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VII. — Chansons historiques

L'événement historique le plus considérable du premier quart du xvi' siècle a été la défaite des Suisses à Marignan (13-14 sept. 151 5), qui a eu un long retentissement. Ce « combat des géants » a été depuis souvent célébré. Le livre de Leroux de Lincy en renferme plusieurs chansons (3), parmi lesquelles la plus connue est celle de Clément Jannequin, dont la Bataille de Marignan (4), pleine de pittoresque et d'harmonie imitative, a Joui pendant tout le xvi' siècle d'une vogue immense (5).

(i) A la fin des premières éditions de ses Antiquité^ de Paris.

(2) Voy, J.-G. Kastner, Les Voix de Paris, essai d'une histoire littéraire et musicale des cris populaires, Paris, iSSy.

(3) Recueil de chants historiques français, Paris, 1842^, t. II, XVI^ siècle, p. 56 à 64, et Arthur Piaget, Poésies françaises sur la bataille de Marignan, dans les « Mémoires et Documents publiés par la Société d'Histoire de la Suisse romande », Lausanne, 1902, 2e série, t. IV, p . gS à 127.

(4) Ibidem, p, 63 à 67, et sous une forme plus complète, réimprimé par Expert, t. VII, p. 3i à Sg : La Guerre.

(5) Voy. ci-dessus, p. 202.

Nous relèverons ailleurs les traces nombreuses que cette chanson a laissées dans le vocabulaire de Rabelais (i).

VllI. — Refrains (2).

Les refrains sont souvent représentés par le dernier vers de la chanson. Tels sont: « Adieu paniers, vendanges sont faites (1. I, ch. XLVii), refrain des vignerons appliqué ironiquement à une affaire manquée,

Lamibaudichon, qui figure chez Rabelais au milieu d'un galimatias inextricable (I. Il, ch. xii), était primitivement un refrain joyeux de buveurs ou de danseurs. On lit dans le Mystère de l'Assomption :

Que je sceuesse d'une vielle

Jouer sans plus une chanson.

Seulement Vamy baudichon ;

Ce seroit assez pour me [faire] vivre,.. (3)

On le retrouve, avec un sens libre, dans une pièce de la Fleur des chansons (1634), qui remonte au xvi' siècle, et dont voici la première strophe :

Une bergerotte près d'ung verd buisson, Gardant brebiettes Avec son mignon, Luy disit en bas ton... et hon !

En disant à bas ton Nette contre notte Et lamybaudichon I (4)

Ce refrain joyeux fut même pris pour thème à plusieurs reprises par les musiciens du xvi" siècle. Josquin de Prés, entre autres, a écrit une « Missa supra Lanii Baudichon » (5). Dans la Vengeance de nostre Seigneur, mystère de la fin du xv' siècle, on lit (111' journée, fol. S 11 v") : « Nota qu'ilz viennent au Temple chantant Vamij Baudichon, ma dame ».

(i) Celui-ci en fait mention (1. IV, ch. xli) : « 11 me soubvint du gros 'laureau de Berne qui feut à Marignan tué à la desfaicte des Souisses ».

(2) Nous avons tiré parti de l'excellent travail de Gustave Thurau , Der Rcjrain in der fran^Osischcn Chanson, Berlin, 1901.

(3) Cité dans Petit de Julleville, Mystères, t. I, p. 275.

(4) Voy. G, Thurau, p. 383-Î85.

(i) Idem, Ibidem, p. 385. — Les Chansons Françoyses de Josquin de Prés parurent à Anvers en ib/^b.

Vogue la galée! refrain archaïque de matelot, modernisé en vogue la galère, dans l'exclamation de Panurge, une fois la fempête finie (1, IV, ch. xxiii). Ailleurs (1. I, ch. m), il reparaît avec le sens généralisé « arrive que pourra ».

Nous le rencontrons sous sa première forme dans une sottie de Gringore, Abus du monde :

Jamais je n'ouys mieulx mentir.

Sus gallans, vaugue la galée\ (i)

Et dans la Farce du maître Mimin (éd. Fournier, p. 321) :

Il suffit, il s'en faut aller; Chantons hault à la bien allée!

Et à Dieu, vogue, la galéel

Sous sa forme moderne, on le rencontre comme refrain ironique dans les vaudevilles du Théâtre de la Foire (2).

Plus souvent encore les refrains sont représentés par des expressions ou formules onomatopéiques au sens vague :

Mirelaridaine, refrain populaire (l. IV, ch. xvi) qu'on retrouve sous une forme analogue dans une chanson Agenaise (Bladé, p. 119) :

Dansons, ma Sirène,

Mirelaine.

Il faut bien danser La mirelirél (3)

Toureloura la la, employé au sens libre chez Rabelais (1. II, ch. xii), se lit avec sa valeur originaire dans la « Farce de Calbain » (éd. Fournier, p. 277):

Et tout toureloura la lire lire...

et avec un sens apparenté dans la Comédie des Chansons (acte V, se. iv):

Il est à qui l'aura, ma tourelourette

Il est à qui l'aura, ma tourelQura\ "

Finissons par ce refrain qu'on lit au V livre (ch. vi) et que

l'auteur met dans la bouche de Frère Jean:

Ils s'en repentiront dondaine, »

Ils s'en repentiront dondon.

Voilà les différents genres de chansons qu'on trouve dans Gargantua et Pantagruel, et qui sont pour la plupart foncièrement populaires.

(i) Picot, Sotties, t. I, p. m.

(2) Thurau, loc. cit., p. 867.

(3) Cité dans G. Thurau, p. 106.

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