VI. — Expressions de fauconnerie
La volerie est restée en honneur en France jusqu'au xvii' siècle. A la cour de François I", elle était estimée et considérée comme un passe-temps de gentilhomme. Elle faisait l'amusement des grandes dames et des abbesses, comme des seigneurs et des abbés. Rabelais lui a réservé une place d'honneur dans l'abbaye de Thélème (l. I, ch. lv).
Il est intéressant d'y voir noter, comme autoursiers, des originaires du Levant {Candiens) et des gens du Nord (Sarmates), particulièrement exercés dans ce métier. C'est des pays septentrionaux de l'Europe que l'on importait les espèces exotiques d'oiseaux de proie : le gerfaut venait du Danemark ou de la Norvège ; le sacre, de Tartarie, etc. D'autre part, les Candiotes et les Vénitiens servaient d'intermédiaires entre l'Orient et la France.
Ailleurs, Rabelais fait allusion au même art à propos des prodiges opérés sur l'Instinct des animaux sauvages par Messere Gaster (1. IV, ch. lvii), et fait étalage à cette occasion d'un petit vocabulaire technique, dont il fera fréquemment usage et qui lui fournira d'heureuses applications métaphoriques.
Ce vocabulaire était déjà à peu près constitué au xiii'xiv' siècle, époque la plus glorieuse de la volerie. Des termes comme gerfaut, ostour, espercier, esmerillon se lisent fréquemment dans nos Chansons de geste. Le Trésor de Brunetto Latini, composé vers 1265, énumère déjà les sept « lignées » de faucons : le lanler, le pèlerin, le gentil, le ger-
faut, etc. Et le Ménagier dû 1393 consacre toute sa troisième partie à la chasse de l'épervier, où se trouve définie une grande partie de cette nomenclature technique.
C'est au xv' siècle que remonte le premier ouvrage didactique en français sur la fauconnerie : celui que Guillaume Tardif, lecteur de Charles VI II, composa par ordre du roi en 1492. La vogue s'en prolongea au delà du xvi" siècle.
Fielon, dans son Histoire des Oi/seaulx (1555), consacre une dizaine de chapitres de son second livre aux « Oyseaux de proye servant à la Faulconaerie », et, en 1567, Guillaume Bouchet, faisant paraître à Poitiers une belle édition de la Fauconnerie de Jean de Franchières (1531), augmentée de celle de Tardif, y ajoute un « Recueil de tous les oiseaux de proie qui servent à la voUerie et fauconnerie ».
Vers la même époque, Henri Estienne, dans son traité De la Precellence du langage français, paru en 1579, consacre plusieurs pages à la fauconnerie, art inconnu aux Grecs et aux Romains. Il y voit un « généreux terrain d'emprunt », comme disait Montaigne, et il s'arrête complaisamment à nombre
De mots propres à ce langage, Dont les Grecs et dont les Romains N'eurent jamais sij riche usage.
Il se propose de montrer (p. 123) « combien grande richesse et grand ornement l'exercice d'iceux (c'est-à-dire de la vénerie et de la fauconnerie) a apporté à nostre langage, desquels biens il se peut vanter non seulement par dessus tous les langages qui ont jamais esté, mais aussi par dessus tous ceux qui sont aujourd'hui ».
Nous avons déjà cité les deux passages les plus importants du roman rabelaisien relatifs à la fauconnerie. Ajoutons-en un troisième, la série des épithètes que Pantagruel et Panurge donnent à Triboulet (1.' III, ch. xxxvii): « Fol pcrcgrin, niais, passagier, branchier, aguard, gentil, maillé, pillart, revenu de queue, griays..., mal empiété... »
Nous avons ici toute une série de termes spéciaux qui étaient encore parfaitement compris au xvi" siècle, mais qui ont besoin aujourd'hui d'être élucidés. Nous l'avons fait ailleurs à l'aide des sources indiquées ci-dessus (i).
(i) Voy. notre ffist. nat. Rab., p. zC^o à 270. Cf. clans Rev. Et. Rab., t. X, p. 356 à 374, un article de Jean Plaitard sur le même sujet.
HISTOIRE NATURrLLE 3?
La fauconnerie a laissé des traces nombreuses dans la langue. C'est une source qui a jadis coulé abondamment ; elle est depuis longtemps tarie, mais non sans avoir enrichi le vocabulaire de toute une série d'expressions frappantes et pittoresques.