart : Tôt est forelores, Que tu es certes trop musart.

Godefroy traduit /ore/o/'es par « paroles inutiles, peines perdues », ce qui est inexact : l's final n'est pas ici le signe du pluriel, mais le soi-disant s adverbial ou paragogique, familier surtout à la vieille langue, et l'acception du mot est tout bonnement « perdu ». C'est l'écossais /oWo/'e, que Jameson(3) explique par : « forlorn, utterly lost, a word commun in Ost-England ».

Passons maintenant à l'examen particulier des idiomes parlés par ces mercenaires à la solde des rois de France.

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