‹ La langue française d'aujourd'hui; évolution, problèmes actuelsChapitre 33 sur 58 · Cours de langues et littératures wallonnes et picardes · texte numérisé non relu

Cours de langues et littératures wallonnes et picardes

2. Cours complémentaire de langue et littérature proAcngales.

3. Cours de langues el littératures du sud-ouest. — Il y a aussi à Toulouse un cours de langues et littératures méridion Ues qui, de fait, est exclusivement consacré au provençal (au s( ns large du mot).

horizon trop vaste et se livrent à des recherches auxquelles ils ne sont pas préparés. Aussi nous donnent-ils des ouvrages superficiels, pleins d'erreurs grossières, et à peu près totalement inutilisables, parce qu'ils pèchent par la base. Et pourtant, ils pourraient rendre à la science des services inappréciables, s'ils savaient se borner et défricher consciencieusement chacun son petit coin de terre.

Plusieurs idées fausses — toujours les mêmes — vicient ces publications. Hérésies linguistiques et mauvaises méthodes de travail, telles sont les causes qui stérihsent tant d'efforts dépensés presque en pure perte. II y a des régions, en Auvergne notamment, où l'on s'imagine encore que le français descend en droite ligne du celtique !

Partout où il y a des patois indépendants, on croit encore fermement à l'existence du « dialecte ». Gaston Paris et M. Paul Meyer ont eu beau, depuis 1875, renverser par des arguments irréfutables les frontières imaginaires avec lesquelles on avait découpé arbitrairement la carte linguistique de la France, et montrer que l'ensemble de nos patois romans constitue une vaste tapisserie bigarrée aux nuances insensiblement dégradées, — ils ont paj'lé dans le désert pour les travailleurs locaux, qui ont l'ambition, dans un opuscule de cent ou deux cents pages, de nous présenter le dialecte de toute une province, alors que la vie d'un homme ne pourrait suffire à un tel travail! Comme chaque commune a son patois, et que la provenance des mots n'est presque jamais

indiquée, il en résulte un amalgame de foriiies et une incertitude d'origine, qui rendent inutilisables tous les documents réunis.

Lorsque le patois est plus voisin du françcàs, un préjugé courant le représente comme du fiançais corrompu, et on nous l'explique en le faisant venir de notre langue littéraire !

C'est un truisme de dire que les personnes qui ne possèdent pas une éducation linguistique suffisante, ne sauraient se livrer utilement à des recherches étymologiques. Malheureusement, comme Tétymologie est peut-être la partie la plus séduisante — du moins en apparence — de la dialectologie, une semblable vérité n'est pas acceptée par les travailleurs locaux. Dès lors qu'ils possèdent quelque connaissance de la grammaire française, et qu'ils onl sous la main un lexique latin et un dictionnaire de vieux français, ils croient pouvoir s'aventurer impunément sur le terrain glissant de l'étymologie. Aussi irébuchent-ils à chaque instant... à moins que, de iemps en temps, ils ne découvrent l'Amérique ! Et ils pourraient faire œuvre si utile en se bornant à recueillir des matériaux, au lieu de se lancer dans des discussions philologiques qui ne sont pas de leur compétence!

Autre défaut déplorable : c'est de donner asile, à côté des mots qu'on a recueillis soi-même, a des termes envoyés par correspondance par des tie s, ou pris dans des publications de valeur linguistique nulle ou médiocre. Le dialectologue ne doit accepter

aucune forme, sans avoir vérifié lui-même et directement son existence. Sinon, toute compilation est sans valeur.

Enfin la transcription des mots laisse toujours à désirer. Pour noter scientifiquement une langue, il est indispensable d'adopter une orthographe phonétique : chaque son représenté par une lettre, et par une seule. Au lieu d'une graphie rigoureuse, on nous déclare, neuf fois sur dix, qu'on prend comme base l'orthographe française, plus ou moins arbitrairement modifiée pour les besoins de la cause. A chaque instant on nous dit : tel mot ou tel groupe de lettres se prononce comme en français. Et comme le français se prononce fort différemment suivant les régions, nous tournons dans un cercle vicieux, puisque nous ignorons la prononciation de l'auteur. Un Roussillonnais écrira, par exemple, que la finale de finit, dans son patois, se prononce comme dans le français lit : seulement il faut savoir que dans les Pyrénées- Orientales on dit un litt.

On est parfois découragé en constatant combien les efforts incessants des linguistes pour réformer les mauvaises méthodes de travail, sont inutiles et peu écoutés. Chaque année voit paraître, sur tous les points de la France, de nouveaux travaux sur les patois, aussi mal conçus que ceux qui les ont précédés, parce que leurs auteurs suivent toujours les mêmes errements. J'ai encore reçu, il n'y a pas longtemps^ un prospectus m'annonçant la prochaine apparition d'un glossaire des patois de l'Anjou, avec

quelques extraits qui permettent de juger 1% ouvre : mélange des formes, sans indication de provenance ni garantie d'origine, graphie détestable, interminables dissertations étymologiques puériles ou erronées. Et pourtant les deux auteurs, j'en suis convaincu, auraient pu faire œuvre excellenle sils avaient simplement pris modèle sur les glossaires de Saint-Pol et de Bournois, de M. Edmont et de M. Roussey, et s'ils avaient suivi les conseils que tous les dialeclologues, à la suite de M. Gilliéron, ne cessent de donner aux travailleurs.

Il ne faut pas, en effet, compter sur les linguistes pour dresser, avant leur disparition, l'inventiiire des patois français : ils ne sont pas assez nombreux, et trop peu d'entre eux ont tourné leur activité du côté de la dialectologie. Le philologue, que ses études ont .orienté vers les recherches de bibliothèques, r '^pugne à l'enquête directe, sans laquelle on ne peut Uudier les patois. Et même le voudrait-il que, pour des raisons d'ordre divers, il ne lui serait pas toujours possible d'aller passer des mois et des années ci ans les villages les plus reculés pour y vivre la yie des paysans : seul procédé qui permette de saisii sur le vif et dans leur cadre les manifestations complexes et délicates de l'activité linguistique des parlers populaires.

De telles enquêtes qui effarouchent au déijut les

bibliophiles habitués au travail de cabinet, ne tardent pas à devenir, d'ailleurs, très captivantes, comme celles de Tentomologiste ou du botaniste qui va chercher sur place, dans la nature, les secrets de la vie, jusqu'au bord des neiges et des précipices.

Le linguiste doit aussi aller découvrir dans son milieu la fleur sauvage, prendre son bâton de voyageur, se rendre dans les villages les plus reculés, écouter les paysans, se mêler à leur vie et recueillir de leur bouche les expressions pittoresques de leurs états d'âme, où tout un passé d'histoire se reflète parfois dans le raccourci d'un mot. Un crayon, un carnet et une bonne oreille, suffisamment exercée : voilà les seuls instruments dont on a besoin.

Et quelle joie lorsque, dans une bourgade perdue des montagnes, on découvre, par exemple, la survivance isolée d'un mot latin, épave échouée là et que partout ailleurs les invasions ont balayée. Je me souviens du plaisir que j'ai éprouvé lorsque j'ai retrouvé, il y a quelques années, dans un village d'Auvergne, un représentant du verbe latin urgere que tous les romanistes déclaraient, jusque-là, disparu depuis des siècles de TEurope entière : j'avais entendu une vieille femme qui racontait comment elle avait jooMsse à l'écurie son veau récalcitrant, en employant — elle ne s'en doutait certes pas! — le même mot que Virgile, combien altéré cependant par dix- neuf siècles de générations rurales! Mais la phonétique, cette bonne fée des philologues, m'avait permis de reconnaître, à première audition, l'antique et clas-

sique urgere dans le rude et étrange dour e de la vieille paysanne. Je communiquai aussitôt n a trouvaille à mon regretté maître Gaston Paris, qui partagea mon plaisir et ma surprise

L'attrait de la découverte et de Timprévu, qui surgit à chaque instant et oblige l'observateur à changer sans cesse ses batteries, est une grande source de satisfaction intellectuelle, et compense amplement les petites mésaventures qui peuvent surgir au cours de l'exploration. En voici deux particulièrement caractéristiques ; elles m'ont été narrées par ceux qui en furent les involontaires victimes.

Un professeur de la Sorbonne, il y a une dizaine d'années, était allé faire une enquête dans le sudouest de la France : il cherchait à déterminer sur les lieux une limite linguistique. Pour interroger les paysans, il s'arrêtait dans les auberges des villages, et c'est ainsi qu'il fut amené, dans une petite commune de la Dordogne, à entrer dans le dél^it que tenait un maréchal ferrant. Après avoir posé quelques questions à l'hôte et à ses clients, et avoir noté sur son calepin les mots patois dont il avait besoin, il repartait vers le village suivant.

Cependant l'aubergiste-maréchal, intrigué [ar une enquête dont il ne pouvait évidemment saisir la portée scientifique, se demandait s'il ne venait pas d abriter chez lui quelque dangereux malfaiteur. Il alla prévenir la gendarmerie, qui venait précisément de rece-

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