PR ENTRER
La vérité plus yraie, c'est que tous nos écrivains ‘qui ont fait leur marque dans les lettres françaises” (et c'est à supposer que le Droit veuille parler des lettres francocanadiennes) doivent leurs succès et leur notoriété aux études littéraires où historiques spéciales auxquelles ils ont
dû se livrer au sortir du collège et €n France, pour la
plupart. Arthur Buies (que le Droit a oublié de nommer,
“1 ait été l'un de nos écrivains qui ont le plus
bien qui marqué dans les lettres franco-canadiennes et même
a écrit en 1884:
françaises)
Lorsque je revins de France en 1862, après y avoir passé six années pour refaire entièrement le cours d'études que j'avais suivi
dans nos collèges. ce qui était impérieusement nécessaire si je voulais apprendre quelque chose, je fus etfrayé de l'ignorance générale de mes compatriotes (La Lanterne, réimpression de
M. l'abbé Camille Roy. qui s'est d'ailleurs reformé en France (je n'ai pas écrit réformé), écrit encore ceci, à la
page 347 de ses Essais:
C'est no're langue française (et le contexte indique clairement que M. Roy pense à la bonne langue française et non à la langue spéciale du Droit) qui exprime, pénètre de sa vertu, et comme e son arome subtil, nos pensées, et c'est avec toutes les qualités précieuses qui en sont inséparables, et que nous avons héritées de nos pères, que l'on a composé les œuvres les plus délicieuses et
tielles que l'on voit dans notre biliothèque na-
les plus substan tionale. Et loin que nous songions à changer ce langage. notre
Société du Parler français n'a d'autre but que de l'étudier pour le mieux connaître, et de le mieux connaître pour le mieux conserver:
Enfin, le rédacteur qui me démentit, et nasarde si bellement du même coup CE distingué professeur du séminaire de Québec, corrobore suffisamment lui-même, malgré qu'il en ait, le témoignage de tous nos dénigreurs religieux ou
car il écrit fort mal pour avoir été formé dans les
e si bien. Voyons. ‘‘Faire
profanes.
maisons d'éducation dont il parl leur marque” n'est pas français. au sens que le Droit
donne à cette expression. et n'est pas davantage anglais. C'est un solécisme franco-canadien et un idiotisme de la
langue particulièrement riche en images imprévues que le Droit enseigne et emploie. En vrai français, dans la langue d'aujourd'hui, aussi bien que dans celle du XVile siècle ou du moyen âge. “faire sa marque” signifie l'action d'un homme qui, ne sachant écrire, supplée au défaut de signature. Nous venons de voir encore appliquer cette €xpression bien française, dans le seul sens qu'elle comporte en français, devant l'un de nos tribunaux très supérieurs, lequel a été mis en possession d'un affidavit attesté par douze témoins par moitié canadiens-français et canadiensanglais. Six de ces douze témoins y ont fait leur marque. . : Si le Droit m'accuse de faire une insinuation malveillante, il peut se livrer au plaisir d'infliger une correction à cette malveillance en recherchant la pièce judiciaire dont je parle et en la publiant—s"il l'ose.
En sorte, donc, que l'expression du Droit, traduite en français, signifie littéralement ceci: “dans les lettres françaises, les hommes sortis des maisons d'éducation, fruits de l'activité de notre clergé (!), ont fait leur marque, ne sachant écrire” (Cf. Littré). Et puis des maisons d'éducation ne sont point des fruits, voyons! Appliqué à des maisons, à n'importe quelles maisons, le mot fruits ne saurait indiquer, en langue française ancienne ou moderne, veuillez m'en croire, que le loyer des maisons, les baux à ferme, les intérêts des sommes exigibles, etc., ou encore les profits ou bénéfices rapportés (Cf. Bescherelle). En français, on dit les Gaspé et non ‘les de Gaspé” (Cf. Stapfer): et poèles exige un accent grave, et non un tréma. (Cf. le petit Larousse) .... Etc.
Il y a, comme cela, quelque quatre doubles colonnes, en mon honneur seulement. Quelle pitié de n'être pas assez méchant pour tirer un peu les mandibules à ces sauterelles de notre parler français, qui, non contentes de le gruger, le polluent encore de leur sérosité mélassée, sous couleur de l’amitonner de leurs papelardises! Elles mériteraient pourtant qu'on leur fasse rendre trompe, comme
les petiots de nos villages disent en cadence à ces bestioles qui dévorent les bons grains:
Donn'-moi d'la m'nasse Ou ben j'te tue;
Donn'-moi d'la m'nasse Ou ben j'te tue!
Mais ce serait amusette!
Page 93-(72). Quiconque veut étudier la rythmique française peut ne lire que La Fontaine et Hugo, et négliger tout le reste .... Sa merveilleuse divination de la forme lui a révélé (à Hugo) ces deux formes de la pensée, le style et le rythme, et il les a fait conspirer ensemble d'une manière inimitable .... 11 a eu un style à lui, créé par lui, et puis il a eu à sa disposition tous les autres (Emile FAGUET, Dir-ncurième siècle e
Page 96-(73). Op. cit., p. 68. Cf. Jean LioNNET, Chez les Français du Canada, 908, passim.
Page 97-(74). Quelques menues citations graves, pour faire une peur aux écoliers qui ne savent pas encore que les mots sont en vie:
Un vieux grammarien, Geoffroy Tory, exprimait déjà, en 1529, le vœu qu'on s'employât ‘‘à mettre et ordonner par reigle nostre langaige françois, sans quoi “on treuvera que de cinquante ans en cinquante ans la langue françoise, pour la plus grande part, sera changée et pervertie” (Note de Paul LALLEMAND, op. cit. infra).
MOXTAIGXE : Selon la variation continuelle qui a suivy nostre langaige jusques à cette heure, qui peut espérer que sa forme présente soit en usage d'icy à cinquante ans? I] escoule tous les jours de nos mains, et depuis que je vis, s'est altéré de moitié.
Bosstver: Mais l'éloquence est morte, toutes ses couleurs s'effacent, toutes ses grâces s'évanouissent, si l'on ne
ma béta LÉ À
s'applique avec soin à fixer en quelque sorte les langues et à les rendre durables Car, comment peut-on confier des actions immortelles à des langues toujours incertaines et toujours changeantes> Et la nôtre, en particulier, pourrait-elle promettre l'immortalité, elle dont nous voyons tous les jours passer les beautés, et qui devient barbare à la France même dans le cours de peu d'années ?
Huco: L'esprit humain est toujours en marche, et les langues avec lui... Le français de certaine école contemporaine est une langue morte.
Etienne Lauy : Elle (notre langue) vit, c'est dire qu'elle change. Voix d'un peuple, elle est la voix de ses âges divers, de sa santé et de ses maladies.
Daruesrerer: S'il est une vérité banale aujourd'hui, c'est que les langues sont des Organismes vivants dont la vie, pour être d'ordre purement intellectuel, n'en est pas moins réelle et peut se comparer à celle des organismes du règne végétal ou du règne animal.
À lire, toute ronde. Lu ri, des mots (D'ARMESTETER) : aussi la Vie du Langage (Wiirxe x): Pathologie du langage (LiTrRf); etc.
Cf. Paul LALLEMAN D," De la modernité dans l'art d'écrire", rep. par le Chercheur (Québec), ler fév. 1889.
Page 97-(75). Cf. LARIVE et FLEURY, Troisième année de Grammaire et Exercices de Troisième année,
Page 98-(76). Anatole FRANCE, Le Jardin d'Epicure, “Ariste el Polyphile ou Le langage méla physique." Ce dialogue d'Ariste et Polyphile pourrait s'ajouter à nos références sur la vie de la langue {74) et sur le jargon (42).
Page 100--(77). Mgr Toucuer, évêque d'Orléans. Dis- Cours prononcé dans la cathédrale de Québec, 4 septembre
Page 100-(78), A..M. Ecuiorr, professeur à l'Université Johns-Hopkins: “On a philological ex pedition to Canada”, dans The Johns Hopkins University Circulars, Baltimore, 1884-5. Extraits traduits par Napoléon Legendre dans sa brochure La Langue française au Canada, 1890,
Page 100-(79). Au pays de la vie intense, \904,.
Page 101-(80), Ainsi de l'ancien norois, la langue mère des idiomes scandinaves modernes, qui, devenu ici le norvégien, là le suédois, ailleurs le danois, s'est maintenu à peu près intact jusqu'à nos jours en Islande (Note de DanuesrerTer).
Page 102-(81). Bull. de la S. du P. {.. sept. 1915, p 14, note.
Page 102-(82). Pour être de bon compte, il faudrait se rappeler que l'anticléricalisme français moderne naquit de la politique de sauvegarde que la République jugea à propos d'adopter pour enrayer les intrigues cléricales coalisées, après la chute de l'Empire, contre Gambetta en faveur de Chambord, coalition Par conséquent révolutionnaire contre le pouvoir établi et dont le pouvoir dut se &arer par des mesures qui ont subsisté ou se sont accentuées selon les circonstances. L'anticléricalisme français surgit donc de conflits purement politiques et de complications purement locales: il n'est pas ‘un article d'exportation." (Cette note m'a été fournie par M. DeCelles, l'érudit conservateur de la bibliothèque du parlement canadien, ‘‘au Cas que j'oserais m'en servir.’ Je ne voudrais point avoir manqué de l'en remercier publiquement, comme aussi de l'aide qu'il m'a copieusement apportée dans le labeur de la documentation).
—Un contradicteur m'écrit. ‘Seuls, ceux qui connaissent assez l'histoire pour croire que l’anticléricalisme ne fut
éd E =
qu'un mouvement politique, ont le droit de discourir là-dessus.‘
Mais alors, tous ceux de nos francophobes qui font de l'anticléricalisme français leur grand cheval de bataille, connaissent-ils l'histoire, oui ou non ? S'ils la connaissent, ils doivent croire que l'anticléricalisme en France ne fut qu'un mouvement politique, et, pour être sincères et même honnêtes, n'en Point parler d'autre façon; et s'ils ignorent l'histoire, ils n'ont pas le droit de discourir là-dessus. C'est de la part d'un ami de notre clergé que je prends la respectueuse liberté de répéter ce raisonnement.
Page 103-(83). Notons les journaux essentiellement catholiques, comme la Vérité de Québec et la Croix de Montréal, qui ont pris la spécialité de dégoiser toutes les diffamations contre la France, et se sont ainsi fait une clientèle, notamment parmi le clergé et le corps enseignant franco-canadiens.
Nous avons rencontré des enfants d'école qui croient dur comme fer que les soldats français tués à la guerre doivent aller en enfer .. Ft comme nous leur demandons d'où ils tiennent cette vérité, ils nous répondent que ce sont leurs maîtres qui l'affirment ‘parce que la France n'est pas bonne.‘
Pour attester des sentiments tout personnels de cet élément francophobe de notre bas clergé, donnons comme exemple (entre plusieurs autres qu'il nous serait aussi loisible de rapporter) la lettre suivante reçue, par un comité de secours français, du curé d'une paroisse de la province de Québec, qui l'a écrite en vue de la publication, comme il appert du post-scriptum :
20 novembre 1914.
J'ai lu attentivement la circulaire que vous adrensez à tous les curés de la Province, touchane Îcs secours devant être apportés
aux victimes françaises de la guerre. En réponse, je regrette de ne