A. — TERMES DU XVI^ SIÈCLE
Mentionnons en premier lieu ceux de ces termes qui, par leur forme ou leur date, ne remontent pas au-delà du xvi' siècle :
Boussole (1. I, ch. xxiii), de l'ital. bussola, terme d'origine sicilienne, dont le sens primordial est petite boite de buis. Belon emploie encore la forme italienne : « Les Coursaires ou Pirates... ont une boëte de quadran à naviguer nommée le bussolo, qui est le quadran de marine » (i).
Carracon, grand carraque, et spécialement nom du navire de douze cents tonneaux construit en 1544 par François 1"
nochiers, pillotes, fradrins {sic), matellots... », et un document normand antérieur de iSSj fait mention de « comités... nochiels ».
Naiile, fret d'un navire (1. V, ch. xv : « ... payer... à Caron le Jiaule de sa barque »), de l'ital. naulo, nolo, d'où également les dérivés nautiques nolis et noliser. Cotgrave donne à la fois naule et noie.
Nave, navire {Lettres, éd. Bourilly, p. 63), de l'ital. nave, terme déjà attesté vers l'an 1191 (Kemna, p. i5), fréquent chez Froissart, revient aussi chez Brantôme (éd. Lalanne, t. IV, p. 145 : « onze grandes naves bien armées ») et se maintient jusqu'au xyii"^ siècle.
Papefil, grande voile du grand mât (I. IV, ch. xliv), de l'ital. papa' ficOy emprunt antérieur. La Roncière cite (t. Il, p. 484) « un papefil » de 1404 et « des pappefil^ » de 1482. La forme moderne, pacfi ou pafi^ en est une contraction.
Trinquet, mât de misaine et voile de ce mât (1. IV, ch. xviii: « trinquet de prore, trinquet de gabie »), de l'ital. trinchetto, « una vêla che si fa alla prora » (Pantero-Pantera, 1G14), terme antérieur à Rabelais (voy. Dict. général). Cf. Nicot (1606): « Artimon, une petite voile de navire qu'on dit autrement trinquet ».
A cette catégorie de vocables on pourrait rattacher les suivants qui remontent au latin, le plus souvent par l'intermédiaire de l'italien :
Arbre, mât (1. IV, ch. xxii : « Ne tenois je V arbre seurement des mains et plus droit qui ne feroient deux cens gumenes? »), répondant à l'ital. albero ou arbore, l'un et l'autre reflets du latin arbor, mât. Cf. Père Fournier (1643): « Mâts sont quatre dans un navire: le grand mât s'appelle à Marseille V arbre de maistre ». Le plus ancien exemple est attesté, en français, dès 1296 (voy. Godefroy).
Antenne, vergue, que Rabelais écrit parfois antemne (1. IV, ch. xviii), empruTit antérieur.
Arlemon, artimon (1. IV. ch. xvni), cette dernière forme accusant un intermédiaire italien.
Carine, quille (1. IV, ch. xviii) : la forme moderne carène suppose également un intermédiaire italien.
(i) Observations et singularités, Paris, i554, p. 84.
(1. III, ch. Lii), de l'ital. caraccone. Un document de 1520 rapporte qu' « il y a à Venise de carraquons qui sont moindres que les carracques de Gennes, mais c'est tout une façon » (cité dans Kemna, p. 194).
Landrivel, cordage servant au halage (1. IV, ch. xviii: « Enfans, vostre landrivel est tombé »), pour Vandrivel, de l'ital. andrivello, prov. andrivau, petit grelin qui servait à touer une galère, quand l'espace manquait pour faire aller les avirons (Mistral) (i).
Transi noiiiane, tramontane (1. IV, ch. xxii ; « de là partans, feirent voile au vent de la iransmontane »), de l'ital. tramontana. Cf. Robert Estienne (1549), au mot vent : « Le vent septentrional... de nous appelé Bi^e ou Vent de bize; des Italiens, Tramontane ; des mariniers, Nortli ». L'orthographe du mot a été rapprochée du latin, suivant les habitudes graphiques de l'époque, et la variante trasmontane de l'édition de 1548 (1. IV, ch. xxii : « du costé de la trasmontane ») confirme cette origine (2).