‹ La langue française au CanadaChapitre 2 sur 34 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

voir en effet à qui et à quoi l'on a affaire ici, de reconnaître d'abord cette sentinelle qui ignore le rudiment du guet, et de crier ce qu'elle n'a pas crié:

— Qui vive ?

La comparaison du siège de Verdun est plus heureuse que M. DeCelles ne l'a pensé.

Notre langue maternelle, moins fortifiée que la ville de Verdun, n'a tenu, ne tient et ne tiendra que par l'obstination des Canadiens-français à recevoir sans broncher tous les coups dirigés contre elle. Ce sont, à la vérité, les Poilus qui ont longtemps fait, de leurs poitrines, le rempart infranchissable et infrangible qui manquait à la forteresse de Verdun. Mais, au lieu de s'attarder à applaudir et à couvrir de fleurs les défenseurs de la place, au lieu de se pâmer d'admiration en des attitudes d'extase qui ressemblent à des attitudes de victimes expiatoires, la France a prêté l'oreille au cri d'alarme d'un patriote, du sénateur Charles Humbert, qui n'eut de cesse qu'il ne l'eût persuadée du péril qu'elle courait à faire une confiance absolue à l'héroïsme tout nu de l'armée, et que, pour réduire le Boche et remporter sur lui une victoire définitive, il fallait que toute la population inengagée se livrât corps et âme à cette unique et impérieuse préoccupation d'armer ses défenseurs: "Des canons, des mu-

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