‹ La langue du Roman de TroieChapitre 9 sur 22 · De ce qu’il fu griefment navrez · texte numérisé non relu

De ce qu’il fu griefment navrez

S’orreiz la Chambre de beautez.

Cf. 570. 26023, et 3oi (où il faut admettre à la rime le prédicat pluriel au cas régime).

1. Daviz, rimant avec Liz 8092, n’est pas sûr, Liz étant pris comme nom propre

et pouvant être autre chose que lilium.

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De même, esperiz, « souffle de vie » (cf. en français moderne « reprendre ses esprits ») :

19124-6. E s’en i cliiet sovent d’envers,

Pasmez e freiz, sans esperiz :

Ainz teus chaples ne fu oïz.

226i3-4. Dont li plus sains est si freidiz Qu’en lui n’a vie n’esperiz x.

III. Neutre. — Un assez grand nombre de noms (surtout en -ment) qui, employés comme sujets ou prédicats, se présentent au singulier avec la forme du cas régime, c’est-àdire sans Y s de flexion, doivent être considérés comme des neutres, et sont la preuve, non pas d’un affaiblissement de la déclinaison, mais au contraire d’une bonne conservation, et il n’y a pas lieu d’admettre les corrections des manuscrits postérieurs, quand M1 2, seul ou avec d’autres, donne la forme primitive :

24895-6. Comunement cil de la vile :

Grant fu la corz e le concile (cf. 25575-6).

2 4649-5o. Après ont esgardé cornent

Sereit empris cel parlement.

i5953-4. Que riens ne s’ose traire a lui :

Dès or est, fait il, grant enui.

17227-8. E moût des suens : c’est grant damage.

Moût mainteneit cil le barnage.

26049-50. Sus el palais, qui d’or resplent,

Fu doloros l’ociement.

23o8i-2. Cinquante sis tant solement :

En tant com tient le firmament...

Cf. 5i8. 11871. 12856. 22982. 243ii. 25575. 26559, e^c-

Signalons l’adjectif pris substantivement autretel 29263 : E a grant dreit, quos feïssiez De lui . se faire [/] poissiez. Tôt autretel.

L’adjectif et le participe prédicats sont naturellement au neutre, selon la règle, lorsque le sujet, exprimé ou sousentendu (proposition impersonnelle), est un pronom neutre.

1. Nous ne croyons pas pouvoir admettre la même explication pour samiz

3o43. 9086. 1 193 1 . 13963, comme le veut Lebinski ( loc . cit., p. 245). Cf. 22655-6 : L’aixberc li trenche e le samiz : Ne Vateint pas el gros del piz. 11 y a eu, d’ailleurs, une

forme bas-latine samitium, à côté de samilum — gr. moyen èîjafjûTov. Cf. samich (sing.), cité par Godefroy (xv* siècle, Valenciennes).

un infinitif ou une proposition introduite par un pronom relatif ou par la conjonction que :

1 4 1 1-2. Ço qu’autrui griéve m’est legier :

Ja n’i troverai encombrier.

1 529-80. Dame, fait el, premièrement Vos couchiez, si sera plus gent.

4917-8. Endementres que ço fu fait,

Que je vos ai dit e retrait (cf. 4926 MlERM éd.).

2i6o5-6. Ne soferront chevalier tant :

Iluec fu bien aparissant (cf. 2981 et ii43i).

26553-4. Com vos estes venu a chief

De ce que tant ert pesme e grief.

Cf. 10010. 148101. 17438. 18398. 18411-2. 20828, etc.

Nous rattacherions volontiers à cette construction, plutôt qu’à l’emploi du cas régime pour le prédicat, les cas assez nombreux où un nom joue le rôle cl’un adjectif ou d’un participe, à plus forte raison lorsque ce nom a pour étymologie un nom neutre latin :

12856-8. Mais l’art ne le decevement

Qui est en eus ne conoist rien :

Ne m’est pas avis que seit bien.

15954. Dès or est, fait il, grant enui.

17227-8. ... c’est grant damage :

Moût mainteneit cil le barnage.

17439-40. Que qu’avenist ne que que non,

Ço esteit bien dreit e reison . . .

28950. Ses nés, dont li ert grant mestier.

Il y a aussi dans le Roman de Troie deux exemples assurés du neutre pluriel : i° trei chare M2 (— carra) 26744 • Citare (— Cythera) (F miliaire , qui est peut-être aussi un neutre; cf. Chanson de Rollant , i3i. 186); — 20 a trei deie : meie 20725 (F a do’ doie, N adoudoie).

IY. Noms féminins de la 3e déclinaison. — La plupart des noms féminins de la 3e déclinaison latine hésitent au singulier entre la forme ancienne invariable et la forme analogique postérieure avec s (z). Nous relevons :

i° Flor 5099 (: serorj, 9581. 129865 et 20873 (:meillor), 24435 (: defendeor), 26768 (■' honor), mais Jlors i332i ( : colors) , 2960 1 (: ancessors); — puor 1 2689 (: jor) ; — honor 1 9593 (:plusor), 19074 (: seiqnor), mais des honor s 1921 1 ( : secors ):

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— dolor 667 (: plasor), 18829 ( :seignor ), 26479 (•' deshonor , rég.), 28649 Ojor), 28739 (: plorj; — amor 28610 ( : plusor ), mais Amors (masc.), le dieu d’amour; — haators 16674 (. : colors , rég. plur.); — resplendors 20701 (: mireors). où l’on pourrait écrire resplendor , à cause de l’emploi de mireor comme prédicat (voy. § I, 4); — olor 25678 ( : chalor , rég. sing.), 1 4833 (: dolor, rég. sin g.).

20 Cité 2740 (: leiauté), 6709 (: poesté), et d’autre part, citez 71 1. 3i6o. 26002, où, il est vrai, 011 peut corriger cité en admettant à la rime des prédicats au cas régime ; — clarté 1647 M'2 (: levé), 4785 F (: levé), 14595 (: esté), 16667 (: estelé), 25948 (?) (: Signes se sont entredoné), mais clartez 27789 (: a, fondez), et peut-être ailleurs; — veniez 26873. 28627. 29537, qui. prédicat dans les trois exemples et en rime avec des participes au singulier également employés comme prédicats, doit probablement être lu ver té (ço est verte, c’est la vertéj ; — malignitez 29260 (: desfaez, voc. sing.), où il faut probablement lire malignité : desfaé (voy. n. 2); — meitié 28768 (: perillié), mais mettiez 8930 (:■ chaciez)1; — sautez 18049 (:amez, encore un prédicat); — pitiez i54o4 (: enragiez, voc. sing.), 17736 (: iriez, préd. sing.), 26078 (• reneiez, voc. sing.2),

3 0 Gent 180 (: ajostement), 23io (: content), 10263 (.'parent), etc. (avec le verbe au pluriel par syllepse 3o83. 12773), mais genz 9992. 15726. 21020. 22810. 24836, etc.; — nuit 10849 (- duit) , mais nuiz i5o3 (:enui); — neis 10 179 (:freis), 23377 (: demaneis), 28610 (: Mirmidoneis) ; — mort 19429 ('.confort), 11673 (: port) ; — sort 235o4 M‘2F (: mort, rég.); — fins ioo85 (.-cosins, voc.)3; — moillier 10171 : (chier) ; — retraçon 243521 (: dampnacïon) ; — achaison 22197 (:traïson); dreit e reison 16299 (: vivon), 17439 (: non); — rien 432 1 (: terrien), mais riens (au sens de « nul, personne ») 5323 (: siens), 9177 et 10599 (: Troïens) .

1. Ici encore, on pourrait, à la rigueur, écrire meitié, étant donné la tournure que nous avons relevée § I, i, et l’emploi que fait parfois Benoît du participe passé invariable quand le régime précède (voy. Syntaxe). On aurait alors : Toz desconfiz les ont chacié : Ja n’en eschapast la meitié.

2. Dans les trois exemples, il y a également la tournure impersonnelle (me prent, vos prent pitiez) : on pourrait donc admettre pitié- (voy. § I, i), au moins pour le cas où il y a à la rime un participe prédicat. Pour les deux exemples du vocatif, il faut noter qu’il y a plusieurs exemples assurés de l’emploi de la forme du régime : chevaliers 7433 M2N, vassals 2275. 11269, etc., ce qui confirme pitié.

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