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V. — Prognostications

A la fin du xv' et au début du xvi' siècle, les recueils de prophéties ou prognostications sont fréquents. Montaiglon en a publié plusieurs qu'on pourrait ranger sous trois chefs (2):

1° Didactique, telle la Prognostication des Laboureurs, qui donne les pronostics vulgaires et courants sur les changements de la température (3).

2° Comique, pour divertir les lecteurs, telle la Prognostication generalle ou la Prognostication Frère Tybault (4).

3° Satirique, pour railler leur crédulité, en leur prédisant les événements les moins vraisemblables. Tels: I^Sl Prognostication nouvelle et la Prognostication du maistre Albert Songecreux{^). Rabelais, qui cite à deux reprises (6) ce personnage plus ou moins fantaisiste, a sans doute connu cette pièce facétieuse quand il a écrit sa propre Prognostication (7).

Le succès de cette plaquette a engagé Rabelais à publier plusieurs almanachs, dont trois seulement pour les années 1533, 1535 et 1541 sont arrivés jusqu'à nous (8).

(i) Légende de maistre Pierre Faifcu^ i532, v. 179 et suiv. (reimprimé à Paris en 1888).

(2) Nous renvoyons pour les traits parallèles à la dissertation citée de Krliper, p. 27 à 32.

(3} Montaiglon, Recueil de poésies, t. II, p. 87 et suiv.

(4) Ibidem, t. IV, p. 36 à 46, et t. XII f, p. 12 a 17.

(5) Ibidem, t. XII, p. 148 à i()6, et p. 176 à 191.

(6) Cf. 1. II, ch. vu, et 1. I, ch. xx.

(7) En voici le titre complet : Pantagrueline Prognostication, certaine^ véritable et infaillible, pour l'an perpétuel. Nouvellement composée au profit et advisemcnt des gens estourdis et musars de nature. Par Maistre Alcofribas, Architriclin dudit i'antagruel. Pour l'an MDxxxiii, quatre feuillets gothiqies, in-4°.

(8) Voici le titre du premier: Almanach pour l'an i53.3, calculé sur le méridional de la noble cite dit Lyon, et aur le climat du royaume de France. Composé par moy Françoys Rabelais, docteur en médecine, et professeur en astrologie, etc. ».

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Rabelais fait ailleurs allusion aux termes ambigus et aux prédictions aléatoires de ce genre de publications populaires (l. III, ch. xxn): « Ce que je diraj'' adviendra, ou n'adviendra point. Et est le style des prudens prognosticqueurs ».

VI, — Livres de magie.

Les traités de magie ont de tout temps passionné les gens du commun. Charles Nisard en donne plusieurs titres dans ses Livres populaires, tel que Le grand Grimoire ou l'Art de commander aux esprits célestes, aériens, terrestres, infernaux... imprimé sur un manuscrit de 1522 (Paris, 1845), en remarquant avec raison (t. I, p. 129): « Aucun grimoire ne parait avoir été imprimé en français au xvi' siècle ».

Rabelais en fait cependant mention à l'occasion de l'Ile des Papefigues (I. IV, ch. xlv) : « En la chapelle entrez et prenens de l'eaue beniste, apperceusmes dedans le benoistier un home vestu d'estoUes, et tout dedans l'eaue caché, comme un canart au plonge, excepté un peu du nez pour respirer. Au tour de luy estoient troys presbtres bien ras et tonsurez, lisans le Grimoyre, et conjurans les Diables ».

Quant à la Clavicula Salomonis (i), autre livret populaire de magie, Rabelais l'a également pratiquée, car il lui a emprunté le nom d'un de ses géants, ancêtres de Pantagruel : Bruslefer, démon qu'on invoque quand on veut se faire aimer (2).

VU. — Bibliothèques campagnardes.

Noël du Fail, au début de ses Propos rustiques (1547), nous a fait connaître les livres populaires les plus répandus parmi les paysans de la première moitié du xvi' siècle.

Aux trois livres populaires mentionnés dans l'édition princeps — le Kalendrier des Bergers, les Fables d'Esope et le Roman de la Rose — l'interpolateur angevin de l'édition de 1548 a ajouté plusieurs œuvres purement littéraires, telles que iMatheolus, Alain Chartier, les deux Grébans, Crétin, les Vigiles

(i) Cf. Nisard, t. I, p. 129 et suiv. La Clavicula Salomonis adjilium Roboam est l'œuvre d'un cabaliste italien Rabbi Salomon.

(2) Colin de Plancy, Dictionnaire des sciences occultes, Paris, 1846, yo Brûlefer.

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du feu roi Charles. Nous ne retiendrons que les titres mentionnés par du Fail lui-même et qui seuls jouissaient réellement d'une vogue populaire, encore vivace pour la plupart.

C'était en premier lieu le Kaleiidrier des Bergei'S, que Guy Marchant fit paraître à Paris le 2 mai 1491 (i), et qu'on retrouve encore de nos jours parmi les livres de colportage sous le titre d'Almanac/i des Bergers ou Nouveau Calendrier des Bergers (2).

C'est é;j:alement à la fin du xv" siècle que furent imprimées les Fables d'Esope (3) et le Roman de la Rose, qui remonte au xiii' siècle, le monument poétique de l'ancienne langue qui a exercé la plus profonde influence sur toutes les classes de la société pendant la Renaissance.

Il faudrait leur associer le Liore des Quenouilles, paru pour la première fois à Bruges en 1475 (4)- C'est le recueil le plus précieux des croyances et superstitions qui avaient cours dans les campagnes, vers le milieu du xv' siècle, et que l'auteur anonyme a mis dans la bouche même des femmes du menu peuple, en reproduisant fidèlement leur langage et leur tour de pensée.

Ce livret populaire par excellence est devenu dans la suite un synonyme de fable ou conte (5).

Remarquons que du Fail lui-même, une quarantaine d'années après sa première liste, nous en a transmis une deuxième plus nourrie, cette fois, d'une bibliothèque de gentilhomme rural sous François I". Elle se lit dans le xxn' des Contes et Dis-

(1) Cette édition princeps, inconnue aux bibliographes, est donnée et décrite par Claudin, Histoire de l'Imprimerie, t. I (1900), p ûo et suiv.

(2) Ch. Nisard, Livres populaires, t. I, p. 74 et p. 83.

(i) Paru à Lyon en 1480. VA. Claudin, t. III, p. iiy et suiv.

(4) Voici le titre d'après l'édition ultérieure : « Les Evangiles des Connoilles, faites à l'honneur et exaulcement des dames, lesquelles traitent de plusieurs choses joyeuses, racontées par plusieurs dames assemblées pour Hier durant six journées, Lyon, 1493, 4' goth. ». Réimprimé par Jannet en i8-'5.

(5^ Calvin, dans son écrit Contre les libertins (i545), fulmine ainsi contre un de ses adversaire: « Voyez l'audace de ce pendard, de n'avoir nulle honte de contrefaire le grand docteur, en racomptant des fables du livre des Quenouilles, pour expositions mystiques de l'Escriture », Calvini Opéra, t. VII, p. 229.

Un sicclc plus tard, Ant. Oudin, dans ses Curiosilcj françoises (1(340), explique Contes de la Quenouille par « fables » et ajoute ce commentaire déconcertant: « Le Livre des Quenouilles. Mot fait à plaisir, un livre inconnu ».

cours cVEutrapel (1585): « Sur le dressoûer ou buffet à deux estages, la Saincte Bible de la traduction commandée par le Roy Charles le Quint, y a plus de deux cens ans, les Quatre fils Aymon, Oger le Danois, Melusine, le Calendrier des Bergers, la Légende dorée, ou le Romant de la Roze ».

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