‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 96 sur 254 · GASCOGNE ET LIMOUSIN IQÎ · texte numérisé non relu

GASCOGNE ET LIMOUSIN IQÎ

garçon, de coupeur de bourse (nouv. lxxix) : « Il n'eut pas plustost lasché la gibecière que cest habile hillot ne la luy eust enlevée ».

Lanci, jet de foudre (1. III, ch. xxvi), terme sur lequel nous reviendrons.

Maulubec, forme gasconne du langued. mauloubet, chancre, ulcère qui vient aux jambes, figure dans des imprécations fré-'^ quentes chez Rabelais.

Peguad, mesure de vin pesant huit livres (1. I, ch. xxii) : « C'estoient onze peguads pour homme ». Gasc, pega, même sens.

Penade, cabriole, et penader, synonyme de gambiller, sauter (fréquent), du gasc. penna (i), jambe {pennica, piétitiner, piaffer).

Tocqueceinct, tocsin, alarme (1. IV, ch. lvi): « ... le tocqueceinci horrificque, tel que jadis souloient les Guascons en Bourdeloys faire contre les guabelleurs et commissaires... ».

Vieux emprunt gascon dont Henri Estienne avait déjà indiqué l'origine {Précellence, p. i86) : « Tocsin. C'est un mot gascon, composé de toquer, au lieu de ce que nous disons toucher ou frapper, et de sing, qui signifie cloche, et principalement grosse cloche, comme voulontiers en effroy on sonne la plus grosse ».

Trousquer, forme gasconne du langued. troussa, se tordre, faire des contorsions, dans les imprécations burlesques citées cidessus.

Tuquet, tertre (1. II, ch. xiv : « un petit tucquet »). Mot gascon.

Vastadour, forme livresque rabelaisienne (1. III, Prol.), reflet du gasc. gastadou, ravageur, forme employée par Des Périers et d'Aubigné.

Veguade, fois, « boire une vegade », boire un coup (1. I, ch. vi): « Je m'en voys boyre encores quelque veguade ». Gasc. vegado, même sens. Cf. d'Aubigné, Baron de Fœneste (t. II, p. 304): « A une autre vegade ».

Vieda^se, imbécile, couillon, proprement vit d'âne. Mot gascon fréquent chez Rabelais et chez les écrivains du temps : Marot. Des Périers, du Fail, Brantôme, d'Aubigné, etc. (2). On lit chez notre auteur plusieurs dérivés : viedasé, foutu (1. III,

(i) Cf. A. Thomas, Nouveaux Essais, p. 3i5-3i6.

(2) Voy. ces témoignages dans Rev. Et. Rab.^ t. VIII, p. 169 à 171.

ch. xxviii), répondant au gasc. viedasa, au sens libre ; viedaserie, imbécillité (dans l'épître contre Dolet en tête de l'édition de Gargantua de 15.42), gasc. oiedasarié, niaiserie.

Entre tous les patois du Midi, le gascon a Joui d'une grande vogue et a laissé de curieux vestiges dans les oeuvres les plus considérables du xvi' siècle. Montaigne en a fait un éloge magnifique (1. Il, ch. xvii) : « Il y a vers les montagnes un gascon que je trouve singulièrement beau, sec, bref, agissant et à la vérité, un langage masle et militaire plus qu'autre que j'entende, autant nerveux, puissant et pertinent comme le françois est gracieux, délicat et abondant ». Cette caractéristique s'applique à merveille à la diction même de Montaigne.

Finalement quelques mots sur les termes rabelaisiens tirés du Limousin.

On connaît le célèbre épisode de l'Ecolier Limousin qui, en présence de Pantagruel, se mit à débiter en sa verhocination latiale une des facéties alors en cours parmi les étudiants du Quartier Latin. Le géant, indigné de voir cet intrus de la province contrefaire le Parisien, le saisit à la gorge, et notre escolier\ à moitié sufîoqué, de perdre son latin et de recourir, angoissé, à son paternel limousin (1. II, ch. vi) : « Lors commença le pauvre Lymosin à dire. Vee dicou, gentilastre. Ho^ sainct Mamault, adiouda mij. Hau, hau, laissas à quau, au nom de dious, et ne me touquas grou » (i).

Rabelais a-t-il séjourné à Limoges en 1533, comme on l'a affirmé ? Les indices notés à l'appui de cette hypothèse ne supportent pas l'examen (2). Mais, d'une façon ou d'une autre, Rabelais connaît les Limousins, et il en parle fréquemment.

Les grosses raves rondes du Limousin sont mentionnées à la fois dans la Pantagruéllne Prognostication (ch. vi) et dans Pantagruel (ch. xxvii). De là mascherable, mâche-rave, sobriquet qu'il donne à l'Ecolier Limousin et qui revient plus tard sous la plume de Brantôme (3).

,(i) « Ho! Saint-Martial, aide-moi! Ho! ho! finissez, au nom de Dieu, et ne me frappez pas ».

(2) M. Alph. Precigou {Rabelais et les Limousins, Limoges, 1906, et « Notes complémentaires », dans le Bibliophile Limousin de 1907) reproduit le discours de l'Ecolier Limousin, en y ajoutant des remarques banales.

(3) Parlant de Turnèbe et de Muret, Brantôme les appelle (t. HI,

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