‹ La langue de RabelaisChapitre 152 sur 218 · V. — Personnages · texte numérisé non relu

V. — Personnages

Chaque personnage du roman de Rabelais vit et agit suivant sa nature et son milieu. On s'en aperçoit même en ce qui touche les proverbes.

Frère Jean puise les siens dans son milieu monacal et sa source par excellence est le Bréviaire qu'il connaît mieux que la Sainte Ecriture. Lorsqu'il est en verve, et il l'est presque toujours, les dictons monastiques tombent drus de sa bouche. Aux occasions les plus banales, surtout pendant la beuverie, il en use avec profusion, et les versets sacrés de figurer ainsi dans un cadre inattendu.

Panurge dispose de ressources plus amples, mais il n'en fait pas un usage moins libre. Ses proverbes sont tour à tour piquants, gaulois ou triviaux, triple caractéristique de ce personnage complexe et changeant.

Bridoye, le fameux juge qui « sententioit les procez au sort des dez », ne vide pas seulement son sac de brocards, mais a recours aussi aux dictons vulgaires, qu'il enfile parfois à la manière de Sancho Panza.

Rabelais, lui-même, quand il parle en son propre nom ou

Religions, t. III, p. 92 à 118 : « Les sycophants et les mystères de la figue ».

(i) On la lit dans le Roman de Jaufré, remontant au premier tiers du xni" siècle (dans Raynouard) : « El mezel a'I fâcha la figa », le lépreux lui a fait la figue. — L'expression est courante au xvi» siècle, et Michel Menot en fait un des premiers mention {Caresme de Tours, Paris, i525, fol. 33): t Domini, facitis de verbis praedicatoris la figue ». Mathurin Régnier la cite dans sa vi« Satire : « Et la fraude fit lors la figue au premier âge ».

quand il déroule ua récit, ne perd pas l'occasion de placer un proverbe. Les sentences de la Bible coudoient, chez lui, les adages gréco- romains, les Distiques de Caton, le Dit et contredit de SalomoQ et Marcol, les proverbes communs et vulgaires, en un mot les principaux représentants de la sagesse populaire de tous les temps. Deux chapitres de son roman, le xi' de Gargantua et le XXI i" du V livre, sont uniquement constitués de proverbes en liles ou chapelets, et puisés pour l'un dans la littérature orale et pour l'autre dans les recueils d'adages. Le but de ce cumul est manifeste et nous y reviendrons. Ce sont là des curiosa uniques dans le domaine de la parémiologie.

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