I. — Chansons religieuses
Le xvi' siècle est l'époque par excellence des Noëls ou chansons religieuses consacrées à la naissance du Christ. Le plus ancien recueil imprimé connu remonte à 1 5 1 5 environ et porte ce titre qui reparaît dans les impressions ultérieures : Les Noè'U nouvellement faicts et composer en Vhonneur de la nativité de Jesucrist et de sa très digne mère (s. 1. n. d., in-12).
Chaque province a eu son recueil de Noëls : l'Anjou, celui de Jehan Daniel, organiste à Angers (i 520-1 530) ; la Touraine, La grande Bible des Noëls, parue à Tours (sans date), gothique (3).
Estienne Pasquier relève leur vogue extraordinaire et prolongée toute l'année : «En ma jeunesse, c'estoit une coustume que l'on avoit tournée cérémonie de chanter tous les soirs presque en chasque famille des Nouëls, qui estoient chansons spirituelles faites en l'honneur de nostre Seigneur... » (4).
Et Antoine du Verdier parle du grand nombre de recueils de Noëls, imprimés ou manuscrits : « Il n'y a en France paroisse où l'on n'en fasse, pour les chanter tous les ans aux fêtes de Noël » (5).
Le seul connu des auteurs de Noëls poitevins est Lucas Lemoigne, curé de Saint Georges et de Notre-Dame du Puy- la- Garde, au diocèse de Poitiers, qui publia à Paris, en 1520, un in-12 gothique, les « Grans Noëls nouveaux^ réduits sur le
(i) Cette farce a été réimprimée dans l'Ancien Théâtre de Violletle-Duc.
(2) Réimprimée dans le même recueil, t. IX.
(3) Voy. H. Lemaître et H. Clouzot, Trente Noëls poitevins du XF* au XVIII^ siècle, Niort, 1908, et principalement Lopelmann, Das Weihnachtslied der Fran^osen iind der ïibrigen romanischen Volker, 19 14 (dans Romanische Forchungen, t. XXXII, p. 489 à 616), bibliographie, p. 602 à 614.
(4) Recherches sur la France, 1. VIII, ch. xx.
(5) Dans sa Bibliothèque Françoise (i585).
chant de plusieurs chansons nouvelles». Or Rabelais, qui fait parfois mention de noëls, en les citant sous leur forme poitevine, écrit dans l'ancien Prologue du Quart livre : « En Angiers estoit pour lors un vieux oncle, Seigneur de Sainct Georges, nommé Frapin : c'est celuy qui a faict et composé les beaux et joyeux Noelz, en languaige Poictevin ».
On s'est demandé si cet oncle Frapin, seigneur de Saint Georges et auteur de noëls poitevins, n'était pas tout bonnement Lucas Lemoigne, curé de Saint Georges (i). Mais étant donné la précision de Tonomastique rabelaisienne, le nom de Frapin^ porté d'ailleurs par un aïeul maternel de l'auteur, s'oppose à une pareille identification. La question reste en suspens.
Toujours est- il que Frère Jean, au fort de la tempête, entonne, en guise de celeame, un vieux noël poitevin :
Je n'en daignerois rien craindre, Car le jour est feriau, Naii, naiif naul (2)
C'est le refrain d'un ancien noël poitevin conservé dans le manuscrit de l'Arsenal :
Au saint nau Chanteray, sans point me feindre, Y n'en daigneray ren creindre, Car le jour est feriau (3),
Autre souvenir dans la bouche de Panurge (1. 111, ch. xiv) :
Qui ne le croid, D'enfer aille au gibet, Noël, nouvelet.
Cette fois il s'agit d'un noël inséré dans la Grande Bible des Noi^'ls :
Noël novelet, noel chantons icy, Novelles gens crions à Dieu mercy, Chantons noel pour ung roy novelet.
Ung prestrc vint dont je fuz esbahy Qui par parolles mon cueur espanouyt...
(i) Cf. Burgaud des Marets, G'Juvrcs de Rabelais, t. II, p. 3.
(2) Nau est la forme poitevine, répondant à twcl.
(3) Première pièce du recueil de M. Lcmaitre et II. Clouzot. Les éditeurs l'assignent au xv siècle, faute d'une désignation plus précise du manuscrit de l'Arsenal.
Et si me dit : « Frère, creis tu icy ? Et si tu y croys, es cieux seras ravy. Si tu n'y croys, d'enfer va au gibet (i).
Les noëls poitevins restèrent en vogue Jusqu'au xviii' ,'siècle. Ceux de Bourgogne furent remaniés en 1700 par le bourguignon Bernard de La Monnoye, auquel ils durent un regain de popularité.
Au XVI® siècle, Clément Marot a composé des noëls ou pastourelles.