‹ La langue française d'aujourd'hui; évolution, problèmes actuelsChapitre 21 sur 58 · Voyez notamment La Cigale et la Fourmi · texte numérisé non relu

Voyez notamment La Cigale et la Fourmi

Je vous rendrai, lui dit-elle, Avant ïoût, foi d'animal.

Intérêt et principal.

3. Ce malheureux mot a ainsi aujourd'hui quatre prononciations différentes : aoutt, aou, outt, ou. La dernière est seule phonétiquement correcte, tout en donnant moins d'invidualité au mot.

4. Le latin patella a donné en vieux français paele puis poêle, tout comme natalem (s. e. diem), devenu parallèlement nael, puis noel.

Défigurons nos mots : cela n'a aucune importance, du moment que nous sacrifions un tréma !

Des confusions sont dues également à l orthographe. Après le g, Vu garde tantôt sa valeur comme dans aiguille^ et tantôt ne se prononce pas, comme dans anguille. Cette « chinoiserie » fait le plus grand désespoir des étrangers. Que nos voisins se consolent : les Français s'y trompent eux-mêmes. Ainsi on devrait dire aiguiser (comme aigu^ aiguille) : néanmoins la prononciation contraire, sans u (comme anguille)^ se généralise déplus en plus. Combien disent encore « le duc de Gû-ise »?

Autre phénomène dans gageure, dont l'orthographe est une véritable... gageure! La prononciation traditionnelle est gajure (ancien français gajeùre. avec l'hiatus). Mais que de gens s'y trompent et disent gajeure ! Plutôt que d'accepter l'orthographe gajure, qui dissiperait toute équivoque, l'Académie préfère voir s'acclimater la mauvaise prononciation, à laquelle elle ne trouve aucun inconvénient. L'orthographe est sacrée à ses yeux : la langue, sa pureté, son histoire ne compteraient-elles donc pas?

L'orthographe fait disparaître aussi certaines prononciations traditionnelles qui avaient leur i itérêt historique et phonétique. Tout en écrivant Chciseul, les vieux Parisiens prononcent Choiseuil : i'moignage précieux pour l'histoire du suffixe iôlu en français.

Dans l'ancienne langue, l'e placé avant l'accent et suivi d'une seule consonne était toujours muet : on

disait réduire, sévère, et non réduire, sévère^. L'introduction, à partir de la Renaissance, de nombreux néologismes savants, où tout e latin fut prononcé e, bouleversa cette loi phonique. Les e reçurent Taccent aigu à tort et à travers et... la prononciation suivit. Aujourd'hui la tendance se généralise de plus en plus, et nous entendons dire couramment brevet, meringue, etc.

La prononciation des consonnes doubles, inconnue dans le peuple ^, est plus récente et ne remonte pas à un siècle. On a épilogue, au moment où s'agitait la question de l'orthographe, sur les cas où l'on fait sonner ou non les deux consonnes. On ne devrait les faire sonner dans aucun cas. Les consonnes doubles se sont simplifiées dans le gallo-roman il y a dix siècles. En les restituant dans la parole, nous allons contre le génie de la langue, et pour vouloir subir trop docilement le joug de l'orthographe, nous créons une prononciation artificielle, pédante, qui n'est pas française.

On a pu croire, il y a quelque temps, que la réforme

orthographique, si désirable, allait enfin s'accomplir.

Depuis de longues années, les protestations étaient

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