II. — Fabrication des soieries
Parmi les industries importées d'Italie, la iabrication de la soie est une des premières attestées. A Lyon, dès le xv' siècle, des Florentins et des Cîénois faisaient commerce de tissus et de laines.
Au xvi' siècle, en 1537, deux Piémontais, Estienne Truquet et Paul Narez, obtinrent de François I" certains privilèges pour fabriquer des soieries à Lyon. Ils firent venir à cet effet des ouvriers de Gênes (4).
C'est à cette époque que fit apparition en France le nom d'armoisin^ sorte de taffetas teint en rouge, le seul que les femmes du peuple se permissent de porter au xvi*" siècle. Le meilleur (nous dit Gay) se fabriquait à Gênes, l'intermédiaire se tirait de Lyon et le moindre d'Avignon.
Le mot se présente chez Rabelais sous la double forme ar-
(i) Dialogues, t. II, p. 21 5.
(2) Conjormité^ p. '22.
(3) On le lit chez Brantôme (t. I, p. i>\) : << Son cvcschc qui vaut cent à six vingtz mille ducats d'intradc »>.
(4) Claude de Rubis, Les privilèges, etc., p. 2<).
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moisy et arnioisln, la première forme dans Pantagruel {i^, la dernière, dans le Prologue du Y® livre.
Ce sont là des reflets de l'ital. erniesi et erniesino, formes parallèles à cremesi et creinesino, d'où cramoisi/ et cramoisin, doublets également fréquents chez Rabelais, et qui ont pénétré en français dès le début du xv' siècle. Nous reviendrons sur les rapports entre ces deux aspects du même vocable primordial. Il importe avant tout de fixer la date d'armoisy.
On a vu que Rabelais, dès 1533, donne déj;i le mot, alors que Gay n'en cite que des témoignages ultérieurs: « Neuf aulnes taffetas noir armoisin » (Compte de 1 541) et « taffetas noir armoisy » (Compte de 1549) (2).
Les textes italiens correspondants sont tardifs. Varchi (mort en 1565) donne er^mesino, et Vecellio cite ce pasage d'un document de 1590: « Panno di seta assai sottile come ormesino o taffetano di colori diversi » (3).
Les formes françaises réelles sont celles données par Rabelais: armoisy et armoisin, de l'ital. ermesino (celle d'ormesino est ultérieure), terme foncièrement identique à cremesino, cramoisi, comme l'avait supposé Du Cange et comme nous le démontrerons plus loin. L'étymologie donnée par Huet (dans Ménage) — « ainsi nommé pour ormoisin, parce qu'il vient de risle d'Orrnus » — étymologie encore retenue par le Dictionnaire général, est purement fantaisiste.
(i) Cf. 1. II, ch. XVI : « Celles qui portoyent robbes et tafetas armoisy ».
(2) Don Carpentier allègue (dans Du Cange) une lettre de rémission de 142 1, où figure le mot armoiseur qu'il explique par « fabricant d'armoisin », mais c'est là une erreur manifeste, comme on peut s'en rendre compte par l'examen du texte : « Lesquelz entrèrent en la maison d'un armoiseur et là prindrent chascun une buvette ou capeline ».
Armoiseur est tout bonnement la prononciation parisienne à'armoireur, fabricant d'armoiries. Rabelais donne encore armoisies pour armoiries (1. IV, ch. XL) : « Tous ces nobles cuisiniers portoient sus leurs armoisies en champ de gueulle lardouoire de sinople ».
(3) On lit en outre dans Du Cange cet extrait d'après les Bollandistes de la Vie de saint Antoine, dont la translation eut lieu en iSSg : « Sanctum corpus plancta ex ennisino rubro », c'est-à dire le corps fut revêtu d'une chasuble d'annoisin rouge.
D'autre part, Anastase, dans la Vie de saint Adrien (dans Du Cange), cite un tissu sous le nom d'i}ni:^illus et imipnum. Ce dernier est précisément notre armoisin.