‹ La langue française d'aujourd'hui; évolution, problèmes actuelsChapitre 28 sur 58 · M. Ascoli en · texte numérisé non relu

M. Ascoli en

2. M. Terracher a tenté de donner une autre explication {Revue de philologie française, imUei i907) en supposant cfue tous les noms de lieu de la région n'ont pas été formés à la même époque • hypothèse inadmissible, si on songe que la formation de tous les noms qu'il cite remonte également à l'époque gallo-romaine. Les exemples qu'il donne n'en sont pas moins intéressants : dans la même région, il y a deux séries pour représenter les noms latins

Deux hypothèses sont également admissible . Ou bien il s agit d'une puissante influence linguistique : le saintongeais se serait peu à peu substitué au gascon ou au périgourdin dans la bouche des habitants ^ Ou bien la substitution des langues a été la conséquence d'un phénomène ethnique : les populations saintongeaises auraient peu à peu repoussé leurs voisines devant elles ^. Gomme on le verra plus loin, le premier phénomène s'est produit en Bretagne, le second en Suisse. Ici, l'histoire ne nous fournit aucune donnée précise pour élucider la question. La présence d'îlots méridionaux en Saintonge, comme il en existe près de Montmoreau, et de la colonie saintongeaise du Verdon, en pays gascon, sur la rive gauche de la Gironde, paraissent fortifier la seconde hypothèse. Notons cependant, en rei^ard, qu'à l'heure actuelle, dans l'est des Gharentes, les parlers méridionaux sont en recul linguistique certaine

en-acum : ac d'une part, comme en provençal, ay ou y d'autre part comme en français. Il y aura, par exemple Massimy (Maxiniacum) à côté de Pontaillac (Pontaliacum). La seconde série est le résidu de la langue primitive : il est tout naturel — en cas de substitution linguistique — que certains noms de lieux aient été transformés. Le phénomène n'est pas moins possible en cas d'invasion ethnique — qui peut être fort ancienne.

1. Dans ce cas le phénomène s'est produit graduellemenl, c'està-dire village par village; mais dans chaque village la substitution a été nécessairement brusque, du jour où les intermt diaires linguistiques entre les deux idiomes eurent disparu.

2. Dans cette hypothèse, la migration a dû être progressive, et non soudaine : car on en trouverait des traces dans l'histore.

3. Housselot, Les Modifications phonétiques du langage dans le parler d'une famille de Cellefrouin (1891 ),passim.

Quoi qu'il en soit, le français — au sens large — a gagné beaucoup de terrain en Saintonge. Ce phénomène, on va le voir, est général dans tout Touest.

Si Ton envisage la masse des parlers gallo-romans par rapport à leurs voisins immédiats de souche différente, et qu'on coupe la France en deux, du nord au sud, par un méridien légèrement à Test de Paris, on constatera le phénomène suivant : dans tout Touest, du nord au sud, le français ou ses dialectes ont progressé sur toute la ligne, aussi bien contre le basque et le celtique que contre le flamand ; à l'est, au contraire, ils ont défendu péniblement leurs positions, et, dans certaines régions — comme la Suisse — ils ont même éprouvé un recul très sensible.

Depuis le x*" siècle environ — époque à laquelle les grands mouvements de population ont pris fin — le français, au sens très large, s'est donc maintenu sur un territoire à peu près équivalent à luimême : mais il a gagné à l'ouest ce qu'il perdait à l'est. On ne peut s'empêcher de remarquer que ce déplacement s'est effectué dans un sens identique à celui des peuples qui ont traversé l'Europe pendant plus de dix siècles, depuis l'avant-garde aryenne des Celtes jusqu'aux Grandes Invasions du début du moyen âge. L'ébranlement séculaire imprimé aux masses humaines par ces lointaines migrations ancestrales aurait-il été assez puissant pour ne pas

s'être encore complètement amorti après dix siècles de stabilité ethnique? L'immense marée humai ae qui déferla si longtemps de l'Orient ébranle-t-elle encore nos côtes sous les derniers remous de ses vai^ues*? Il ne faut pas céder, cependant, au désir d'une généralisation trop hâtive, car les phénomènes peuvent recevoir des explications locales plus simples. Le recul du basque, du breton, et du flamand dans le pays de Calais, s'est produit dans des régions où l'influence politique de la France s'est fait sentir depuis longtemps; aucun des idiomes en conçu Tence ne pouvait rivaliser avec le prestige littéraire et social du français, langue nationale.

Commençons par le basque, que l'on s'accorde à reconnaître aujourd'hui pour le représentant de l'ancienne langue ibère*. Il paraît probable, qu'au moment de la conquête romaine, cette langue était parlée sur toute la rive gauche de la Garonne : M. A. Thomas a démontré péremptoirement, ])ar la méthode linguistique, qu'elle était parlée dvns le pays de Cominge^ (Haute-Garonne). Il est non moins certain que la majeure partie de l'Aquitaine fut ) omanisée : mais une partie conserva son idiome aiitoch-

1. La poussée ethnique d'est à ouest est indéniable en Suisse, comme on le verra plus loin.

2. Voir à ce sujet, Luchaire, Origines linguistiques de V Aquitaine.

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