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CHAPITRE VIII GASCOGNE ET LIMOUSIN

Rabelais, comme plusieurs grands écrivains de son temps (Montaigne, Alontluc, Brantôme, d'Aubigné), a une véritable prédilection pour le gascon.

Mais l'auteur des Essais a moins souvent recours au gascon, qu'on ne l'a cru (i), et le Baron de Fœneste de d'Aubigné est écrit dans un patois qui reproduit un Jargon factice plutôt que le parler réel de la Gascogne (2).

Plusieurs vocables gascons ont joui au xvi' siècle d'une grande vogue, par exemple escarabiUiat, allègre, égrillard. On le lit tout d'abord dans une nouvelle de Des Périers, la cinquantième (où il est précisément question d'un Gascon), et il fait fortune sous sa forme réduite escarbillat, qui est celle du rouergat.

Montaigne et Brantôme s'en sont servis ; mais c'est surtout Estienne Pasquier qui en parle avec enthousiasme. Il en fait lui-même usage lorsqu'il veut montrer que le langage se conforme aux dispositions de l'esprit : « Vous voyez, entre nous autres François, le Normand, assez avisé en ses affaires, traisner quelque peu sa parole ; au contraire, le Gascon, escarbillat par dessus tout, parler d'une promptitude de langue non commune à l'Angevin et au Manceau... {3) ».

Rabelais se sert fréquemment du langage gascon pour pro-

(i) Voy. Lanusse, De V influence du dialecte gascon sur la langue française, Grenoble, 1893. La fameuse exclamation de Montaigne (1. I, ch. xxv) : '< C'est aux paroles à servir et à suyvre, et que le gascon y arrive, si le françois n'y peult aller » — est chez lui, une boutade plutôt qu'une réalité.

(2) Cf. Rev. XVI* siècle, t. Il, p. 33i-332.

(3) Pasquier, Recherches, 1. VIII, ch. i. Cf. Lettres, 1. II, ch. xii. Voy.^ sur l'expansion du mot, Rev. du XVI" s., t. III, p. 48.

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