I. — Diatriba de Jal contra Rabalais
Tel était l'état de la question, lorsqu'un érudit spécialiste, Auguste Jal (mort en 1873), très versé dans k s choses de la marine, auteur d'un vaste Glossaire nautique (1848), soumit à un examen systématique les chapitres du Quart livî'e sur le « Naviguaige » de Pantagruel. 11 leur consacra une première et longue étude en 1840, dans son Archéologie navale (t. II, p. 497 à
(i) Morale enjouée ou Recueil de fables, contes, épigrammes, pièces fugitives, Cologne, 1783, p. 198 à 2i3 : « La Tempête de Rabelais ».
560") et. huit ans plus tard, il revint sur le même sujet dans plusieurs articles de son Glossaire nautique. Sa critique aboutit à ce résultat (qu'il formule à la p. 527): « Rabelais avait des notions très superficielles des choses navales, la nomenclature maritime lui était à peine connue ; il ignorait la tactique aussi bien que la valeur des termes spéciaux... Enfin, la marine est dans Rabelais une chose vaine et creuse ».
Cette conclusion est-elle justifiée, et les données sur lesquelles elle se fonde sont-elles solidement établies.^ Voilà ce que nous allons rechercher par un examen attentif des arguments et des faits rassemblés par l'auteur.
Ce qui frappe tout d'abord, dans cette critique, c'est la passion qui l'inspire et la guide. Le spécialiste moderne veut à tout prix trouver en défaut l'illustre écriv:;in. Cette prévention devient une véritable hantise, qu'il s'efforce de faire partager au lecteur. L'examen dégénère en diatribe, le ton familier va jusqu'à l'irrévérence et l'animosité s'exhale dans des apostrophes comme celle-ci (p. 512): « Vous ne savez pas la marine; qui vous force d'en deviser.^ Pourquoi ramasser les termes sur les quais d'un port, ou dans un vocabulaire, et nous les jeter ainsi à poignées ))? (i)
Quels sont donc les griefs que Jal formule contre Rabelais.^ On pourrait, à notre avis, les résumer sous ces trois rubriques : anachronismes, nomenclature, variantes graphiques,