‹ La langue française au CanadaChapitre 19 sur 34 · AVANT-PROPOS XXXI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XXXI

Tient et dont ils sont les plus coupables, au bout du compte.

Que m'importe ce qu'en diront les dévotieux ? N'ayant pas déserté le rang des Poilus qui défendent de leur mieux la langue française au Canada, je tiendrai pour glorieuses les blessures que je m'attends à recevoir derechef pour m'être trop exposé en servant notre langue de la façon qui m'a paru la moins vaine. Je prétends néanmoins n'endurer point que l'on pousse l'injustice jusqu'à la diffamation, arme coutumière de certains — comme le génie boche emploie la balle dum-dum lorsque sa sauvagerie ne se satisfait plus de la mort de l'adversaire, mais y veut mettre le raffinement de cruauté qui marque ici-bas le passage des illuminés, Guillaumes ou Torquemadas, qui se croient les accomplisseurs des volontés divines. Je n'ai pas de secrétaire pour rédiger, transcrire et distribuer aux gazettes mes impressions de derrière la tête ou du creux du cœur; je n'ai d'ailleurs aucun journal à ma dévotion; et les organes mensongers jusque dans leur nom, comme le Droit et la Vérité, se font un devoir de conscience de charger des accusations des plus accablantes la tête des gens qui ne pensent pas comme eux, mais ils estiment excessive la charité chrétienne au nom de quoi ces accusés réclament leur justi-

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fication. Enfin, j'ai plus et mieux à faire. Je ne me livrerai donc à aucune polémique, inutile d'ailleurs avec des gens de mauvaise foi. Ce n'est pas que j'attache plus de prix qu'il ne convient à ce modeste essai; mais, nul ne l'ignore, la matière même de son sujet est la plus irritante qui puisse être pour certains esprits de chez nous. Ce n'est vraiment pas, non plus, que j'attache plus d'importance qu'il ne sied à son humble auteur, ni que j'estime son interprétation du sujet digne de faire couler autant d'encre qu'elle lui en a coûté; mais chacun sait aussi bien que la faiblesse d'un adversaire et son peu d'importance sont précisément les deux considérants qui décident à l'attaquer pour l'étoufifer plus aisément. Boileau — un classique, même à Québec — s'est rendu compte avant moi qu'il entre quelque fiel dans l'âme des dévots, et Boileau n'a fait qu'appliquer à notre temps la leçon de Virgile: Tantœne animis cœlestihus irœ! L'accident est prévu de date ancienne. Je me réserve, par le présent, de requérir tout simplement la protection des tribunaux si mes contradicteurs m'attribuent des expressions dépassant par trop mon propre texte ou s'ils m'imputent trop malicieusement des mobiles ou des intentions que ce texte ne justifie point. A bon enndeur salut, et Dieu garde!

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Quant au scandale, si le lecteur est déçu de n'en point trouver, dans cet essai, autant que lui en ont annoncé les défenseurs patentés et triplement oints de la langue et de l'autel, s'il n'en trouve vraiment pas pour son argent, il voudra bien s'en prendre à ceux qui lui en ont trop promis.

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