‹ La langue de RabelaisChapitre 183 sur 218 · I. — Nations étrangères · texte numérisé non relu

I. — Nations étrangères

Allemands. — Beuvons icy à la tudesque (1. H, ch. xxviii).

Cf. d'Aubigné, Œuvres, t I, p. 107 : « Il pleust à Sa Majesté... m'ottroyer une pension d'un escu à la charge que tous les ans une fois, par une cérémonie tudesque, j'en despendrois cinquante pour boire à la santé de mon Prince ».

La réputation des Allemands comme grands buveurs est générale depuis la Renaissance :

Ainsi qu'au bon vin court l'Aimant, Au sel la chèvre, au miel la mouche...

s'écrie le personnage d'une comédie de Larivey (3).

Les mercenaires allemands, les Suisses et les Lansquenets,

(i) Elle a été deux fois réimprimée: dans la Bibliographie de Duplessis, et dans le Recueil de Montaiglon, t. V, p. iio à iiG.

(2) Voy. Rev. du XVI» siècle t. H, p. 346. Voici quelques publications modernes :

Canel, Blason populaire de la Normandie, Caen, 1857. Gaidoz et Sébillot, Blason populaire de la France, Paris, 1884. Daguin, Les dictons, proverbes, sobriquets, concernant le département de la Haute- Marne, Langres, 1893.

Bauquier, Blason populaire de la Franche-Comté, Paris, 1897. ledicu (A Ici us). Blason de la Picardie, 189 y.

(3) Larivey, Les Trompeurs (ibii), dans VAhcien Théâtre, t. VII,

en sont les représentants typiques, auxquels Rabelais doit nombre de termes bachiques sur lesquels nous reviendrons.

— Gargantua sauitoit non à troys pas un sault, non à cloche pied, non à saiilt d'Alemant. Car teiz saulz sont inutiles et de nul bien en guerre (1. I, ch. xxxin).

Le saut d'Allemand, d'après Oadin, c'est du lit à la table.

— Il n'y entendait que le hault Alemant (1. 1, ch. xxiii). C*est-à dire il n'y entendait rien du tout, l'allemand littéraire

étant alors censé inintelligible (i).

Anglais. — Saoul comme un Anglais (1. I, ch. xv).

Dicton français cité par Erasme, Adages, fol, 313 : « Syracusana mensa..., apud Gallos proverbium, tam satur est quam Anglus ».

Cette réputation est ancienne. Le Dict de VApostoile, du xiii° siècle, consigne déjà (éd. Crapelet, p. 78) : « Li mieldre buveor en Engleterre », c'est-à-dire les plus intrépides buveurs sont en Angleterre.

L'Anglais est le représentant par excellence de la beuverie dans l'ancienne langue, alors que l'Allemand n'a cette réputation que depuis le xv-xvi^ siècle (2).

Basque. — Doncques sus l'heure Grandgousier envoya le Basque son laquays quérir à toute diligence Gargantua (1. I, ch. xxviii).

Les Basques, coureurs renommés, étaient à cette époque très recherchés comme laquais. Leur rapidité et leur agilité étaient proverbiales : « Plus vistement que ne vont les Basques », dit Ant. du Saix (3) dans son Esperon de discipline (1532), et Molière dans le Dépit amoureux (acte I, se. 11) : « Vous m'avez fait troler comme un Basque ».

Ecossais. — D'autre pays icy venus [dans le royaume d'Entelechie] ne sçavons quels outrecuidez, Fiers comme Escossois (1. V, ch. XIX).

La fierté des Ecossais était d'ancienne date : « Li plus truant en Escoce », à la fois gueux et fier, remarque au xiii® siècle le Dict de VApostoile; et au xvi% Des Periers constate (nou v. xxxix) :

p. 22. Cf. ibidem, p. 56 : « Moi qui suis toujours plus prest de quereller qu'un .Aillemand de boire ».

(i) Voy. Rev. du XVI" siècle, t. III, p. 63 à 64 (textes de Calvin à iVlolière).

(2) Voy. la dissertction d'Otto Klauenberg, Getr'dnke und Trinken in altfran^ôsischer Zeit, Gôttingen, 1904.

(3) Rev. Et. Rab., t. X, p. 453.

43o FAITS TRADITIONNELS

« Un Escossois, ayant suivy la court quelque temps, aspiroit à une place d'archer de la garde, qui est le plus haut qu'ilz désirent estre, quand ilz se mettent à servir en France, car lors ilz se disent tous jCousins du roy d'Escosse ».

Suisses. — Les mercenaires de la garde royale avaient au xvi' siècle la réputation d'illustres buveurs :

Ils boivent nuict et jour en Bretons et Suysses... dit le sonnet sur les Suisses de Joachim du Bellay. Et De la Porte, Parisien, les caractérise ainsi dans ses Epithètes (1571): « Suisses. Guerriers, sales, robustes^ ivrognes ».

Rabelais ne leur attribue que des termes de beuverie, et un ethnographe du début du xvii^ siècle les décrit ainsi : « Les Suisses aiment extrêmement à faire caroiis et y passent les journées et les nuits entières... Ceux qui boivent d'avantage ou qui s'enyvrent, sont estimez plus francs et plus hommes de bien que les autres qui refusent de faire ces excès » (i).

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