‹ La langue française au Canada [microforme]Chapitre 22 sur 48 · EE USE · texte numérisé non relu

EE USE

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protestations ont certainement bel air, gonflées d'éloquence! Mais qu’on les oublie vite en rentrant chez soi, en regagnant le bureau, en re-

prenant le trottoir ...

Se changer Excessivement

C'est ennuyant S'objecter ...

Acter....

Anxieux ..

Transiger des affaires. .

Ce n'est pas cela qu'il sat : .….

Tout ainsi.

Il reste là...

Privilégière

Charriot

Ilest après téléphoner.

Mal parler. . F

C'est là où je demeure...

De la broue.

Embarquer dans un tramway, débarquer d'un tramway

S'écarter C'est bien de valeur ...

Par tisitte::. 1.0 Dérangez-vous pas.... Emotionnée

Sa dame et ses demoiselles ..

Je lui ai causé

Je m'en rappelle...

pour: Changer de toilette, de vête-

ments;

Extrêmement, tout à fait, très, on ne peut plus;

C'est ennuyeux;

Objecter;

Jouer (dans une pièce de théâtre);

Désireux;

Expédier des affaires;

Dont il s'agit:

Simple, sans façons;

C'est là qu'il demeure:

Privilégiée;

Corbillard;

Il téléphone, il est au téléphone, il est à téléphoner;

Parler mal:

C'est là que je demeure;

De la mousse:

Monter en tramway, dans un tramway, descendre de tramway;

Se perdre, s'égarer:

C'est dommage, c'est regrettable;

De ce côté-ci, chez nous, ici:

Ne vous dérangez pas;

Emue, bouleversée;

Sa robe va bien:

Sa femme et ses filles:

J'ai causé avec lui;

Il m'en souvient, je m'en souviens, je me le rappelle;

Vous sentez-vous de la guerre dans votre DOUR D RE MS pour: Eprouve-t-on les effets de la guer:e dans votre localité, dans votre industrie:

La salle de thé La salle des thés (et même t’a-room, puisque Larousse donne {eu-gown);

Nous vous avons man- CURE de

‘ Vous nous avez manqué...

Lst-ce que j'exagère encore ? Ces exemples, je ne les relève pas chez le peuple des villes, ni chez l'ouvrier, ni chez ie paysan: je ne les relève pas davantage chez les représentants de nos trois classes linguistiques, c'est-à-dire dans la langue parlementaire, dans cette langue de la discussion, qui est souvent discutable et qui est même, s'il faut en croire Faguet, la langue qu'il ne faut pas parler. Ces exemples, je les ai cueillis dans la classe que vous savez, qui les répète persévéramment avec d'autres d’égale sonorité et qui les entremêle équitablement avec des locutions English style du genre que nous avons vu plus haut et que nous verrons derechef plus bas. Le langage courant de notre bonne société en est devenu contaminé au point de fournir un prétexte à des ménages canadiens-français pour faire si peu confiance à notre langue qu'ils élèvent exclusivement leurs enfants en anglais plutôt que de leur apprendre un français ne ressemblant plus au français. Concédons qu'il se mêle un grain de pose et un grain d'anglo-

manie dans le programme de ces ménages, et que cette pratique accuse un faible assez fort pour l'anglo-saxonnerie; mais voyons-y aussi le prodrome d'un affaiblissement dans l'attrait que doit produire la langue française convenablement parlée.

L'atmosphère d'imperfectibilité littéraire dans laquelle nous vivons donne lieu à un phénomène remarquable. Nos gens instruits écrivent généralement un français correct; mais leur conversation se relâche au point de donner parfois l'impression qu'ils manquent absolument d'instruction. On craint de se singulariser en parlant aussi bien qu'on le pourrait dans des milieux où ce relâchement de l'expression est toujours trop toléré; et l’on dit des choses que l’on n'écrirait jamais. En France, au contraire, les gens du peuple (et nous excluons ceux qui parlent l’argot ou les patois) qui ignorent jusqu'à l'orthographe et seraient incapables de rédiger une lettre de trois lignes sans y loger une bonne demi-douzaine de fautes, causent cependant avec une aisance et une correction que lJl'on prend rarement en défaut. Ce n'est donc pas l'instruction qui manque à nos gens du monde; mais c'est par psittacisme qu'ils laissent se répandre, et aident à se répandre dans notre atmosphère tous ces barbarismes, solécismes, anglicismes, provincialismes, rusticismes, plébéianismes, décadentismes et autres incongruités de notre langage, avec

maintes locutions usuelles et vulgaires qui ne veulent ordinairement rien dire: chevilles et bouche-trous de la conversation, qui, n'ayant point l'aspect d'anglicismes parce qu'ils sont de contexture française, ne s'imposent point à la correction. Le principal défaut de ces locutions. en effet, est de n'avoir aucun sens, ou d'avoir, au fond, un sens ridicule; et leur plus grave danger est d'être, non pas à la mode, car elles passeraient avec la mode, mais courantes et consacrées —ce qui est pis.

Nous n'aurions pas raison de nous arrêter outre mesure à ces locutions condamnables, de réciter à la venvole le chapelet ou le rosaire de ces imperfections verbales qui, en général, exigent qu'on les examine d'assez près pour manifester leur infirmité et inspirer la petite horreur dont elles sont très dignes. Le mérite serait vraiment trop mince, aussi, de rééditer les notes prises par ceux de nos écrivains qui ont publié des Corrigeons-nous dont nous dirons un mot tout à l'heure. Soulignons seulement le caractère d'irréflexion que donnent à notre conversation, à la conversation des gens du monde, l'emploi et l'abus de certaines expressions qu'un peu de réflexion sufhrait à proscrire, de réflexion toute simple et sans le moindre effort philologique, de cette réflexion que l'on peut sans trop de rigueur requérir des jeunes messieurs qui furent plus ou moins bacheliers et des jeunes

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demoiselles qui ont été diplômées et ont rapporté de leur couvent des médailles grandes et brillantes comme leurs yeux. Sont-elles heureuses de nous apprendre: ‘‘Je vais graduer cette année; j'ai gradué l'an dernier.” Cela leur donne des airs de petites femmes, déjà, et cela leur va à croquer. Elles diraient cependant, sans commettre un anglicisme et avec plus de gentillesse encore: “Je serai graduée, j'ai été graduée”... et encore mieux: ‘‘Je serai diplômée.”" Graduer signifiant en effet ‘‘conférer des grades universitaires," ce ne peut être que l'université, et à la rigueur leur couvent qui les a graduées ou qui les graduera: en tout cas les chères élèves ne peuvent qu'être graduées. Mais je me voudrais mal de mort d'être la cause du premier petit pli qui fronçât la candeur de leur front, et je ne dirai rien... Pourtant, il faudra bien leur faire savoir un jour, à ces mignonnes diplômées—si elles tiennent à justifier les beaux grades qu'elles ont obtenus dans l'étude du français —que ce français s'attend à retrouver dans leur bouche en cerise de France toute sa pureté et toute sa douceur; que ce beau langage que Musset lui-même aurait voulu mieux servir:

France, 6 mon beau pays ! J'ai de plus d'un outrage Ofensé ton céleste, harmonieux langage,

Idiome de l'amour, si doux qu'à le parter

T'es femmes sur la lèvre en gardent un sourire;

Le miel le plus doré qui sur la triste lyre

De la bouche ct du cœur ait jamais pu couler!

que ce beau langage de l'honnêteté. comme on l'appelait au grand siècle dont nous venons, et qui signifie le parler des gens d'esprit et de belles manières, enfin que ce langage d'élite est souvent fort mal traité dans nos réunions mondaines. Plus tard!... Elles ont bien le temps! Oui, je sais. Eh bien donc! quand viendra pour elles le temps de songer aux choses sérieuses, et même à la chose la plus sérieuse ou qui pourra le devenir, et quand les prétendants commenceront à poindre—et c'est à supposer qu'ils n'ont point déjà point—il faudra qu'elles sachent que, si l'on peut correctement tomber en pâmoison, en défaillance, voire en syncope, en apoplexie et même en léthargie, cette bonne langue française — malgré l'analogie des affections—ne permet pas de {omber en amour ni d'être en amour. Que les jeunes gens deviennent ou tombent amoureux, cela est possible et cela est charmant; mais c'est bien tout ce que tolère la grammaire, et c'est beaucoup de complaisance chez un chaperon aussi austère qui se scandalisera, néanmoins et pour de bon, d'entendre dire, même en secret: ‘Un tel est en amour; Une telle est tombée en amour”... Pardonne-leur, grammaire, car ils ne savent ce qu'ils disent!

Dans la rue, dans les hôtels, au théâtre ou dans les réunions sociales, vous n'êtes pas sans avoir entendu un monsieur s'excuser de rester ganté en recevant votre poignée de main.

Rita Le dut

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‘"’Excusez mon gant.” Qui s'excuse ainsi s'accuse. Nous avons pris cette expression des Anglais, pour céder encore au besoin qui nous tient de les imiter, sans remarquer si ce que nous leur empruntons est bon ou mauvais, et sans mettre une petite toilette française, au moins un cachenez à ces locutions étrangères, avant de les introduire dans notre monde.

Cette locution est-elle correcte en anglais:

est-elle conforme à la grammaire, aux usages et au génie d’Albion? Je l'ignore et peu me chaut. Mais ce que nous savons et de quoi nous devons nous inquiéter, c'est que la traduction par trop littérale d'une locution populaire anglaise et plus probablement yankee, que son adoption par notre classe dirigeante ajoute à notre répertoire une expression triplement fautive. En effet, qui ‘excuse son gant’ commet, en trois mots, trois fautes. D'abord, un anglicisme, puisque cette traduction littérale de la locution anglaise attente à notre grammaire en prétendant faire excuser un gant. On excuse une personne; on excuse aussi bien une incartade ou une erreur; mais—en français—on n'excuse pas un gant, pas plus qu’une table ou une chaise. Anglicisme, solécisme et, troisièmement, faute de savoir-vivre, ou, par etphémisme, faute d'étiquette, puisque dans la bonne société l’on doit se ganter, et conséquemment s'excuser parfois de ne pas l'être, mais jamais de l'être...

Il y aurait à broder encore, entre mille autres, sur ces fameux ‘‘Compliments de la saison” que, pour singer toujours les Anglais, nous échangeons tout à trac aux solstices d'été et d'hiver, et notamment à la Noël, qui devient si bien le Christmas que le Bonhomme Noël y perd luimême son français et ne répond plus guère qu'au nom de “St. Nicholas” alias Santa Claus dans un trop grand nombre de nos familles pourtant originaires de la Normandie, de l'Anjou, de l'Ile-de-France . .

Mais l'épluchage de toutes ces expressions nous mènerait loin, et peu utilement puisque, encore un coup, il suffit d'un peu de réflexion pour les éviter et nous empêcher de les répandre dans notre conversation qui souffre d'autres abus plus difhciles à extirper.

Et ne sont pas aussi faciles à vaincre: l'anglicisme, qui abâtardit notre parler: le canadianisme, qui double inutilement un mot du vocabulaire français; le barbarisme, qui dénature le mot; le solécisme, qui disloque la phrase et ruine la syntaxe. [1 ne suffit plus de réfléchir un peu; il faut avoir été averti par l'enseignement. Aussi ne devons-nous pas trop vivement jeter la pierre à ceux de nos compatriotes insuffisamment lettrés qui ne parlent pas aussi correctement que nous le souhaiterions. Ils n'ont jamais été mis en garde contre ces fautes dont la conversation populaire est farcie, cependant qu'elle

constitue leur principal, sinon leur unique modèle. Comment exiger, par exemple, d'un ouvrier ou même d'un petit bourgeois, qu'il dise ‘le bureau des rebuts'’ plutôt que “l'office des lettres mortes,” quand, en anglais, l'on dit “dead letter ofice" et que tout le monde, ou presque, traduit littéralement cette expression anglaise, comme toutes les autres expressions anglaises? Et lorsque le parlement provincial habille de ‘‘tweed”’ anglais cet artisan pour l'installer dans le texte de ses lois, comment devinerait-il qu'un ‘ingénieur stationnaire” est en réalité un ‘mécanicien de machines fixes 2’ Où aurait-il appris que le ‘‘gun metal’ se nomme ‘acier de guerre”’; qu'Eminence ou Excellence ne Goit pas s'employer au vocatif; qu'un “frac” désigne un habit de soirée, bien que le froc anglais soit une redingote; que ‘‘se rappeler” est un verbe actif et non point neutre, et qu’au contraire “échapper” est neutre, et non actif: que les ‘danses vives” (fast dances) désignent des coniredanses menées vivement et pas du tout celles que dansent des couples se tenant par la taille et qui sont généralement langoureuses et rien moins que vives; qu'un ‘‘charretier de voiture légerte”” prétend signifier un ‘cocher de fiacre”, mais que ce n'est pas tout le monde qui peut comprendre cela; qu’une ‘‘tête-d'oreiller” ne veut rien dire; qu'au chapitre des médicaments il peut devenir fort dangereux de con-

fondre la ‘cuillerée à café” prescrite dans le mode d'emploi des drogues françaises avec la “coffeepoonful" des drogues anglaises ou américaines, puisque la cuiller à café fr -ai-+ -'est rien de moins que la cuiller : {hé aiglaise—et ainsi de suite. L'o :n‘:nd, et l'on répète comme on entend... comme on entend et qu'on lit partout ces expressions essentiellement vicieuses, c'est à belles mains qu'on les prend, ou plutôt c'est à belle bouche qu'on les rend (30).

d' L'anglicisme

Chez nous, l'anglicisme n'est pas ce qu'il est aujourd'hui, ni surtout ce qu'il a été en France au XVIIIe siècle; et c'est à déplorer que l'anglicisme n'ait pas rempli chez nous l'office qu'il remplissait, en France, au temps de Madame Geoffrin et de la marquise du Deffand. A cette époque, l'anglicisme en France était la pénétration, dans les grands salons d'abord, puis, par répercussion, dans la société et dans l'opinion française, d'idées nouvelles anglaises avec de nouvelles conceptions philosophiques, sociologiques, politiques et littéraires dont l'esprit français s'assimila ce que bon lui sembla et qui devait servir à son évolution nationale (31). De nos jours, l'anglicisme ne signifie guère, en France, que l'intrusion, dans l'écriture et le langage, de simples vocables importés le plus

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