‹ La langue de RabelaisChapitre 80 sur 218 · COSTUME · texte numérisé non relu

COSTUME

Chapeaux. — Chapeau Albanoys {\. IV, ch. xxx), c'est-à-dire des Albanais ou Estradiots, au large bord et en forme de melon allongé. Des Périers et du Fail en font également mention.

Chapeau à prunes sucées (1. IV, ch. lu), en forme de noyau ou d'amande.

Le chaperon, jadis (xiv'-xv' siècle) coiffure des gentilhommes ou des bourgeois et remplacé par le bonnet et le chapeau, était devenu coifîure de dame au xvi' siècle : « Chaperon ou cappe que les femmes portent par temps de pluye, Capiiium », lit-on dans Robert Estienne (1539).

La cornette (1. 11, ch. 11) était une longue bande d'étoffe Toulée autour de la tête et retombant sur les épaules. C'était la marque de la dignité de docteur légiste ou de médecin. François I" avait accordé ce privilège aux professeurs du Collège royal à Paris.

Le coquillon, ou coquille de chaperon, désignait la patte du chaperon qui pendait et qu'on enroulait autour du cou : « F'aict et mis à point deux chapperons à coquillons pour la Ro5^ne » (Compte 1399, Gay). Au xvi' siècle, le coquillon a le même sens que la cornette, c'est un insigne de docteur (avec cette acception deux fois dans Rabelais : 1. II, ch. v, et 1. IV, ch. lviii).

Aux oreillettes du chaperon était attaché le iouret de nez (1. II, ch. xxxiii) ou cachenez, pièce carrée qui couvrait le bas du visage au dessous des yeux. Il porte en outre, dans Rabelais, le nom de cachelaid (1. I, ch. xiii) ou cachelet (1. V, ch. xxvii), à côté de l'expression également ironique de charité (l. V, ch. xxvii). C'était un loup (masque), réduit en dimensions, qui couvrait seulement le nez et les joues des dames de condition (i).

pour lors es habits... La lourderie que nos prédécesseurs ont montrée en leurs vestemens, de laquelle les tableaux et les statues nous rendent certain tesmoignage. Imaginons un peu s'il faisoit plus beau voir un homme coëffé d'un grand chaperon (dont l'usage n'est encore du tout perdu) ou d'un haut bonnet, ou d'un bonnet à la coquarde, ou d'un bon' net à l'arbaleste, ou approchant de celuy des Suysses, mais si grand que maintenant d'autant de drap on en pourroit faire trois ou quatre. Ne faisoit-il bon voir le gent corps de monsieur le muguet, quand il avoit vestu sa jaquette qui luy passoit les genoux de quatre grans doigts, de laquelle on feroit maintenant un casaquin et un robbin, ou une cape à l'Espagnole? ».

(I) Cf. Brantôme (i. II, p. 406) : « Elle [la duchesse de Guise] l'escoutoit parler non pourtant sans rire sous son tottret de ne^ ».

i68 VIE SOCIALE

Le bord retroussé du chaperon portait le nom de rehras, d'où l'expression figurée à double rehras^ appliquée par Rabelais à l'entendement peu commun de Pantagruel (1. II, ch. viii).

Coiffures ecclésiatiques. — A côté des anciens appellatifs aumusse, cahuet et coqueluche, Rabelais cite toute une série de coiffures ecclésiastiques dans la Bibliothèque de Saint-Victor (1. II, ch. vii) :

« La Barbute des pénitenciers », du bas-latin barbuta, grand capuchon sans queue : « Capucium magnum sine cauda, quod nos vocamus barbutam » (Du Cange). Le moyen français disait barbue et barbuce. C'était une coiffure à la fois religieuse et militaire, dont le sens s'est généralisé vers la fin du xvi' siècle : « Barbute est un habillement de teste faite en façon de domino... qu'on porte par les champs l'hiver qu'il fait grand froid, vent verglassant, ou qu'il neige » (Nicot).

« La Cabourne des briffaux », probablement chapeau profond (le sens propre de ce mot provincial est cavité, creux d'arbre). Dans le Vendômois, cabourneau désigne encore aujourd'hui un chapeau démodé.

« La Cagoule des moines », autre nom du capuchon monacal, proprement coquille de limaçon, d'après la forme.

« La Ratepenade des Cardinaux », haute coiffure de dame (i) imitant les ailes d'une chauve-souris (sens propre du mot en provençal), appliquée plaisamment au large chapeau des cardinaux, coiffure adoptée plus tard par les mignons (2).

Lyripipion, capuchon à queue (1. I, ch, xvïii), insigne des docteurs en théologie. Le bas latin liripipium est une forme latinisée du flamand liripipe ou leerpijpc, tuyau de cuir, par allusion à la queue de ce capuchon.

m. — Chaussure.

Les souliers^pré?entaient les mêmes taillades que les pourpoints. C'étaient des chaussures très découvertes, épatées du bout et crevées (ce qui constituait la déchiqueture):

(i) Henri Estienne en parle longuement dans ses Dialogues, t. I, p. 173 à 177.

(2) « Le dimanche 20 octobre ( 1577), le U'oy arrivaà Olinville, en poste, avec la troupe de ses jeunes mignons, fraises et friziis avecq les crcstes levées, les ratcpennades en leurs testes... ». Pierre de l'Estoile, Registre- Journal (t. I, p. 2r9).

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