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CHAPITRK IX BLASON POPULAIRE

Le terme blason désigne généralement, en moyen français, une caractéristique qui implique l'éloge ou le blâme, la louange ou la moquerie, les notions défavorables l'emportant souvent. Rabelais nous offre des exemples de ces diverses acceptions du mot.

Il cite le Blason des couleurs (1. I, ch. ix), petit livre de colportage, plein de rébus ineptes et ridicules.

Plus loin, il nous dit en parlant de Pantagruel étudiant à l'Université d'Orléans (1. 11, ch. v) : « Il feist le blason et divise des licentiez en ladicte Université ».

Ailleurs, il nous raconte (1. III, ch. xxxviii) : « Comment par Pantagruel et Panurge est Triboulet blasonné », c'est-à-dire dépeint par une kyrielle d'épithètes, tirées de la mythologie, de la musique, de la médecine, etc., et destinées à caractériser la folie intégrale de Triboulet.

Nous trouvons même, dans notre auteur, un exemple du sens spécial que les folkloristes de nos jours attachent au titre de blason populaire, c'est-à-dire un sobriquet ethnique ou un dicton géographique plus ou moins ironique (i).

Où est, demanda Pantagruel, et qui est ceste première ville que dites) Chinon, di je, ou Caynon, en Touraine. Je sçay, respondit Pantagruel, où est Chinon, et la Cave peinte aussi, j'y ay beu maints verres de vin frais, et ne fais doute aucune que Chinon ne soit ville antique, son blason l'atteste, auquel est dit deux ou trois fois :

Chinon, petite ville, grand renom, Assise sus pierre ancienne, Au haut le bois, au pied Vienne.

Mais, comment seroit elle ville première du monde) où le trouvez vous par escrit, quelle conjecture en avez? Je, dy je, trouve en l'Es-

(i) Et ensemble des qualificatifs surtout défavorables qu'une nation donne à une autre, qu'une ville ou un village adresse à ses voisins. De nos jours, on en a dressé des recueils que nous citerons plus bas.

criture Sacrée que Cayn fut premier basiisseur de villes : vray doncques semblable est, que la première, il de son nom nomma Cainon, comme depuis ont à son imitation tous autres fondateurs, et instaurateurs de villes, imposé leurs noms à icelles (1. V. ch. xxxv).

Le plus ancien document de blason populaire, le Dict de V Aposîoile , remonte, comme nous l'avons déjà fait remarquer, au xiii' siècle. Il faut franchir trois siècles pour arriver à son pendant, le Dict des Pays, curieuse pièce du genre (i), et aux remarques théoriques consignées à ce sujet pour la première fois par Tabourot (2).

La matière comporte une double rubrique, suivant qu'il s'agit des peuples ou des pays.

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