‹ La langue du Roman de TroieChapitre 3 sur 22 · IL — PHONÉTIQUE · texte numérisé non relu

IL — PHONÉTIQUE

A. — Vocalisme

A. — i° A tonique devant l dans une syllabe ouverte donne, comme dans plusieurs autres textes, aussi bien a que e. Cependant, si l’on tient compte des rimes qui assurent l’un ou l’autre traitement, on peut affirmer que a domine de beaucoup. Au singulier, je n’ai relevé qu’une rime en el : autel (— altare) : itel 3io5, qui n’est pas tout

1. Il faut peut-être lire régné e rés, mais j’en doute, car le vers n’en serait pas plus harmonieux et le rythme y perdrait.

2. M2 a encore, seul, quelques autres hiatus, que nous hésitons à admettre dans le texte, par exemple : 4433. 4673. 1 4334. 17062. 17691, etc.

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à fait probante, bien que autal ne semble pas se rencontrer. Ce qui l’est davantage, ce sont des rimes comme cilumer : aater 16753 M2FN et auteus : deus = deos 26101. Les rimes probantes en al sont très nombreuses :

Nasal : contrerai 25 1 3, mal : vassal 4 147. 10893, etc.,

: cheval 11467. 22717, al (*ale pour aliad) : cheval 38oi. 23877, leial : cheval 8099, comunal : cheval 12299, portai : vassal 12569. ï43o5, etc.

À côté de cendal (: cheval) 7525. 9609. 24199 (cf. cendaus : chevaus 7317), on trouve dans certaines copies, 9898 et i3oo3, cendé, qui n’est pas confirmé par la critique des manuscrits. Dans le premier exemple, il faut lire, avec M2R, indirectement appuyés par N ( rompent les mailles) et P3 (Et voler en font mainte maille) :

E des haubers fausse la maille,

Si que les enseignes de paile...

et non avec FMŒH :

Les haubers ont fraiz et troez,

Que les enseignes de cendez...

Quant au second, il appartient à un passage interpolé qui manque à GNP3AM2RMI et se trouve dans l’édition, dans A^2F et dans les manuscrits de la famille y, c’est-à-dire dans des manuscrits inférieurs ou contaminés.

Au pluriel, les rimes caractéristiques en -aus abondent :

Taus : vassaas 2261, mortaus : v. 54 1 , naturaus ; v. 19409, jornaas : chevaus 19165, etc., et avec des noms propres en -aus venant de aüs ou ax latin, itaus : Proteselaus 52 1 5, taus : Menelaus io5o5, : Aïaus 9377. 265o3, maus : Aïaus 259, comunaus : Aïaus 26941, etc.

Mais eus est bien établi pour certains mots. Ainsi on trouve charneus 61 (: damedeus) à côté de charnaus 7990 (: chevaus) {charneus : autreteus 3o33, : morteus 7161 M2(var. autel , ital, tex, cruiex, dolereus ) ne prouvent rien) ; — hosteus 10981 (: damedeus), à côté de hostaus ii55i (: vassaus). 10245 (:chevaus); — teus 5335. 6765 (: Greus). 13759. 29033 (:deus = deos)1, à côté de tal, qui rime avec mortal, hostal, etc., les-

1. Teus est encore confirmé par la rime Idomeneus : iteus 28449, A rapprocher de

Idomenés : remcs 28921 et de tés : remés 19490, où VI a disparu, au lieu de se

vocaliser.

quels riment d’autre part, nous l’avons vu, avec vassal et autres mots en al , tant au singulier qu’au pluriel.

Cruel vient de *crudalis, et non de crudelis; il peut donc aussi avoir pour variante crual , et des rimes comme crueus : morteus 2o55. 9001 . 13725 ne prouvent rien pour cruel , puisqu’on peut lire aussi bien cruaus : mortaus, car on trouve, d’ailleurs, dans M2M, au vers 24619, vassaus : cruaus , leçon confirmée par la leçon inepte de F, curiax (éd. desleiax, M^H réduisent 4 vers à 2). Mais fidelis ne donne qu efeeil, toujours en rime avec conseil. Au pluriel, nous avons feeiz 29859 (: dreiz). 244o5. 26911 (: conseiz). La rime eus : feeus 17885-6, qui renverrait kfeel (=*fidalis), d’ailleurs connu par d’autres textes, n’est rien moins qu’assurée. Si, en effet, M2M éd. donnent au vers 17886 : Si nos sera amis feels, et E : Si nos sera f eux amis , nous croyons qu’on peut conclure de la leçon de M1 : Si nos sera amis feus (vers trop court), combinée avec celle de FN : Si ne sera miefeaus, celle-ci, qui substitue feus , « cruel, » à feeus, « fidèle » : Si ne nos sera mie feus.

La rime nasaus : precïaus (= *pretialis) 23363 (Réd. principaus ) est intéressante, parce que l’écriture confirme ici la prédominance de al sur el, et qu’aucun des nombreux manuscrits vérifiés ne donne precïeus. D’autre part, os de -osus n’étant pas encore arrivé k-eus (chevalereus : eus 2445i doit être lu, avec M éd. FN, eus : feus), nous sommes obligé d’admettre la substitution du suffixe -alis à -osus.

20 An et en sont généralement séparés, sauf pour les mots qui ont partout les deux formes, comme dolent, talent, ardent, orient, sergent. Nous ne citerons que des rimes en an : dolant : tant 4565; dolanz : vaillanz 5243; — talant : a tant 1 433, : amant 2009, :auquant 3823, : cornant 4109, :itant 4337, '.quant 5495. i8o4i, etc. (cf. mautalent : brant 10649); talanz : Prianz 4029, : semblanz 5367, : escoutanz îlxqi, :aidanz 16929, : granz 25335; — ardant : garant i343, : garissant 25913, : porloignant 27769, : maintenant 1887; cirdanz : quanz 16059; — oriant : aufricant 7587, : tant 1 6243 ; — serjanz : aidanz 6867. 17395. — Il faut ajouter sanglant 2385. 22667 ( : demaintenant) . 8397 (:grant); sanglantes : corantes 12675.

Par contre, manant, qui rime régulièrement en an (cf. 3829. 27443), rime une fois en en :

26559-60. Encore i fust l’or e l’argent,

Dont vos estes riche e manent.

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Cf. Girart de Rossillon, éd. F. Michel, p. 33g :

E li borgeis sont riches e bien manent De chevals e de muls, d’or e d’argent.

3° Le trait le plus caractéristique de la langue du Roman de Troie, trait que l’on a relevé également dans la Chronique des Ducs de Normandie1 , est le changement en a de o suivi de nt, issu de m’t2. Nous citons tous les passages :

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