‹ La langue de RabelaisChapitre 200 sur 218 · Biographes et Critiques · texte numérisé non relu

Biographes et Critiques

Frédéric Godefroy, dans le Seizième siècle (de son Histoire de la littérature française^ 1878, p. 86 note), prend le parti de Rabelais : « Jal, dans son Archéologie navale, veut prouver que Rabelais s'est servi presque au hasard des termes de marine qu'il a exprès accumulés dans le chapitre de la Tempête. Nous croyons que Rabelais connaissait mieux la marine que M. Jal ».

Jean Fleury, dans son ouvrage sur Rabelais et ses œuvres (1877, t. II, p. 139), est pour l'historiographe de la marine: « Le pilote, prévoyant le danger, commence par faire carguer les voiles. Ici Rabelais entasse une foule de termes de marine que nous ne reproduisons pas. Les uns ont admiré son érudition sur ce point, mais d'autres, Jal surtout, rédacteur du Glossaire naval, prétendent que l'auteur du Gargantua a accumulé à plaisir les termes nautiques sans trop se soucier de leur signilication ».

Paul Stapfer, de même, admet comme des faits acquis les assertions de Jal, dans son beau livre sur Rabelais (1889, p. ^58) : « Sa description d'une tempête est une véritable débauche de termes techniques prodigués au hasard, où tel mot désignant une poulie est pris pour une voile, où grij^elles, coustieres, boulingues, niejanes, contreniejanes, trious, civadieres et « tous les diables, dansent aux sonnettes », secoués par les categides, thielles, elicies et psoloentes, c'est-à-dire (en grec) par les bourrasques et par la foudre. La science nautique de Rabelais ne semble pas être de meilleure qualité, en somme, que celle de \'ictor Hugo dans les Travailleurs de la mer ».

Jean Richepin qui, de tous les rabelaisants, est peut-être le seul à avoir vécu quelque temps de la vie du marin, était mieux à même de réduire à leur juste valeur les exagérations passionnées de Jal ; mais au lieu de nous faire profiter de son expérience, il se contente de nous donner une affirmation sur parole, dans une conférence à l'Université des Annales, en juin 1909, sur « La langue de Rabelais » :

« Un des commentateurs de Rabelais a cru trouver dans Ra-

bêlais une surabondance de mots vides, et s'appuyant sur un livre d'un M. Jal, livre qui s'appelle Archéologie navale, il a prétendu que les termes de marine... de la Tempête étaient presque tous inexacts. Je n'ai pas la prétention d'être un matelot connaissant tous les termes de marin ; mais néanmoins, dans ce cliapitre de Rabelais, j'ai retrouvé une quantité de mots qui sont encore en usage à l'heure actuelle chez les Ponantais, matelots de Lorient et de la Rochelle. 11 y a donc grande apparence, et nous pouvons le dire, que tous les mots techniques de marine que Rabelais a employés dans cette « Tempête », il en savait parfaitement le sens et l'exacte signification » {Journal de VU niver site des Annales de 1909, p. 91).

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