‹ La langue de RabelaisChapitre 100 sur 218 · II. — Contes moralises · texte numérisé non relu

II. — Contes moralises

Les récits où l'élément moral l'emporte étaient connus au Moyen Age sous le nom d'Exempla, d'où l'expression alléguée par Rabelais: « ... les Exemples de sainct Nicolas ». Les prédicateurs du temps en sont largement pourvus et les recueils qu'on en a publiés sont devenus une source importante de la littérature narrative (fables, historiettes, nouvelles).

matias (1679) du sieur Deroziers Beaulieu (acte V, se. v) : « Ha, poltron retourné, grièoMri d'allégresse » {Ancien Théâtre, t. IX, p. 5oi).

(i) Voici la description qu'il en donne :

« A Lion au carneval on l'appelle Maschecroutte : ils [les Romains] la nommoient Manduce. G'estoit une effigie monstrueuse, ridicule, hydeuse, et terrible aux petitz enfans : ayant les œilz plus grands que le ventre, et la teste plus grosse que tout le reste du corps, avecques amples, larges, et horrificques maschoueres bien endentcUées tant au dessus comme au dessoubs : les quelles, avecques l'engin d'une petite chorde cachée dedans le baston doré, l'on faisoit l'une contre l'aultre terrificquement clicquetter, comme à Metz l'on faict du Dragon de sainct Clemens » (1. IV, ch. Lix).

(2) C'était un des amis de Rabelais, qui l'appelle (1. I, ch. xvii) « commandeur jambonnier de sainct Antoine », ce qu'il était en réalité.

(3) Paru en i532. Voy., sur ce curieux ouvrage, J. Plattard, dans Rev. Et. Rab., t. IX, p. 221 et suiv.

(4) VEsperon de discipline, i532, 1. II, fol. D ij r».

Les plus anciens recueils de ces Eœenipla sont : ceux de Jacques de Vitry, cardinal français, mort à Rome vers 1240 (i) ; ceux d'Etienne de Bourbon, dominicain du xiii® siècle (2), et ceux de Nicolas Bozon, franciscain qui vivait en Angleterre au commencement du xiv^ siècle (3). On y retrouve plusieurs des historiettes citées par Rabelais.

« Comment les femmes ordinairement appetent choses défendues », titre du ch. xxxiv du Tiers livre, où est rappelée l'anecdote de la curiosité des Religieuses de Fontevrault — et qui reparaît également dans le xxxiii^ chapitre des Contes cVEutrapel de du Fail — figure tout d'abord dans Jacques de Vitry (4), Etienne de Bourbon, etc.

De même Xz. farce du Pot au lait, à laquelle notre auteur fait allusion au xxxiii^ chapitre de Gargantua :

Là présent estoit un vieux gentilhomme esprouvé en divers hazars, et vray routier de guerre, nommé Echephron, lequel ouyant ces propous (5), dist : J'ay grand peur que toute ceste entreprinse sera semblable à la farce du pot au laict, duquel un cordouannier se faisoit riche par ruserie : puis, le pot cassé, n'eut de quoi disner (1. I, ch. xxxiii).

Ce récit, dont tous les détails sont déjà consignés dans les Exemjda de Jacques de Vitry et des autres prédicateurs, est le sujet de la xn* nouvelle des Joyeux Deois de Des Périers, intitulée Le Pot au lait (6), et plus tard de la fable si connue de La Fontaine (7): « La laitière et le pot au lait ».

Les Souhaits ridicules ou extravagants entraînent la ruine, tandis que les souhaits médiocres sont réalisés. C'est là le thème du conte allégué dans le nouveau Prologue du Quart livre : « Le bûcheron et les trois coignées » (8).

(i) Exempts of Jacques de Vitry, éd. Cranc (t. XXVI de la Folklore Society).

(2) Estienne de Bourbon, Anecdotes, histoires, légendes et apologues^ éd. Lecoy de la Marche, Paris, 1887.

(3) Contes moralises de Nicole Bo^on, Paris, 1889 (édition des Anciens Textes).

(4) Voy., dans l'édition Cranc, la note bibliographique de la p. iSc).

(5) Il s'agit des projets extravagants de Picrochole pour conquérir l'univers.

{()) Jacques de Vitry en donne la plus ancienne version, éd. Crâne, p. i34-i55.

(7) Voy. l'édition Régnier, t. II, p. 145, des Œuvres de La l-'ontaine.

(8) L'auteur prétend en avoir emprunté le sujet à Esope : « A propos

Après avoir raconté l'histoire d' « un paouvre homme, villageois natif de Gravot, nommé Couillatris, abateur et fendeur de boys », il en expose ainsi la moralité : « Soubhaitez doncques médiocrité, elle vous adviendra ; et encores mieulx, deument ce pendant labourans et travaillans ».

C'est le thème déjà traité par les Fabliaux : « Les quatre souhaits saint Martin », qui a joui d'une si grande popularité au Moyen Age (i).

Au XVI® siècle, ce même sujet revient dans un conte qu'on lit dans la Nouvelle fabrique des excellents traicts de vérité^ par Philippe d'Alcrippe, conte ainsi intitulé: « Des trois jeunes garçons, frères du pays de Caux, qui dancerent avec les Fées (2) ».

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