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supraterrestres et extra-françaises du soin de secourir leur langue maternelle.
La lutte engagée entre Canadiens de différentes origines est une lutte essentiellement et uniquement constitutionnelle. C'est d'après la lettre de notre Charte nationale que les tribunaux du pays et, en dernier ressort, les tribunaux impériaux doivent trancher les différends qui se sont élevés et qui s'élèveront encore sur le statut de la langue française en telle ou telle province de la Confédération canadienne. Et ces tribunaux ne sauraient faire état des appréciations personnelles exprimées de part et d'autre sur la qualité du langage de telle ou telle classe de notre population mixte. Si ces estimations particulières devaient avoir le moindre poids dans la balance de la justice, il y a beaux jours que nous aurions eu gain de cause, car Dieu sait depuis combien de temps et avec quelle véhémence nous proclamons dans nos journaux et dans nos assemblées que notre langage est le français pur et parfait. Si, d'autre part et sous prétexte de ne pas fournir de munitions à nos adversaires, l'œuvre d'épuration verbale devait être interrompue et réduite au silence chaque fois qu'une difficulté bilingue est référée aux tribunaux, durant toute la litispendance et tout le temps aussi que le populaire
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s'excite autour de ces questions brûlantes; si, en ces heures de malaise et d'agitation, il était de bonne tactique de se taire; si la prudence conseillait de ne point bouger et même de s'endormir; si, enfin, la consigne était de ronfler, il serait patriotique de suspendre la publication du Bulletin de la Société du Parler français au Canada; car, depuis quinze années et sans y manquer un seul mois, cette revue recueille avec le plus beau zèle les incongruités de notre langage et tâche à les réunir en un "lexique canadienfrançais" qui, systématiquement, laisse de côté toute expression acceptée par l'Académie française. En sorte que, si la simple discussion et le redressement des travers de notre parler devaient nuire au règlement favorable de ces difficultés, le Bulletin qui, pour employer l'image même de M. DeCelles, livre à nos adversaires des cartouchières et des gargoussières toutes rondes qu'il se préoccupe même de remplir mensuellement de munitions nouvelles, fournirait, sans la moindre métaphore, un témoignage officiel de notre infériorité.
Cette réponse ressemble en tous points à celle que M. l'abbé Camille Roy fit au scribe qui, à la façon de M. DeCelles, dénonça naguère M. de LabrioUe, coupable d'avoir exhibé quelques spécimens du parler franco-canadien dans la Revue latine; elle ressemble également à celle que le Sarcleur du Bulletin fit à un lecteur
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s'inquiétant du fâcheux résultat que le sarclage de nos incorrections pourrait produire en donnant à croire que ces incorrections échantillonnent le langage ordinaire des Canadiens-français 0).
Les Canadiens-anglais instruits, de l'Ontario comme de partout, se rendent parfaitement compte que l'on ne s'astreint à pareille tâche d'épuration que sur une matière qui en vaut la peine; ils savent que le véritable Parisian French, qu'ils tiennent pour le français idéal, a des critiques réguliers et des épurateurs de carrière, et que la langue française de tous les siècles a pareillement eu ses redresseurs vigilants; ils savent que l'anglais, l'italien, l'espagnol, le russe, l'allemand et toutes les langues vivantes ont leurs médecins avec leurs clercs — et qu'il n'y a guère que le parler des Topinambous et de nos anciens Nez-Percés qui soit réfractaire à la critique et ne prête point à correction; et encore faudrait-il voir (2). Ils savent exactement, enfin, que si nous voulons meilleure notre langue, c'est que nous prétendons la garder.
(1) Bulle-tin de la S. du P. /., vol. I, p. 174; vol. IV, p. 380.
(2) Ci". Ampère, Hist. Utt. de la France, 1839: "Les Iroquois, les Sioux, les Mohicans ont dans leur grammaire d'étonnantes ressources pour exprimer par un mot des idées très-complexes " Rel. des Jésuites (Ed. Thwaites, 1899), vol. 15, p. 154 (Lettre du P. du Perron) ; vol. 39, p. 118 {Brève relatione du P. Bressani), et passim. N. O. (J.-A. Cuoq), Etudes Philologiques sur Quelques Langues Sauvages de V Amérique, 1866.