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THEOPHILE: FOLENGO

Plurima sollicitis famulis gridando comaDdat, Cui parent omnes facientes mille facendas ; ilic mollat cordam, tirât ipse, revinculat alter...

Certains traits d'ordre psychologique, comme la lâcheté de Panurge. qui se trahit ici pour la première fois (i), et les vœux qu'il fait pendant l'orage, sont peut-être inspirés de Folengo. Nous disons « peut-être », car ces traits ne sont nullement particuliers aux Macaronées : Renart, assailli par la tempête, est saisi de peur et promet de se croiser ; puis il invoque Dieu « et tous les saints qui sont saints »; la belle guerrière Marphise, de VOrlando furioso, qui subit aussi une tempête sur mer, s'effraie de l'orage et fait, elle aussi, des vœux (chant XIX, strophe XLvii), Ces sentiments sont si naturels qu'ils ont pour ainsi dire passé en proverbe : Passato il pericolo, rjabbato il santo (2).

Restent, comme emprunts réels, outre l'épisode des moutons, cartains traits du caractère complexe de Panurge. Mais il y a, dans l'ensemble, entre ce personnage et le Cingar de Folengo, toute la distance qui sépare l'ignorant moine de Cipade du plus universel des écrivains de la Renaissance. On n'en a pas moins exagéré jusqu'à l'absurde les prétendus rapports entre les Macaronées et Pantagruel, allant jusqu'à voir dans le poème macaronique le point de départ du roman rabelaisien.

Cette illusion remonte à la version française de 1606 des Macaronées, qui porte en sous-titre: « Prototype de Rabelais », et débute par cet avis de l'imprimeur: « Lecteur, voicy un Prototype de Rabelais... ». C'était là, comme nous dirions aujourd'hui, une réclame de libraire. Les lecteurs l'ont prise au sérieux et elle est devenue, au xix' siècle, l'opinion courante en Italie aussi bien qu'en France (3),

En fait, parodie satirique mise à part, il n'y a rien d'essentiellement commun entre les deux œuvres. Nous avons montré ailleurs (4) l'inanité de ces rapprochements au petit bonheur.

(i) On n'a pas assez remarqué qu'au livre II, ch. xvi, Panurge rosse le guet, risque sa peau ou sa liberté dans des farces dangereuses et que^, pour se sauver des Turcs, il a tué son gardien. Ce côté opposé du caractère de Panurge est encore plus accentué dans le livre posthume.

(2) Voy. ci-dessus, p, 354.

(3) Voy. notre étude sur « Folengo et les Jiïacaronées », dans Rev. Et. Rab., t. X, p. 384 à 410.

(4) Dans l'étude citée ci-dessus.

46o APPENDICES

Il suffira d'ajouter ici, qu'en dehors des quelques traits secondaires d'ordre psychologique dont nous admettons le rapprochement, le poème de Folengo n'a eu aucune influence sur le roman de Rabelais.

Chose curieuse, la langue factice des Macai'onées — mélange de latin et d'italien (littéraire ou dialectal) latinisé — genre développé et non créé par Folengo, n'a pas laissé non plus de vestiges dans notre roman, dont les phrases macaroniques sont puisées ailleurs ou appartiennent en propre à Rabelais (i).

En somme, les Macavoiiées n'ont aucun lien étroit avec Gargantua tt Pantagruel. C'est faire trop d'honneur à Folengo que de le considérer comme un prédécesseur de Rabelais parce qu'il a ridiculisé les seigneurs et les moines : c'est le fond commun de la satire du Moyen Age. Encore moins peut-on voir en Merlin Coccaie le « prototype de Rabelais » : c'est une prétention dénuée de toute base solide et qu'on n'aurait jamais prise en considération, si la critique n'avait pas été depuis deux siècles suggestionnée par « l'avis de l'imprimeur » de la version de 1606, ainsi que par la langue du traducteur imprégnée çà et là de la substantiiique moelle rabelaisienne.

11 est juste, néanmoins, de reconnaître que Folengo a réussi à attacher son nom à une œuvre ingénieuse, originale, unique dans son genre. Elle n'est pas non plus dépourvue d'intérêt pour l'histoire sociale de l'Italie à l'époque de la Renaissance (2).

(i) Nous reviendrons sur ce sujet, dans le deuxième volume de cet ouvrage.

(2) L'édition la plus récente des Macaronées a paru dans la série « Scrittori d'Italia », sous le titre Le Alacclieroticc, par A. Luzio, Bari, 1912, 2 vol. pet. in-80. Ce n'est pas une édition critique, mais une réimpression soignée de l'édition de i552, très peu différente delà Cipadense (i53o), mais se distinguant notablement de la Toscolane(i52i). Un lexique d'une quarantaine de pages (mais sans renvois au texte) clôt cette édition. — L'édition critique reste toujours à faire. Nous en avons donné un échantillon dans notre étude sur l-'olengo, Rev. Et. Kab., t. X, p. 399 à 409.

(A PROPOS DES Termes nautiques)

Un panégyriste du milieu du xvii" siècle, Antoine Leroy, dans ses Elogia Rabelœsina (ouvrage resté manuscrit), consacre à Rabelais marin un chapitre spécial intitulé : « De nautica arte, de qua aptissime, utexpertissime, scripsit Rabeleesus ». Un siècle plus tard, le marquis de Coulant imite en vers la l^empête de Rabelais et lui donne une place dans son recueil (i). Mais ces témoignages d'admiration restèrent isolés. Personne ne s'avisa de contrôler la véracité des détails nautiques donnés par Rabelais. Les commentateurs eux-mêmes reculèrent devant une tâche aussi ardue et délicate, soit à cause de la multiplicité des renseignements qu'elle suppose, soit par un sentiment de confiance absolue dans la bonne foi du maître.

Le Duchat est à peu près muet sur la nomenclature nautique, et l'édition Varioruin. si prolixe par ailleurs, se contente, à propos de la voilure, de cette affirmation de De Marsy: « Noms de voiles qu'il serait trop lonj et même inutile d'expliquer, ainsi que beaucoup d'autres termes de marine qui se rencontrent dans ce chapitre; mes remarques ne seraient guères entendues que des marins qui n'en ont que faire ».

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