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Notre petit peuple parle mieux que le peuple dans :ertain+s parties de la France, mais nos hommes réputés instruits parlen: infiniment plus mal que là-bas.
Et Legendre ajoutait:
C'est, du reste, ce qu'ont affirmé invariablement les visiteurs étrangers qui avaient la compétence nécessaire pour prononcer sur ce point.
Tous les puristes canadiens qui ont étudié notre parler au point de vue de la correction, s'accordent à affirmer—et ce témoignage unanime doit ître un critérium ds vérité —-que ce sont nos avocats qui parlent le plus mal. Ils auraient pu dénoncer les avocats au Palais (4). Car il faut admettre que la traduction littérale et pas du tout littéraire des termes de la procédure anglaise est moins qu'édifiante, généralement, et que l'élégance du verbe français le cède fortement à la toge. Cedat lingua togæ! Mais, lorsqu'ils ont raccroché leur toge au vestiaire de Thémis, nos avocats ne parlent vraiment plus aussi mal— pour ne pas leur adresser de compliments plus pénétrants et qui pourraient faire encore augmenter leurs honoraires. (5) D'autre part, Tardivel écrivait, en 1879:
De tous nes hommes de profession, ce sont les médecins qui respectent le plus la grammaire, parce qu'ils écrivent et parlent moins que les autres: ils la font même quelquefois respecter aux autres en leur imposant un silence éternel ...
Ne faisons point de commentaires, mais rappelons-nous que la prudence est ia mère de ia
sûreté, axiome qui c mmence à se traduire dans le tramway: Safety first.
Le mal des uns et des autres est possiblement celui dont il est parlé dans L'Homme aux quarante écus:
Malgré les progrès de l'esprit humain, on lit très-peu, et,
parmi ceux qui veulent quelquefois s'instruire, la plupart lisent très-mal.
Le fait est qu'une fois lancé dans une profession, l'on pe it ou l'on veut rarement s'instruire dans la . ngue; et les étudiants qui cèdent à l'attrait de la littérature, à défaut de maîtres ct de guides, s'en rapportent aux dictionnaires. Mais précisément, c'est Buies qui le rappelle:
‘Pour pouvoir se servir avec fruit des dictionnaires, il faut posséder le génie de la langue.” Et savez-vous le moyen que donne Buies ?
Allez, mon ami, allez passer trois ou quatre ans en ranc ‘: mèlez-vous-y avec les hommes insiruits: parlez omme ils parlent; pénétrez-vous äu génie de leur langue,
ct vous en saurez plus long que si vous appreniez tout Littré par cœur.
Evidemment, Buies a raison. Mais le beau moyen, surtout le beau voyage, qu'il recommande n'est malheureusement pas, comme on dit, à la portée de toutes les bourses: et nous ne devons cependant pas nous résoudre à parler quelque vague franco-anglo-algonquin, faute des rentes qu'il nous faudrait posséder pour aller passer trois ou quatre ans en France.
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