II. — Populations indigènes
Bretons. — Dévalez ce via blanc d'Anjou de la hune, et beuvons icy a la bretesque (2) (1. II, ch. xxviii), — ... ces vins blancs d'Anjou... à la mode de Bretaigne (\. II, ch. xii). 1. ■ . . '-^
Cf. du Fail, dans le xif chapitre des Propos rustiques : « Là, ma cousine, si j'ay bu à ma commère, ma commère a bu à moy : là, vous n'en mourrez pas pour un coup à la Bretesque ».
Depuis le xvi" siècle, les Bretons partageaient, avec les Allemands et les Suisses, la réputation de bons biberons.
— Les Bretons sont gens, vous le sçavez (1. IV, Prol.).
C'est-à-dire les Bretons sont tout de même des hommes comme nous et non pas des bêtes (3). Dès le xiii' siècle, la malice populaire leur attribuait une grande dose de niaiserie : « Li plus sot en Bretaigne », nous dit le Dict de rApostoile;et un sermon joyeux du xvi"" siècle, après avoir fait déiiler les fous de tous les pays, donne la palme à la Bretagne:
(i) Davity, Les Estais, Empires et Principaute:ç du Monde, Paris, 1617, p. 424.
(2) Dans les éditions postérieures à i533 ; leçon antérieure: à la tilde sque.
(3) Voy. bim. Philipot, dans Rev. Et. Rab., t. X, p. 225 à 240,
Après viennent les folz Bretons
A cent, miliers et milions ;
S'ilz sont saiges, c'est adventure ;
Car ils sont tous foulx de nature.
{Ancien Théâtre, t. II, p. 21 5).
Parisiens. — Le peuple de Paris est tant sot, tant badault, et tant inepte de nature, qu'un basteleur, un porteur de rogatons, un mulet avecques ses cymbales, un vielleux au mylieu d'un carrefour assemblera plus de gens, que ne ferait un bon prescheur evangelicque (1. I, ch. xvii).
— Le badault peuple de Paris accourut ( 1 ) au débat de toutes parts (l. III, ch. xxxvii).
Rabelais nous en donne ailleurs le commentaire (1. II, ch. vu) « Ce faict, vint à Paris avecques ses gens. Et à son entrée tout le monde sortit hors pour le veoir, comme vous sçavez bien que le peuple de Paris est sot par nature, par bequarre, et par bémol, et le regardoyent en grand esbaliyssement ».
Ce sobriquet des Parisiens que nous rencontrons pour la première fois dans Rabelais est devenu typique chez les écrivains ultérieurs (2).
— Les Parisiens... sont dictz Parrhesiens en grecisme, c'est à dire^er.s en parler (1. I, ch. xvii).
Déjà Villon avait célébré le « bon bec » des dames de Paris. Encore aujourd'hui, le bagou est un privilège du peuple parisien.
Poitevins. — Les hommes et les femmes [de l'Isle d'Ennasin] ressemblent aux Poictevins rouges... (1. IV, ch. ix).
Epithète tirée probablement des Annales de Jean Bouchet, ami de Rabelais. Le Traverseur, en parlant de l'origine des Poitevins, les identifie avec les anciens Picti, qu'il interprète, en conformité avec les érudits de l'époque, par « peints » (d'après leur prétendue habitude de peindre leurs boucliers) : « De là furent appelez PLcti, pour ce que c'estoit chose nouvelle ; et d'autant qu'en la plus part de leurs escuts y avoit du rouge, furent (comme a esté dit) appeliez Poictevins rouges » (3).