Voir La Parole, passim (depuis
l'analyse des sons 111
Mais son domaine comprend avant tout les défauts de prononciation proprement dits. Ceux-ci peuvent avoir pour cause une affection organique, par exemple des végétations adénoïdes ou bien des anomalies de la dentition K Ici l'opération préalable (ou la prothèse dentaire) est nécessaire, mais elle ne suffit pas. La cause disparue, l'effet subsiste. Lorsque le bistouri a débarrassé le nez ou l'arrière-bouche, il reste à rééduquer l'organe. Et c'est à cette étape que la phonétique expérimentale interviendra.
Mais très souvent le défaut de prononciation est dû simplement à une mauvaise habitude, à une position défectueuse des organes. Ici l'intervention du médecin est inutile et ne donnerait aucun résultat. Quelquefois, l'observation attentive suffit. Faites remarquer à une personne affligée de zézaiement que lorsqu'elle prononce s, z, elle met la pointe de la langue entre les dents, et dites-lui que, pour bien prononcer, il faut la placer en bas des incisives inférieures : si votre interlocuteur est intelligent, il réussira du premier coup. Et peut-être a-t-il fait de vains efforts pendant des années pour trouver la position exacte de la langue : il y en a une bonne, et une seule : encore fallait-il la connaître.
Le « guide-langue » est un petit appareil très simple, formé d'un fil de fer recourbé de façon spéciale et qui s'adapte sur un manche -. La forme du
1. Zùnd-Burguet, Défauts de prononciation et anomalies de la dentition, Paris, 1903.
2. On en trouve la description et la figure dans un article de
fil métallique est calculée de telle façon que, placé dans la bouche, l'instrument oblige la langue à prendre la position nécessaire pour émettre coi rectement s ou z : c'est la bonne prononciation forcée. L'appareil, tourné de 180 degrés, produit le même résultat pour la prononciation de ch et 7. Il est fâcheux que les phonéticiens expérimentaux n'aient pas vulgarisé ce petit instrument, qne chacun pourrait facilement confectionner, avec un peu d'attention : il permettrait aux innombrables victimes du zézaioment et du chuintement de se guérir elles-mêmes de ces désagréables défauts.
La correction du bégaiement est incomparablement plus longue et plus difficile. Il est dû, en effet, à une double cause, respiratoire et nerveuse. On bégaie parce qu'on ne sait pas respirer en parlant; on l»égaie aussi parce qu'on s'énerve, parce que la parole ne va pas aussi vite que la pensée. Il faut apprendre au sujet à respirer en parlant, à prononcer lentement les mots, puis les phrases : éducation patiente ei délicate, dans laquelle la volonté du bègue constitue un facteur important.
La phonétique expérimentale a également des conseils à donner aux chanteurs, moins pour leur apprendre à respirer — les bons maîtres de chant s'en chargent — que pour leur enseigner la différence entre les voyelles parlées et les voyelles chantées. Pour donner le même timbre à la voyelle, on ne doit
M. Rousselot, Historique des applications pratiques de la phonétique expérimentale^ pp. 13-14 de l'article {La Parole, 1899).
L'ANALYSE DES SOiNS 113
pas chanter un o, par exemple, comme on le prononce dans la conversation. Souvent les chanteurs obéissent inconsciemment à cette loi : mais lorsqu'ils la méconnaissent — le cas est fréquent — ils dénaturent le timbre des sons pour le grand déplaisir de l'oreille. Après s'être instruite à l'école du chirurgien et du physiologiste, après avoir demandé au physicien de nouveaux instruments de travail et au mathématicien des formules pour analyser les courbes vibratoires de la parole, la linguistique contemporaine, si féconde en surprises, vient ainsi, par un nouveau paradoxe — non moins imprévu, mais tout aussi justifié — , donner à l'art antique du chant les conseils de sa jeune expérience.
A . Dauzat. — Langue français© d'aujourd'hui.