II. — Coiffure
Rabelais nous donne sur la coiffure des détails pleins d'intérêt. Lorsqu'il décrit celle des Thélémites, il s'arrête complaisamment sur les modes qu'elle présentait à son époque aussi bien en France qu'en Espagne et en Italie :
L'acoustrement de la teste estoit selon le temps. En hyver à la mode Françoyse. Au printemps à l'Espagnole. En esté à la Tusqiie. Exceptez les festes et dimanches, ésquelz portoient accoustrement Francoys, par ce qu'il est plus honorable, et mieuix sent la pudicité matronale (1. I, ch. lvi).
C'était en effet « la coiffe garnie de templettes et recouverte par le chaperon de velours à queue pendante (2) ».
(i) Nous reviendrons sur l'origine de ce vocable. (2) Quicherat, p. 359. Voy. ibidem, p. 36o, pour les coiffures espagnole et toscane.
i66 VIE SOCIALE
Quant aux couvre-chefs proprement dits, nous rencontrons :
Bonnets. — Bonnet à la marrabaise (1. I, ch, viii), c'est-àdire comme le portaient les Marrabais ou Marranes d'Espagne. Le nom de marrabais est milanais (i) et représente une fusion des synonymes marrane et arabe. La Chronique du Roy François premier de ce nom en fait mention, à propos de l'entrée de Charles V à Orléans en septembre 1537: « Après marchoyent à cheval quatre vings douze enffans des marchans de ladicte ville, habillez de cazacques de velours noir, pourpoinctz de velours et satin blanc découpez, bonnets à marrabais de velours noir, garniz de plumes... un bonnet de laine noire, façon de Mantoue, à marrabaise (2) »,
Bonnet à bourlet, à triple bourlet (l. IV, ch. liv), synonyme dQ bonnet doctoral (l. I, ch. xliv).
Bonnet à quatre gouttières (1. V, ch. xi), ou à quatre braguettes, à quatre pans, avec un lobe ou corne saillante au sommet de chacune des arêtes : c'était le bonnet clérical, dont se coifïaient tous les gens de robe.
Bonnet à la coquarde (1. IV, ch. xxx), ainsi nommé en raison de la patte découpée en crête de coq qui garnissait jadis le chaperon. Ce bonnet bourgeois eut une vogue passagère et sortit d'usage dans le dernier tiers du xvi' siècle (3).
Les hauts bonnets du xv' siècle, coifTure très élevée au dessus du front, étaient passés en proverbe au siècle suivant, et l'expression du temps des hauts bonnets revient souvent sous la plume de Rabelais.
Le chroniqueur Monstrelet les mentionne sous l'année 1467: a En ce temps les hommes portoient leurs cheveux si longs qu'ils leurs empeschoient leurs visages, mesmement leurs yeux, et sur leurs testes portoient bonnets de drap hauts et longs d'un quartier et plus ». Et Henri Estienne parle longuement de o: proverbe (tout d'abord attesté dans Rabelais) avec force détails d'ordre social qui intéressent notre sujet (4).
(1) Voy. ci-dessus, p. i52.
la) Edit. Guiflrey, Paris, 1860, p. 280 et 282.
(3) Vers i535, Nicolas de Troyes en parle dans son viii» conte : « Velloux viollct en grcync pour faire un bonnet à la coquarde, borde tout autour de velours jaune et incarnat ».
(4) Cf. Apologie, t. II, p. 119: « Quant au proverbe, Du temps des hauts bonnets^ il semble estre dict à propos de la lourderie qui estoit