LANGUEDOC
comme toulousain (cf. Doujat : « Esclop, soulier de bois dont se servent les paysans ») (i). Le mot d'ailleurs se rencontre déjà dès 1457 (« ses esclops ou souUiers ») et 1466 : « Jehan Çhavet laissa ses esclots qu'il avoit aux piez ».
Farfadet, esprit follet (fréquent), du Lang. farfadet, lutin.
Farfouiller, remuer, agiter (1. IV, ch. xxxv), du Lang./arfouia, même sens.
Fat, extravagant, folâtre (1. I, ch. xxi : a fat, nyais et ignorant »). Fréquent. On lit dans le F^rologue du V^ livre : « Pourquoy est ce qu'on dit maintenant, en commun proverbe, le monde n'est plus fat? Fat est un vocable de Languedoc: et signifie non salle, sans sel, insipide, fade, par métaphore, signifie fol, niais, despourveu de sens, esventé de cerveau ».
Ferrât, ferré (l. V, ch. xxv) : « avoit barbe rase et pieds /errai"^». Forme languedocienne.
Godemarre, gros ventre, malotru (1. II, ch. vu), du Lang.^owdoumaro, même sens (2).
Guarrigue, garigue (l. III, ch. 11 : « claires guarrigues et belles bruyères), du Lang. garrigo (Gasc. gouarrigo) (3).
Madourre (4) et modourre, lourdaud (deux fois). Mot donné par Le Duchat comme toulousain (cf. Doujat : Moudourre, grosse tête d'âne, idiot). En Languedoc, madourre et moudourre, sot, rustre, brutal (esp. modorro, imbécile).
Mage, dans l'expression Place mage, nom d'une place de Toulouse (1. II, ch. xxix), de mage, plus grand, premier.
Magnigoule, à la grande gueule, épithète donnée aux Gastrolâfres. Composé de magne, grand, et goulo, gueule.
Marrane, nom donné aux Maures et Juifs devenus chrétiens, qui passèrent d'Espagne en Languedoc : « recutiz et rataillatz
(i) Des Périers en précise la patrie (nouv, lxxix) : « Un grand monceau de souliers de bûche, alias de sabots, qu'ilz disent en ce païs là [en la ville de Toulouse] des esclops, si bien m'en souvient ».
(2) D'Aubigné écrit Godemard {sur une peinture représentant une procession) : « Il y a un Godemard espagnol qui se fait porter à la procession... », Œuvres, t. II, p. 6i5.
(3) Cf. Belon, Singularité^, p. 2 : « L'herbe que nous appelions vulgairement thym croist copieusement saulvage es guarigues de Provence et Languedoc ».
(4) Et non pas madourre, leçon fautive induite de ce passage (1. I, ch. xxxni) : « Hespaigne se rendra, car ce ne sont que madourre^ », graphie rabelaisienne pour madourres. Le second passage offre la leçon correcte (1. III, ch. xii) : « ... un modourre Corytus de la Toscane... ».
l88 ÉLÉMENTS LINGUISTIQUES
Marranes » (1. III, ch. xvm). Et, par dérision, aux Espagnols eux-mêmes: « indalgos bourrachous, niarranise:s comme diables » (I. I, ch. viii). Sobriquet des infidèles: « Marranes, renieurs de Dieu » {Pant. Progn., ch. v).
Mascarer, barbouiller de noir (1. I, ch. xi). Toulousain mascara, même sens.
Mourre, museau (1. III, ch. xx): « ... coups de poing sur le mourre ». Mot languedocien.
Passadou, flèche (1. IV, ch. lui), même sens en toulousain.
Potingue, drogue (1. II, ch. vu), du Lang. poutingo, médicament, médecine.
Rapetasser, rapiécer (l. II, ch. xxx). Forme toulousaine.
Rataconner, raccommoder fcf. 1. II, ch.xxx). Mot toulousain, répondant à l'italien rattacconare, même sens.
Retaillât, circoncis (deux fois), et retailler, circoncire (1. III, ch. xviii). Termes languedociens.
Tregenier, muletier (1. II, ch. ii) : « ... soixante et huyt tregeniers, chascun tirant par licol un muletier tout chargé de sel ». Toul. tregenié, même sens.
On rencontre chez Rabelais, en dehors de ces vocables, des phrases et des expressions languedociennes (i).
(i) Telles sont:
Adieu sias, adieu (1. I, ch. xxxiii) : i Et adieu sias\ Rome », formule languedocienne qu'on lit également dans le Mystère de Saint-Denis :
s. SENCTiN. — Fercs, Seigny'i l'ostkllier. — Hot n'en doubtas.
s. SENCTIN. — A Dieu soye:^.
l'ostellier. — Adiou syas!
Jubinal, Mystères du XFc siècle, t. I, p. iSg. — On lit adieu sias! deux fois dans la Comédie des Proverbes.
Bragues avalades, les culottes abaissées (1. III, ch. vu). Pantagruel décrit ainsi Panurge amoureux.
Caule ambolif, chou à l'huile (1. IV, ch. li), au banquet des Gastrolâtres.
Esgue orbe, jument aveugle (1. IV, ch. xiii), cette dernière expression dans l'anecdote du frère Estienne Tappecoue, sacristain des cordeliers de Saint-Maixent.