EMILE GIRARD
Trésorier-général de l'A. C. J. C.
160 rue Saint-Jacques, Montréal.
La Ligue des Droits du français -
attire l'attention des marchands et des hommes d’affaires Sur l'importance de rédiger leurs annonces en excellent français. Elle se fera un devoir de leur en faciliter la tâche.
Pour tous renseignements, s'adresser au
SECRETARIAT GENERAL, MONTREAL.
Bureau No 1 Monument National.
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ses droits, sa nécessité, ses avantages
La lutte héroïque des Canadiens-français de l'Ontario pose toute la question des droits du français au Canada. La province de Québec, dépositaire et gardienne des traditions françaises en Amérique, ne saurait se désintéresser de cette lutte. Elle a | droit et le devoir d'appuyer de toutes ses forces la lutte de ses nationaux de la province voisine. Mais si nous voulons apporter à nos compatriotes de l'Ontario une aide efficace, nous devons connaitre à fond le terrain précis de la lutte et bien nous pénétrer des principes et des faits qui justifient à la fois la résistance de la minorité ontarienne et l'intervention de tous les Canadiens-français, de tous les vrais Canadiens, soucieux de voir triompher dans toute la Confédération les principes de justice et de droit dont s'inspirèrent les auteurs de la Constitution.
L'enseignement du français dans l’Ontario
Dans l'Ontario, come dans chacune des provinces anglaises, l’enseignement du français a toujours été fort négligé par les autorités provinciales. Reconnu et établi officiellement, depuis plus d’un demi-siècle, dans l’ancienne province du Haut- Canada, cet enseignement n’a jamais reçu de lEtat un appui efficace. On n’en tenait à peu près aucun compte dans la formation pédagogique des instituteurs, non plus que dans l'établissement des programmes d'enseignement et le choix des manuels scolaires. Ceci a permis aux ennemis du français de prétexter l’infériorité des écoles françaises ou bilingues pour en réclamer la suppression. Après avoir tout fait pour tarir ou polluer la source, ils affirment qu’elle est insuffisante ou impure. C'est ce que les avocats appellent “plaider sa propre turpitude”. Mais “tricherie retourne toujours à son maitre”. Les proscripteurs du français ont involontairement démontré l’inanité de leur prétexte. Comme il leur fallait tout de même une base de justification, avant de procéder à leur oeuvre de haine, ils ont ordonné une inspection particulière des écoles françaises ou bilingues. Le fonctionnaire chargé de ce travail, M. MERCHANT, a été forcé d'admettre que, sur plusieurs points essentiels, ces écoles peuvent soutenir avantageusement la comparaison avec les écoles
publiques anglaises. Il reconnait que “la discipline dans les “écoles anglo-françaises est en général excellente. L'autorité des “maitres est bien établie, ct la conduite des enfants bonne. La “politesse des élèves est lun des traits les plus remarquables de “ces écoles. Ceci est manifeste, non-seulement durant la récep- “tion des visiteurs dans les classes, mais particulièrement dans “la conversation et les échanges de bons procédés à l'école et dans “les cours de récréation. Dans la plupart des écoles confiées à la “direction des communautés religieuses, un goût excellent a pré- “sidé à la décoration des salles avec des fleurs, des gravures, des “modèles de travaii, ete”. Dans l’est de l'Ontario, l’assiduité à “ l’école “est à peu près la même que dans les écoles rurales [pu- “bliques et séparées] des autres parties de la province; mais dans “certains centres industriels, la fréquentation scolaire est anor- “ malement régulière”. L'Association d'Education a prouvé, par les rapports mêmes du ministère de l’Instruction Publique, que la moyenne des présences quotidiennes à l’école séparée était, en 1910, de 63.53% des enfants inscrits, tandis que, dans les écoles publiques, cette proportion n'est que de 60.45%. De l’ensemble, M. Merchant conclut que si les élèves du troisième et du quatrième cours — enfants de 10 à 14 ans — “habitaient quelques mois dans un milieu anglais, ils ne tarderaient pas à se sentir at home.” (1). Combien d'élèves des éco'es anglaises de Québec pourraient en faire autant?
Ce témoignage d'un adversaire fait d'autant plus honneur aux Canadiens de l'Ontario qu'ils ont dû organiser ct soutenir ces écoles dans des conditions fort désavantageuses. Ils ont eu à combattre l'indifférence ou le mauvaæis vouloir des autorités civiles, l’hostilité sourde ou déclarée d’une partie du clergé de langue anglaise et parfois même l’apathie d’un bon nombre des leurs.
L’accusation d’infériorité portée contre les écoles françaises d'Ontario fût-elle fondée, il n’y avait qu’un remède à leur appliquer: former de bons instituteurs bilingues et promouvoir avec intelligence l’enseignement des deux langues, selon les méthodes en usage dans tous les pays civilisés où existent deux ou plusieurs groupes ethniques parlant des idiomes différents.
Les réformateurs de l'Ontario trouvent plus simple de guérir le mal par l'amputation. Mais ils n’ont ni Ja logique ni la franchise de leur système. Ils affectent de tolérer l’enseignement du français; mais ils mettent à cet enseignement de telles entraves que l’application rigoureuse de leur programme aboutirait fatalement à l’oblitération graduelle et rapide du français dans l'intelligence et la mémoire des enfants, tout en entravant l’enseignement efficace de l'anglais.
(1) “Report on the Condition of English-French Schools in the Province of Ontario, by F.-W. Merchant”, Toronto 1912 — pages 36-21-60.
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