IV. SYNTAXE
Nous réunissons sous ce titre certains traits intéressants qui n’ont pu trouver place dans les chapitres précédents, bien que plusieurs particularités de syntaxe y aient été men-
REVUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI
tionnées, en particulier dans le chapitre de la Flexion1 2. Notre intention ne saurait être de traiter à fond la question de la syntaxe : nous voulons simplement signaler un petit nombre de faits que la critique des manuscrits nous a permis de mettre en lumière. Nous les grouperons sous trois rubriques : noms de nombre, participes, divers.
i° Noms de nombre. — Les multiples de cent, au cas sujet, conservent cent, mais ils prennent cenz au cas régime, conformément aux règles de la déclinaison :
1 1400-1 . La joste virent tel cinc cent,
N’i ot un sol cui n’en pesast.
11869-70. Chaeit en sont la nuit cinc cent,
Tant par ont esté fort li vent.
2568i-2. N’en tornérent que quatre cent E trente e set, mien escient.
12067-8. Poignant i vint o teus set cenz,
Qui ja feront Grezeis dolenz.
Il en est de même de milier :
i2o37-8. Vos les sivreiz, fait il, premier,
E des autres trente milier.
Mais mile est invariable, comme neutre : dous mile : Pile 8197, dous cenz mile : vile 7659, vint mile : vile 10139, etc., et à l’intérieur, 18888, etc. Nous noterons de plus ici, bien que ce soit plutôt un fait de flexion, que mil (mille) multiplié se rencontre quelquefois au lieu de mile, soit au sujet ( tel mil : il io3o3, : fil 22611, tel trei mil : lombril 1076041)3, soit au régime ( vint mil : il 18407).
Plus de, suivi d’un nom de nombre sujet, peut se construire, avec ce nom au cas sujet:
13397-8. Li conveiz fu des fiz le rei :
O li s’en issent plus de trei 3 ;
1. C’est ainsi que nous avons parlé du neutre, de la construction impersonnelle et de l’emploi de premier en apposition. Voyez Flexion, A, §§ III et I, i et 3.
2. Cf. 12107-8, E le costé dès qu’au lombril: Icest coup virent plus de mil, qui se rattache au cas étudié immédiatement après.
3. Trei, au cas sujet, est assuré par la rime (cf. ig433. 19771. 2i36i). Aux vers i8g55-6 (Ja n’en i remansissent treis, E si savons bien que c’est voirs) et 19231-2 (Arses sont hui en feu grezeis. Adonc vindrent messages treis), nous avons évidemment le cas régime, et non une forme particulière du cas sujet. Voy. Flexion, A, I, 5.
de même, plus de mil 12108 (verbe au pluriel) et plus de cent milier 13898 :
13897-8. Sont hors des lices el gravier :
Bien furent plus de cent milier ;
peut-être aussi au cas régime, dans l’exemple suivant :
18893-4* A ço qu’auques ert forz li venz,
En i arstrent plus de set cenz.
où, il est vrai, l’on peut également admettre arstrent au sens actif.
Lorsque le nom est mis au cas sujet, l’expression tout entière est considérée comme sujet; s’il est mis au cas régime, il est gouverné par la prépositiofi qui précède.
20 On sait que l’ancien français ne s’est pas astreint à des règles fixes en ce qui concerne l’emploi du participe passé construit avec aveir et qu’il le considérait à volonté ou comme un neutre qui, comme tel, restait invariable, ou comme un adjectif soumis à la règle d’accord1. La règle fondamentale observée aujourd’hui (accord lorsque le régime précède) tendait cependant à prévaloir. Voici des exemples de la construction contraire :
843-4* S’ot les granz biens qu’il li retrait Des grans proeces qu’il a fait.
6885-6. Tuit icist que vos ai nomé Yindrent a Troie la cité.
Cf. 15517. 25i5o. 2588o. 29957, etc.
Contrairement à l’usage dominant, le cas régime est parfois employé, au lieu du cas sujet, aux temps composés des verbes réfléchis :
1 863-4* Jason ot ja tant espleitié
Que jusqu’en l isle s’est nagié.
(R sia nagié, M sa n., éd. est n., E s’est nagiez (: avanciez), F N Quen lisle se vit esegié (N asegié ), M2 Que en lisle fu toz a pie.)
29519-20. N’i vout estre, quis a congié :
A Parte s’en est repairié.
Cf. 139165. 25947. 27525.