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de même qu'encantewr. Enfin nous disons tric-trac au lieu de crécelle ; notre expression fait un peu plus de bruit que l’autre, mais, en somme, je n’y tiens pas énormement.
Je pourrais, si je voulais épuiser le sujet, en écrire bien dävantage ; mais cette liste suffit pour montrer que, non seulément nous avions le droit de créer la plupart des expressions ou acceptions dont nous avons enrichi notre langue, mais que, même pour celles qui n'étaient pas d’une absolue nécessité, nons avons toujours suivi scrupuleusement les règles de l'étymologie et de l’analogie.
Personne plus que moi ne désire que nous corrigions nos fautes de langage, que nous fassions disparaître de notre conversation comme de nos écrits les anglicismes qui s’y sont glissés de temps à autre ; mais pourquoi, je le demande, serions-nons obligés de rejeter des termes qui, loin d’être du patois — comme on a bieu voulu le dire — sont, au contraire, régulièrement formés, À ce point que nous pouvons presque toujours en rendre compte à la satisfaction des linguistes les plus difficiles.
Les dictionnaires donnent tous les jours asile À une foule d'expressions dérivées, soit des «différents dialectes des provinces françaises, soit des langues étrangères, — et dans ce dernier cas, on ne prend même pas la peine de franciser le mot, témoin, les wagons, les tenders, les rails, les stcumers, le turf
le sport. etc. Pourquoi donc ces mêmes dictionpaires n’accueilleraient-ils pas des mots provenant d’un pays qui, par les preuvres qu’il a données dans toute son histoire, a bien le droit de demander qu’on lui conserve son titre de province francaise, et qu’on lui permette de travailler au développement d’une langue qu’il a conservée et sauvée pour ainsi dire, sur ce continent, au prix des plus grands sacrifices ?
Lorsque nous étions moins connus en France, et que le Canada passait pour un pays sauvage, je comprends qu’il eût été difficile de demander cette reconnaissance de nos droits. Mais aujourd’hui que des rapports fréquents nous ont fait mieux connaître, que les ouvrages de nos écrivains sont lus et appréciés par le public français, et que deux des nôtres ont été couronnés par l’Académie de France, la plus haute autorité de l'univers, nous demandons, non pas qu'on nous fasse une place nouvelle dans le domaine de la langue, mais qu’on nous rende celle que nous occupions autrefois et que, en réalité, nous n'avons jamais abdiquée.
Un auteur a dit avec raison : “ Quand un peuple perd sa langue, il est bien près de perdre sa nationalité” Eh !bien, cette langue française dont nous étions les dépositaires, les gardiens, nous l'avons, nous, scrupuleusement conservée ; et voilà pourquoi, après une séparation de plus d’un siècle, tont en
nous montrant loyaux sujets de la Grande-Bretagne, nous sommes restés français, et francais quand même, Voilà us sans Vouloir indiscrètement nous imposer, nous réclamous notre droit de näturalité ; cous demandons que, lorsqu'il s'agira de Ja langue de L'rance, de cette langue que nous avons aimée ct que nous «linons encore par-dessus toutes les autres, on nous donne, au foyer maternel, l’humble place restée vide si longlemps ; qu’ou nous permette de faire pur‘ie de ce col de famille quand il prouonce sur ds intérêts qui tiennent à notre vie méme.
Autrefois, quand un citoyeu romain voulait faire reconnaître ses privilèges, 11 wavait qu’à prononcer ces siruples mots : ‘ Oivis suin romanus.” A notre tour, nous répétons ce cri qui doit nous rouvrir toutes grandes les portes hospitalières de l’ancienne patrie : “ Vous sommes restés français !”
IT La langue que nous parlons.
me lue dgoané 4 Société Royale, le n mai 1887, HV 4, R.2.C. 4 a Y, 6 ]:
Nous allons faits dans ce travail, un court examen de conscience. [l n’y a pas là de quoi s’effrayer outre mesure ; car, Comme nous parlerons de nous-mêmes, il est à présumer que nous saurons le faire avec une
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indulgence raisonnable. Et du reste, quant au point sur lequel doit porter cet examen, nous n'avons pas la conscience aussi lourdement chargée qu'on a bien voulu le faire croire,
J'ai déjà, dans un précédent travail, revendiqué notre droit, — à nous, les représentants, les sauveurs de la langue française sur ce continent, — de contribuer à eurichir cette langue, notre droit de créer des mots ou de modifier des mots déjà créés, quand les circonstances d'un milieu nouveau l’exigeaient ; j'ai réclamé notre droit de naturalité ; j’ai demandé que les grands dictionnaires nous reconnaissent comme province française, et ma voix a déjà eu des échos consolants,.
Aujourd’hui, je veux traiter un autre point ; nous sommes attaqués dans l’existence même de notre langue et je veux tâcher de la défendre.
Car, il y a bien longtemps qu'on nous accuse, noms, les Canadiens-Fraucais, de parler un patois, ou plut : un jargon presque incompréhensible, composé de mauvais francais et de dialectes sauvages, avec une assez forte addition de termes anglais, habillés en étoffe du pays.
Que ces sottes idées aient eu cours en France, à une époque où l’on ne se donnaït pas la peine de lire notre histoire, ou de j: er un coup d'œil sur la cute de notre pays ; qu’elles existent même encore
chez un certain nombre de Français qui se renseignent en lisant les racontars du pianiste Kowalski, ou les relations fantaisistes d’un Charleè Limousin cela n’a rien qui puisse nous étonner, Que, dans les pays étrangers et un peu éloignés, on soit encore sous la même impression, il ne faut pas en être surpris non plus. — Mais que chez nos voisins d'Ontario, — avec lesquels nous avons, depuis 1841, des relations assez étroites, — on fasse preuve d’une ignorance aussi inqualifiable, cela dépasse un peu la mesure et indique peut-être moins un défaut de renseignements qu’une forte dose de mauvais vouloir.
11 y a environ deux ans, j'avais l’honneur de recevoir à Québec un des professeurs de la grande université “ Johns Hopkins,” de Baltimore. 11 venait étudier sur le vif le francais du Canada, Avant son départ, il avait reçu d’un de ses confrères, professeur dans une université d’Ontario, une lettre dans laquelle on l’engageait à ne pas se déplacer pour si peu de chose. — ‘ Qu’allez-vous faire au Canada, et surtout dans la province de Québec ? lui écrivaiton. Vous n’y trouverez qu’un affreux jargon, ne se rattachant proprement à aucune langue civilisée, Les gens qui le parlent ont de la peine à se comprendre entre eux, et les véritables Français de France n’en entendent pas un seul mot. Les Canadiens-Français de la province de Québec qui veulent