Jurons et termes péjoratifs
Rabelais nous a laissé, dans son livre, un recueil copieux de jurons, appropriés au tempérament, à la profession ou à la nationalité de chacun des personnages qu'il met en scène.
Les formules italiennes n'y manquent naturellement pas, ceux d'outre-monts étant de grands jureurs devant l'Eternel. Elles sont généralement facétieuses.
Henri Estienne parle quelque part des jurons qui sont « plutost gaudisseries que blasphèmes », en citant cette formule italienne: Per la potta delta virgine Maria! ou bien « par exclamation Potta délia virgine Maria! ou sans ajouter Maria, comme s'entendant assez (-3) ».
Rabelais cite : Pote de Christo (1. 1, ch. xvii), à côté de Pote de froc! (l.I, ch. xxviii), ce dernier pendant de Huppe de froc! (1. IV, ch. xxvii) et Vertu de froc ! (1. V, ch. xv). C'est le reflet du juron italien : Potta delta...
Folengo met le même juron dans la bouche du paysan de Cipade Zambelli, que la vue de la grande ville de Mantoue remplit de stupeur. A la question de Tognazzo, s'il a jamais vu telle chose, « icelluy s'arrestant tout court, comme s'il estoit aux champs à sa besogne, appuyé sur le manche de sa marre, lui respond : Potte de ma mère, que voicy une grande chose! »
nie spaventatus respondit voce gaiarda :
Polta mccc malris, quam granda est ista cstula!... (4)
C'est probablement de Folengo que Rabelais a tiré cet autre juron (1. II, Prol.) « la cacquesangue vous vienne! », à côté de (l. I, ch. xiii): « la cacquesangue de Lombard ». Dans
(i) Ce terme remonte au moy. fr. desport, cbattement {dcsporlcr, s'ébattre, est dans Rabelais, 1. I, ch. xxxm). 11 a passe en Angleterre, d'où il est revenu au xixc siècle en France.
(2) Voy. J. Jusserand, Les Sports et Jeux d'exercices de V ancienne France, Paris, 1901, surtout le chapitre vin (p. 327 à 306).
(3) Apulof^ie pour Hérodote, éd. Ristelhuber, t. I, p. luS.
(4) Macaronces, cil. Portioli, t. I, p. 128 (et Histoire inacaroniquc, Paris, i(Jo5, dd. Jacob, p. iyi).