Historiens de la .Marine
Tout récemment, M. Charles de La Roncière, dans son Histoire de la Marine française (1899), a adopté certaines conclusions manifestement erronées du Glossaire nautique, comme, par exemple, les griefs formulés à propos de maëstra et à'epagon que nous avons déjà relevés. Dans le passage suivant, il semble accepter en bloc les résultats plus que problématiques de Jal et se servir d'un langage qui est comme le dernier écho de sa diatribe (t. I, p. 36) :
a Notre savant Jal n'avait connu (sur les origines de notre langue maritime) d'autre texte philologique que quelques passages de Wace, Benoît ou Rabelais, et quand il éperonnait de sa critique acérée les malencontreuses expressions de Frère Jean des Entommeures, il restait reconnaissant au grand ironiste Rabelais d'employer, même de travers, le langage des matelots, et d'en marquer par là une des étapes ».
Cet aperçu rétrospectif ne manque pas d'intérêt. Il témoigne d'une part de la répercussion presque générale de la diatribe de Jal dans les milieux rabelaisiens et nautiques ; d'autre part, de l'adoption à peu près unanime (quelques velléités de protestations mises à part) de ses conclusions purement négatives.
Une enquête, viciée dès le début par un manque absolu d'objectivité, a ainsi :!omlné et inspiré, pendant un demi-siècle, toute l'érudition sur Rabelais et sur la marine de la Renaissance.
(A PROPOS DES NOMS DE GkANTS)
Nous avons vu que les trois géants principaux — Grandgousier, Gargantua et Pantagruel — dont les gestes constituent la trame même du roman, nnt eu tous les trois des origines populaires. Ce sont au contraire des sources livresques qui ont alimenté en très grande partie la généalogie gigantale du livre II.
Nous allons passer en revue ces soixante générations de géants, en faisant abstraction des noms burlesques déjà étudiés (]) et en n'insistant que sur des faits peu ou point connus.