‹ La langue des femmesChapitre 4 sur 8 · L* ÉGOÏSME · texte numérisé non relu

L* ÉGOÏSME

tentes et dolentes, despotiques et courroucées, tracassièrcs et vexatrices?

Je ne nie pas que de telles femmes soient peutêtre l'exception. Dans vos familles peut-être, vous en avez d'autres qui depuis des années continuent de sourire à la vie qui les afflige et peu à peu les abandonne. Elles en consacrent les restes à expier en silence leurs péchés ou bien à s'immoler pour que d'autres soient plus heureux.

Qui n’en sait pour qui vraiment le lit de douleurs est un autel avant d’être un thaborp... Mais la race de celles dont je parle est-elle si introuvable, qui font subir à toute une maison quelquefois leur chimérique martyre, qui fatiguent de leurs murmures et du récit de leurs maux même les passants, qui sont de leurs fauteuils de convalescentes la tyrannie d’une demeure, l'entrave de toute initiative qui ne les prend pas pour centre, le poison de toute autre joie, la menace perpétuelle d’une contrariété nouvelle, d’une tempête et presque d’un enfer?

Il faut à certains jours que personne ne sorte; à d’autres, qu’on les laisse en complet repos; en tout temps, qu'on les serve seules. On ne les a jamais soignées de la bonne manière; on les a toujours fait attendre; le docteur ne fait qu’aggraver leur mal; le bruit des enfants les agace;

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le silence les épouvante; une parole les irrite, une réticence les aigrit. Vont-elles un peu mieux, elles souffrent du lendemain. Elles s’épuisent à chercher ce qui pourrait bien encore leur faire mal. Elles s’étudient, elles s’écoutent, elles se contemplent, elles se dorlotent... et on ne les plaint pas! N’y suffisent-elles point? Mais qu’elles soient en colère ou qu’elles soient en simple défiance, elles sont toujours pleines d’elles-mêmes; instruments faussés par la douleur qui ne rendent plus que de grinçants accords! Elles étaient faites pour souffrir et pour aider à souffrir. Elles ont, pour ainsi parler, renversé la vapeur, et elles écrasent tous les autres de leur mal égoïste en s’écroulant.

Je n’insisterai pas sur l’égoïsme particulier à la vieillesse, à la vieillesse des femmes; d’abord, parce qu’il faut avoir pitié et respect des vieillards, dont les années désenchantées couronnent toujours la tête; et puis, parce qu’il y a tant de saintes vieilles femmes, si persévéramment douces au temps qui les emporte, tant de bonnes vieilles mères qui restent sereines et charmantes jusqu’au seuil de la tombe, et qui n’y descendront bien sûr qu’avec le suprême sourire qu’elles ont toujours eu, qu’elles font oublier celles-là avec leur indulgence à la vie, dont l’expérience ne leur a point enlevé de tendresse, mais leur a

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plutôt creusé au cœur des abîmes profonds d’inaltérable patience et de maternel amour; oui, qu’elles font oublier les autres, celles dont l’âge a développé outre mesure peut-être la manie d’être un peu trop grognons.

Que voulez-vous? Ces vieilles grand’mères se souviennent qu’elles ont eu en d’autres temps les honneurs de l’existence, parce qu’elles ont été belles sans doute, et qu’on a fait la ronde des attentions délicates autour de leur jeunesse. La vieillesse la leur a prise toute, et elles tardent à s’en consoler. Comme c’est pardonnable! Elles en sont restées un peu blessées, un peu querelleuses, un peu bougonnes, légèrement susceptibles. Puisque l’avenir ne leur réserve plus rien, elles se réfugient dans le temps passé, où elles furent tout. Relique d’égoïsme, qu’elles enchâssent dans d’interminables histoires d’autrefois! Faites-leur l’aumône respectueuse de les écouter jusqu’à la fin; car vous les feriez souffrir atrocement d’un manque d’égard sur ce point. Les vieilles ont besoin des petits soins qu’on donne aux enfants gâtés. Ne sont-ce point des enfants, aux manies plus innocentes et moins dangereuses, parce qu’elles touchent tout à l’heure au terme. Il faut par mille attentions leur en adoucir le passage. Elles sont si heureuses d’avoir une oreille pour les entendre, un bras pour les soutenir, un cœur

aimé où verser ce qui leur reste, en finissant, de bonté amassée par les années.

Oui, elles sont tout de même encore un tantinet égoïstes, ces vieilles, qui veulent qu'on leur fasse jusqu'au bout la cour, qu'on les cajole, qu'on les caresse, qu'on les renseigne, qu'on les consulte, qu'on les aime, comme si elles n'avaient encore que vingt ans. Mais vraiment elles vont bientôt s’en aller si radieuses encore dans l'autre monde, qu'on assiste avec une sympathie profonde à leur soir qui tombe, et qu'on n'a pas le droit d'en critiquer la nuit déjà proche qu'annoncent sans doute quelques difficultés de caractère, mais où il point déjà tant d'étoiles. J'aime les vieilles, même quand elles grondent, parce qu'il n'y a plus d'orages à craindre sous leur front paré de cheveux blancs, et plus d'amertume dans leurs mains qui ont beaucoup donné et qui vont bientôt devenir impuissantes à plus rien garder de ce que peut-être elles voudraient encore prolonger pour elles par un égoïsme qui s'éteint tous les jours.

Mais, Mesdames, tant que vous ne serez pas absolument vieilles, assez vieilles pour avoir dépouillé, comme le bon vin, tout le verjus du moi, que malgré votre aptitude au dévouement, la vie distille en toute femme, gardez-vous de l'égoïsme que je ne peux pas appeler virginal,

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— car il n'y a rien d'impur et de mélangé comme lui, — mais de l'égoïsme qu'on risque d'avoir à l'âge des jeunes filles, de l'égoïsme féminin, de l'égoïsme conjugal, de l'égoïsme maternel, de l'égoïsme domestique, de l'égoïsme social, de l'égoïsme aussi de la douleur, de tous les égoïsmes enfin; car ils contredisent, quels qu'ils soient, ils déforment, ils rapetissent votre nature, faite, comme les urnes pleines, pour s'épancher.

Il ne faut pas qu'au lieu de votre bonté native, ce soit lui qui remplisse votre cœur, et surtout pas lui qui déborde au dehors par un langage de colère ou de superbe. Que votre moi, — encore que vous deviez avoir une personnalité, — s'efface toujours I Sa mise en relief dans votre vie vous rendrait personnelles, mais ne ferait pas de vous ce qu'on appelle une personne. C'est l’humilité, et c'est le don de vous, qui est votre parure naturelle, votre vrai charme et votre grâce, je pourrais dire votre raison d'être en ce monde.

La sagesse humaine le proclame; car je n'ai fait que recourir à elle pendant cette conférence. Mais la loi chrétienne, qui est la loi du renoncement, vous en fait une obligation impérieuse. Et quand je consulte l'histoire biblique, je m'aperçois que vous n'avez pas été créées pour être en relief, pour ramener par conséquent tout à vous;

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vous etes par destination un être auxiliaire, un être de compagnie, qui n’est rien tout seul, de par lui -même, mais qui se présente toujours en fonction de quelque autre puissance, comme on dit en mathématiques.

V ous sortez donc de votre nature, si vous vous abandonnez à des pensées, à des désirs, à des altitudes, à des procédés, à des ambitions, à des intrigues égoïstes. C’est le langage d’ordinaire, autant que les mœurs, qui trahit tout cela. Il met, quand on ne le surveille pas, l’âme dehors et toute nue, à tous les regards. Or, elle est odieuse, Mesdames, l’âme que jette sur la grève, à la vue, à la critique de tous les passants, l’écume d’un verbe égoïste. Défendez- vous, vousmêmes, avec une vigilance scrupuleuse, du vertige des mots, qui vous emporte et vous donne en pâture à la foule. Elle est désarmée, elle est méprisée, elle est foulée aux pieds, la femme loquace et personnelle, autoritaire et volontaire, qui, par son bavardage égoïste insensé, déshabille son âme dans la rue qui la reçoit toujours comme une épave.

Ou il y a, Mesdames, beaucoup de mots, et beaucoup de mots qui chantent nos avantages et nos louanges, il y a ordinairement peu d’admirateurs, puisque nous les suppléons; peu de valeur, parce ;ue la valeur n’a pas besoin d’af-

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ficlie; peu de dévouement, parce que précisément son caractère est de s’effacer. Soyez donc simplement ce que Dieu vous a voulues, des auxiliaires discrètes et toujours prêtes, humbles femmes, qui remettent au Seigneur et à ses anges, avant de remettre aux hommes, le soin de cataloguer leurs vertus; vierges sages qui n’ont d’attentions que pour l’époux; épouses fidèles pour qui le mari est un monde; mères dévouées qui sacrifient tout à leurs enfants; femmes de société sans doute, mais pour y porter la paix, le bonheur et la joie, en vous oubliant. Car vous ne serez vraiment grandes, vous ne vaudrez ici-bas, vous n’y exercerez d’influence, que par le renoncement, la réserve, la discrétion, l’effacement, l’humilité sans affectation, — qui serait une autre variété d’orgueil, — par le don absolu de vous-mêmes à tous ceux qui ont droit à votre dévouement, et mieux encore par le sacrifice silencieux à tous ceux qui ont besoin d’une sympathie, d’une délicatesse et d’une consolation, et puis peut-être, pour quelques-unes à qui Dieu en fera le céleste privilège et en adressera la demande, par le complet holocauste d’une vie qui sauve les autres en se consumant.

Lia Vanité

LA VANITÉ

Mesd \mes,

Le sujet qui figure ce soir à notre programme, jn la simplicité de son expression : la vanité, est des plus féconds pour un moraliste s’adressant à des femmes. Sans détour, je vous expliquerai pourquoi. C’est que la vanité, par rapport à vous, me semble une définition. Quand on veut résumer d’un seul mot tout le bien qu’on pense de vous et dont vous êtes capables, on nomme le cœur. Mais lorsqu’on prétend énumérer sous un seul vocable tous les défau's de votre sexe, on dit : La vanité.

D’après cette remarque que je crois très psy«

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chologique, la vanité vous comprend tout entières et vous définit, parce qu’elle est bien la caractéristique générale de la femme et de sa langue. Elle en est en même temps la différence propre. Je ne dis pas que l’homme soit à l’abri de la vanité. Mais pour le traduire, lui, dans son fonds mauvais, il faut recourir à d’autres caractères. Il sera égoïste; il sera violent; il sera sensuel. La vanité ne l’exprime pas tel qu’il est. Mais vous, Mesdames, souffrez que je vous le dise, elle vous rend toutes. Et, sous le blâme qu’elle paraît signifier, elle est en somme un hommage à votre nature qui peut tenir, sans excéder, dans les limites d’un si petit défaut.

Pour être petit cependant, et peut-être d’autant mieux, il s’insinue partout, — vous le verrez, — dans la vie, dans la pensée, dans l’attitude et dans la conversation des femmes. C’est précisément pour cela qu’il les définit bien. On a dit méchamment que le premier mouvement d’une petite fille en naissant est de mettre la main à ses cheveux, et de se regarder au miroir sitôt que ses yeux s’ouvrent. Il ne faut voir en cette boutade qu’une façon humoristique de prononcer le même jugement sur votre fonds de vanité. A votre place, je ne m’en offenserais pas, parce que, je le répète, c’est reconnaître implicitement la grande valeur qui est vôtre que de n’avoir à

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vous mettre en garde que contre cette bagatelle.

Mais elle est bien votre distinctif penchant, plutôt que l'orgueil et surtout que l’ambition. Le théâtre de tous les peuples et le roman contemporain qui ont mis de tant de manières la femme en relief, et qui ont fait du cœur féminin tant d’analyses détaillées, profondes et subtiles, nous ont présenté sans doute des types de femmes superbes et magnifiques. Il n’est besoin, pour que vous vous en souveniez, les moins lettrées de vous, que de rappeler le nom des Agrippines de tous les temps. Et il se rencontre ici et là dans la vie, sans qu’il soit nécessaire d’entrer aux palais des rois, ou de pousser les portes des châteaux féodaux, des femmes à l’orgueil démesuré et audacieux, héroïnes hardies, hautaines, impérieuses, autoritaires et dominatrices, que des ambitions insatiables conduisent, qui ne rêvent que de grandes choses, et qui, méconnues par la fortune, dépensent pourtant comme des reines, n’étant souvent que des courtisanes...

Ces femmes à qui les fières initiatives, pour ne pas dire le vice capital de la virilité, enlèvent à peu près toutes les grâces de leur sexe, pour en inspirer toutes les craintes, ne peuvent être, en dépit des prétentions féministes, que l’exception. Il faut certaines situations, assez rares, pour manifester un orgueil de cette sorte et en vivre

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les ambitions folles. Il y a là le caractère de quelques femmes, espacées de loin en loin dans l’histoire et dans la société. On n’y saurait reconnaître le caractère de la femme. Orgueilleuse, ambitieuse par occasion, alors que l’homme l’est peut-être par nature, elle est vaniteuse par instinct et par habitude. La vanité, fille naturelle de l’égoïsme, est le péché commun des femmes ordinaires.

Mais cette vanité, dont je veux parler, n’est pas non plus la sottise pédante et quelque peu grossière de ces prétentieuses ou de ces ignorantes que leur mise excentrique ou leur langage affecté rend ridicules à tous et dont le monde se gaudit. On trouve de ces pauvres femmes qui s’en vont par la ville, quelquefois après l’âge passé, jeunes belles ou vieilles coquettes, enrubannées comme des châsses. A la façon dont elles composent leur démarche et leur tête, elles ont l’air de porter en un vase précieux le peu d’esprit qu’elles répandent partout. Elles croient qu’une toilette riche tient lieu de sagesse; et elles s’imaginent que la marque de l’intelligence est de parler beaucoup.

En deux ou trois visites, elles se vident jusqu’au fond. On n’en rit pas très longtemps, car l’indigence de leur pensée fait pitié. Je voudrais pouvoir dire que cette espèce est rare. Nos démocraties qui haussent parfois brusquement les si-

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tuations sans tenir compte des étapes, risquent de ne la rendre que trop fréquente. Je ne la fais entrer que pour mémoire dans la classification des vaniteuses, que j’ai l’intention de vous présenter.

La vanité, dont l’analyse peut vous intéresser, Mesdames, parce que vous pouvez en être atteintes, — et c’est ma thèse, — si elle est de l’orgueil, est un orgueil dilué, latent et très doux, et, si elle est un peu tout de même d’inintelligence et d’aberration, est une erreur mitigée de quelque esprit. On s’en rend vaguement compte : ee qui fait qu’on ne va jamais aux extrêmes dans l’étalage de son moi. On prend du moins des précautions pour le produire. Mais l’éclat et le relief inconscients que pourtant on lui donne, si discrets qu’ils demeurent, mettent pourtant hors de la modestie. La vanité m’apparaît ainsi comme un orgueil à petite dose, qu’on se pardonne volontiers, parce qu’en effet il est véniel, et comme une variété de légère sottise, qui ne perd pas toute élégance. Voilà peut-être comment elle est si commune!

Elle consiste à donner de l’importance aux choses vaines, à se complaire aux choses superficielles et à se les attribuer, à s’en faire un avantage, un mérite et presque une gloire. Elle est le goût de tout cela, élevé à la hauteur d’un

programme de vie et devenu une habitude. Elle est par conséquent la méprise coutumière de la valeur des personnes et des choses et surtout de soi-même. Elle est une répartition erronée de l’estime, une attribution mensongère d’attentions, d’affections et d’attachement, à des êtres qui n’en valent pas la peine. Elle est enlin, par suite de l’étroitesse de jugement qu’elle suppose, une certaine suffisance de toute 1a. personne, née dans l’admiration intime pour les qualités du dehors, au détriment des qualités solides.

Il est à remarquer que tout ce qui vaut reste ordinairement dans l’humilité. Mais quand on n’a que des vertus extérieures ou tout au moins de surface, on est exposé à les enfler pour qu’elles paraissent. C’est de la vanité. La vanité manque de sérieux; elle est une chose soufflée. Je comparerais volontiers les qualités et les avantages qui la produisent à ces bulles de savon radieuses et fragiles qui miroitent au soleil, avec les couleurs de l’arc-en-ciel. Mais leur éclat même cause leur ruine. Elles remplissent l’espace un instant de leur vol capricieux et léger. Il n’est pas nécessaire qu’un choc les atteigne. Rien que le vent les crève en les caressant. Comme il n’y avait rien en elles, elles disparaissent sans laisser de trace. C’est ainsi que passent à travers le monde les vaniteuses. On s’attarde quelquefois à les rc-

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garder et à les écouter. Mais la lumière, ou la minute d’après, les éclipse. Il ne peut rien demeurer de ce qui n’est pas...

La vanité est ce rien frivole dont, hélas! beaucoup trop de femmes pensent remplir leur vie. Voulez-vous, Mesdames, sans colère et sans amertume, comme s’il ne s’agissait pas de vous, voir comment une multitude d’existences féminines sont organisées pour la vanité? Employons à cette étude impartiale la méthode cartésienne. Mettons de côté toutes les qualités et toutes les vertus que tant de fois je me suis plu à reconnaître en votre sexe.

Je dis que d’une manière générale d’abord, encore qu’on ait fait de ce côté des progrès singuliers, votre éducation, tant dans la famille qu’au pensionnat, n’est pas encore suffisamment disciplinée au sérieux. Je n’en veux pour preuve que la part immense, pour ne pas dire prépondérante, donnée ordinairement aux arts d’agrément sur les fortes études, et le temps consacré par une jeune fille, ayant déjà fait dans le monde ses entrées, aux séances chez la modiste et la couturière par rapport aux heures passées à des occupations utiles.

De quoi, en effet, semble avoir à peu près exclusivement souci, dans la direction de leurs jeunes enfants, un trop grand nombre de mères.

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d’ailleurs respectables, fort honnêtes et même pieuses? La gamme de leurs recommandations n’est pas étendue. Toutes les notes graves sont pour la question de la santé; et, mon Dieu! c’est justice à cet âge. Les progrès à la classe et la bonne tenue religieuse ont bien chacune une portée. Mais la grande affaire, c’est le vêtement et le maintien. Il s’agit essentiellement de mettre la main sur la bonne faiseuse, qui nippera avec le meilleur goût et quelquefois pour le moindre prix les enfants. On les habille en poupées, et gare à elles si elles portent mal ou salissent la robe précieuse. Pour les tenir en éveil et les rappeler au devoir d’une toilette impeccable, même à huit ou dix ans, on leur répète jusqu’à satiété : « Ma fille, tiens-toi bien. »

Quand elles ont grandi à cette école de valeur extérieure, et que tous les exemples maternels ajoutent leurs suggestions à leurs naturels instincts de plaire, je vous laisse à penser l’importance que vont prendre à leurs yeux toutes les choses sensibles, disons déjà le mot, toutes les vanités. On aura beau leur dire ensuite qu’il faut être sérieuses, que la vie qui les attend a des devoirs austères, qu’elles y devront faire preuve de difficiles vertus.

A l’encontre de ces théories que se tueront à redire les maîtresses ou les moralistes de proies-

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