‹ La langue de RabelaisChapitre 82 sur 218 · CHAPITRE II CUISINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II CUISINE

La cuisine et la table Jouent naturellement un rôle important clans une œuvre comme celle de Rabelais qu'on a appelée, non sans exagération, l'épopée du ventre. La beuverie et les ripailles y reviennent comme un leitmotiv et la gourmandise, particulièrement celle des moines, est de tous les péchés capitaux celui que le grand satirique traite avec le plus d'indulgence. Au chapitre xi du Quart livre : « Pourquoi les moines sont voluntiers en cuisine », il n'a qu'un sourire amusé pour le bon morne d'Amiens, Bernard Lardon, qui, à la vue des merveilles de Florence, de ses cathédrales et palais, de ses statues et marbres antiques, ne laisse pas de regretter « les roustisseries roustissantes » et « les darioles » de sa ville natale.

Mais c'est surtout cet autre moine moinant. Frère Jean, qu'il montre intarissable sur la matière. Son surnom des Entommeures, des entamures ou hachis, sent déjà la cuisine, et il devient éloquent chaque fois qu'il touche à son sujet favori (1. IV, ch. x). La « Caballe monastique en matière de beuf salé » (1. III, ch. xv) lui fournit une dissertation : il s'y connaît tout aussi bien, sinon mieux, qu'en son bréviaire. Ailleurs (1. IV, ch. xxxix), il se met lui-même en tête des cuisiniers et les mène au combat contre les Andouilles.

Dans tout le roman, banquets et soupers abondent. Rappelons celui que donne Grandgousier pour festoyer le retour de son fils Gargantua et de ses compagnons (1. I, ch. xxxvii), et surtout le banquet monstre que les Gastrolâtres offrent à leur dieu Ventripotent (l. IV, ch. lix et lx). Ce dernier résume, à lui seul, toute la gastronomie de l'époque, offrant l'ensemble à la fois le plus exact et le plus copieux des plats usuels vers 1550.

Ces détails gastronomiques n'ont pas encore été l'objet d'un travail scientifique. Les commentateurs et les rares auteurs, qui s'en sont occupés récemment, se sont contentés d'une étude

superficielle (r). Nous allons essayer, ici comme ailleurs, de replacer notre auteur clans son milieu social, en tenant exclusivement compte des documents de l'époque (2).

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