Mais voilà II, barils à ma sele toursés
Qui tuit sunt plain de basjite, dont Dieu fu enbasmés,
Au jour qu'il fu de crois et sépulcre portés;
Plaie qui en est ointe, c'est fine vérités,
Ne puet estre percie ne en draucle (4) mellés.
Cervantes a trouvé, dans la version espagnole du Fierabras du xvi' siècle, la composition du fameux baume qui guérissait toutes les blessures.
Ajoutons un souvenir de Valentin et Orson, le nom de Pacolet, donné au nain de ce roman et que Rabelais semble avoir transféré au cheval du nain (1. II, ch. xxiv): « Et ne crains ny traict ny flesche, ny cheval tant soit legier, et feust ce Pégase de Perseus, ou Pacolet ». W Histoire des deux nobles et vaillans chevaliers Valentin et Orson (Lyon, 1605, fol. 169) ne permet pas cependant de s'y tromper (5).
(i) Ant. Thomas, dans Romania, t. xl, p. 443-446. — Chaque version de Fierabras donne une autre variante : Martriple (en provençal), Maltriboli et Montriboli (Italie), Mantible (Cervantes et Calderon).
(2) Cf. Ogier, v. 11290 (baume avec lequel Jésus a été oint pour être enterré).
(3) Cf. Fierabras, v. 526 (baume que le héros avait conquis à Rome).
(4) C'est-à-dire dragon.
(5) « Au chasteau de plaisance de la belle dame Esclarmonde, il y avoit un nain qu'elle avoit nourri dès son enfance et gardé et mis à l'escole ; icelui nain avoit nom Pacolet, de grand et subtil engin estoit plein, lequel à l'escole de Tollete tant avoit apprins de l'art de nigromance que pardessus tous autres estoit parfait, en telle manière que, par enchantement, il fit un petit cheval de bois, et en la teste d'icelui avoit fait artificiellement une cheville qui estoit tellement assise, que toutes les fois
Marot se sert du nom avec le sens primordial (Epitre viii) : Le bon cheval du gentil Pacolet...
alors qu'Oudin, dans ses Curiosités (i6^o), adopte Pinterprétation rabelaisienne (i).
Un dernier souvenir. Le nom de Golfarin, « nepveu de Mahon », qu'invoque un des géants de Loup-Garou (1. II, ch. xxix), n'est que la forme modernisée de Corfarin^ qu'on lit fréquemment dans la Mort de Garin le Loherain, où ce nom est tour à tour donné à un amiral de Palerne, à un sujet de Marsille et à un Sarrasin de Montbrant (2).
Tels sont les principaux éléments imaginatifs que Rabelais a tirés des romans de chevalerie. Ils témoignent d'une connaissance parfaite de cette littérature romanesque, très en faveur dans la première moitié du xvi' siècle, et dont son livre (comme plus tard celui de Cervantes) est la parodie.
C'est à la même source que se sont abreuvés les auteurs italiens de la poésie héroï-comique, le Pulci et l'Arioste, dont l'influence sur notre auteur doit être réduite au minimum. Le Morgante Magglore notamment offre un petit nombre de points de contact avec le Pantagruel, mais ce sont là des traits parallèles, des analogies traditionnelles, et nullement des emprunts. Certains critiques de nos jours ont étrangement abusé de ces rapprochements superficiels (3).