IV. — Musiqu8 profane
La chanson est surtout représentée par Clément Jannequin, que Rabelais, dans le Prologue du Quart livre, range parmi les illustres musiciens de son temps. \^di Bataille de Marignan {i<yi^) était alors dans toutes les mémoires. « C'est un chœur scénique à quatre voix — nous dit Henry Expert — plein de vie et qui peut être considéré comme une des origines du style descriptif (i) ».
Jannequin excellait à reproduire les harmonies imitatives, le bruit des batailles, les cris de chasse, etc. Noël du Fail, dans le xix" des Contes cl' Eutrapel , décrit l'enthousiasme guerrier qui s'emparait des contemporains de François I" à l'audition de ce chant: « Quand l'on chantoit la Chanson de la guerre faicte par Jannequin devant ce grand François, pour la victoire qu'il avait eue sur les Suisses ; il n'y avoit celuy qui ne regardast si son espée tenoit au fourreau, et qui ne se haussast sur les orteils pour se rendre plus bragard et de la riche taille ».
Et Brantôme raconte ainsi la mort de Mademoiselle de Limeuil, une des filles de la reine (t. IX, p. 461) : « Quand l'heure de sa mort fut venue, elle fit venir à soy son valet; et s'appeloit Jullien, qui jouoit très bien du violon : « Julien, luy dit elle, prenez vostre violon et sonnez moy tousjours, jusques à ce que me voyez morte (car je m'y en vois) la Défaille de Suisses (2), et le mieux que vous pourrez, et que vous serez sur le mot l^oul est perdu, sonnez le par quatre ou cinq fois, le plus piteusement que vous pourrez ». Ce que fit l'autre, et elle mesme luy aidoit de la voix; et quand ce vint à Tout est perdu, elle le recita par deux fois; et se tournant de l'autre costé du chevet, elle dit à ses compagnes: « Tout est perdu à ce coup, et à bon escient » ; et ainsi deceda ».
Le vojabulairc de Rabelais en conserve, comme on le verra, de nombreux souvenirs.
(i) Ilcnry l'xpert, ouvr. cite, t. VII, p. 3o. (2) Autre titre de la chanson de Jannequin.