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CHAPITRE VI USAGES ET COUTUMES

Quelques proverbes remontent à des usages et des coutumes du passé, aujourd'hui partiellement ou totalement disparus.

Danse. — Sommes nous icy pour manger ou pour bataill'er ? Pour batailler vrayement, dist Toucquedillon ; mais de la panse vient la dance (I. I, ch. xxxii).

Proverbe commun donné par Mielot (n° 80) : « De la panse vient la danse ».

La danse était jadis l'accompagnement de la bonne chère; elle n'exigeait aucun préparatif. Encore aujourd'hui, dans les fêtes villageoises, on danse en sortant de table.

Ce proverbe est fréquent aux xv' et xvi' siècles (i).

Rabelais nous en donne ce témoignage (1. I, ch. iv): « Après disner tous allèrent (pelle melle) à la saulsaie : et là sus l'herbe drue dancerent au son des joyeux flageolletz et doulces cornemuses: tant baudement, que s'estoit passetemps céleste les veoir ainsi soy rigouller ».

Il est curieux de voir au xx' siècle revenir ce mélange de la danse et de la bonne chère dans les grands restaurants parisiens.

Noces. — Les geans estoient aises comme s' il:{ /eussent de nopces (1. II, ch. xxix).

— D'elle vous serez battu comme tabour à nopces (1. III, ch. xiv). Cf. 1. IV, ch. XV : Tabour ins à nopces sont ordinairement battuz m.

(i) Il revient dans le Testament de Villon et dans la Moralité « Le mauvais riche » (Fournier, p. 7G). De même, au début du xvi», dans la Condamnacion de Banquet^ de i^oy (éd. Jacob, p. 278). — Cf. Menot, dans son Caresme de Tours, i525 (fol. ii3): « De la patice vient la dance, de yvrognise vient paillardise », et Calvin, dans un de ses Sermons : « Aucuns estiment qu'ils se sont levés pour aller jouer : comme on dira en proverbe commun qu'après la panse vient la danse: et que ceux qui sont bien soûls, s'adonneut à toute intempérance » {Opéra, t. XLIX, p. 608}.

4i8 FAITS TRADITIONNELS

De là aussi le dicton : « C'est estre venu comme tabourin à nopces », dans la Comédie des Proverbes (acte II, se. ii) et dans le Dictionnaire de l'Académie de 1740 {d° tambourin) : « On disait autrefois tabourin et il s'est conservé dans ce proverbe : II vient comme tabourin à noces ». Cf. du Fail, t. I, p. 171 : « Eutrapel jamais ne perdoit telles assemblées; car tousjours s'y trouvoit à propos comme tabourin à noces, et toujours estoit le plus que bien venu » .

— Vous vous baillerez l'un à l'aultre du souvenir des nopces, ce sont petiz coups de poing (1. IV, ch. xn). — L'on ne baille poinct icy des nopces} Sainsambreguoy, toutes bonnes coustumes se perdent... Des nopces, des nopces, des nopces. Ce disant, frappoit sus Basché et sa femme (1. IV, ch. xv).

C'était une antique coutume de fiançailles : après le repas, on échangeait force coups de poing. Au cri: des noces ! des noces! les coups pleuvaient comme grêle sur le dos des convives. On a vu que cette coutume était pratiquée aussi hors de France (i).

— Le cœur me bat comme une mitaine (I. III, ch. xi).

Cf. I. IV, ch. XIV : «Oudart soubs sonsupellis avoit son guantelet caché : il s'en chausse comme dhine mitaine. Et de dauber Chiquanous, et de drapper Chiquanous : et coups de jeunes guanteletz de tous coustez pleuvoir sus Chiquanous. Des nopces ; disoient ilz, des nopces, des nopces vous en soubvienne (2) ». Il s'agit, comme on le voit, de la mitaine de noces qui avait passé en proverbe dès le xv' siècle :

De moy, povre, je veuil parler ; J'en fus batu comme à ses toiles...

Mitaines à ces nopces telles. . .

(Villon, Testament, v. 6bj).

Le même souvenir revient dans la XLif des Cent Nouvelles nouvelles: « ... nostre clerc qui estoit plus gay qu'une mitaine de b mort de sa femme ».

Hauts bonnets. — De fait, il a trouvé quelque reste de niays du temps des hauts bonnet:{ (1. I, ch. ix). — Je présuppose que c'estoit quelque espèce monstrueuse de animaux barbares on temps des hauts bonnet^ (1. IV, a ne. Prol.).

(i) Voy. ci-dessus, p. 2()2.

(2) Le premier texte du xvi" siècle se trouve dans le Disciple de Pantagruel de i538 (éd. Jacob, p. 27): a Les Andouilles vindrent contre nous par moult grande impétuosité, 5(i»//an/ en l'aër comme mytaines... »

De même dans Brantôme, Œuvres, t. I, p. 47: « Et ne faut pas doubter que si le Pape avoit voulu abuser de son autorité, que l'Empereur [Charles Quint] ne l'cust fait sauter haut comme mitaines n.

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