‹ La langue de RabelaisChapitre 208 sur 218 · V. — Quinzième siècle · texte numérisé non relu

V. — Quinzième siècle

Aucune œuvre n'a exercé sur Rabelais une influence plus profonde que la farce de Pathelin. Il en est tout pénétré. U l'imite, il la cite, il lui emprunte des proverbes ou des locutions proverbiales :

I i8i. Pathelin. Il est desjà si empressé,

Qu'il ne scet où il l'a laissé.

Il faut que nous luy reboutons.

Le Juge. Suz, revenons à nos moutons \ Qu'en fut il ?

Le Drapier. 11 en print six aulnes.

Ce proverbe avait déjà fait fortune au xv' siècle. On le lit dans Coquillart (t, II, p. 214) :

Or revenons à noz moutons.

Rabelais le mentionne fréquemment :

— Retournons à nos moi/fo^i^, je vous dis que... (1. I, ch. i). — Toujours [Gargantua] .. retournait à ses moutons... (l. I, ch. xi). — Retournons à nos moutons dist Panurge... (1. lil, ch. xli).

Estienne Pasquieren parle longuement (i), et Henri Estienne remarque à son tour : « Geste farce ou comédie [Pathelin] a aussi amené ce proverbe, Retournons à nos moutons, pour dire, Retournons à notre propos. Car ces mots, qui sont là souvent répétez, furent depuis tournez en proverbe (2) ».

Eloy d'Amerval s'en est servi un des premiers au xvf siècle (111* journée, fol. 1 r").

Or, retournons à nos montons.

Et Monluc, dans ses Commentaires, a deux fois employé ce proverbe (t. II, p. 57, et t. III, p. 216). Nicod, dans ses Explications morales (3), faisant abstraction de l'origine littéraire de notre proverbe, lui donne exclusivement son sens propre de rappel à la vigilance entre les bergers.

393. Ce fut pour un denier à Dieu ; Et encore, se j'eusse dict :

La main sur le pot, par ce dict.

Allusion au bon vieux temps où les marchés étaient conclus,

(i) « Quand il advient qu'en commun devis quelqu'un extravague de son premier propos, celuy qui le veut remettre sur ses premières brizées, luy dit : Revenez à vos moutons, dont a usé à mesme effet Rabelais en son premier livre de Gargantua » (1. IV, ch. nx).

(2) Dialogues, éd. Liseux, t. I, p. i63.

(3) Cf. Montaiglon. Recueil, t. III, p. 184: « Retournons à nos moutons de peur que les loups ne les happent ».

en buvant ferme, la main sur le pot (i). — Et Rabelais y revient à plusieurs reprises (l. I, ch. xi) et ailleurs :

— Et quoy, dist Pantagruel, en demandent ilz meilleures [enseignes] que la main au pot, et le verre au poing ? (1. I, ch. xn).

Après la farce de Pathelin, c'est Villon qui a laissé le plus de souvenirs. Nous les avons déjà rappelés (2).

Parmi les poèmes longtemps attribués à Villon, le Monologue du Franc- Archer de Bagnolet (1532) lui a fourni plus d'une inspiration :

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