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LÉTUDE ET L'ENSEIGNEMENT DE LA LANGUE

Chaque science a une méthode distincte, suivant son but et ses moyens d'investigation : cette méthode devient consciente peu à peu, lorsque la science, sortie de la période de tâtonnements, est définitivement maîtresse d'elle-même et a obtenu une somme de résultats qui permet de cautionner la certitude de ses procédés de recherches. C'est au technicien, dans chaque ordre de connaissances, qu'il appartient de la dégager et de la synthétiser, après s'être instruit auprès des philosophes : car il y a des règles générales de méthode qui dérivent des lois mêmes de la pensée, et les différentes sciences sont trop étroitement solidaires pour pouvoir s'ignorer.

La linguistique emprunte des éléments à la psychologie et à la physiologie. De ses deux branches, l'une, la phonétique, étude des sons du langage, a un point de départ essentiellement physico-physiologique; l'autre, la sémantique, analyse les rapports entre les sons et les concepts. La phonétique, longtemps

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négligée, — les anciens grammairiens Ti^noraienl presque totalement — a ensuite attiré Tatlention et les efforts de la grande majorité des travailleurs : aussi a-t-elle aujourd'hui singulièrement dépassé sa rivale par sa perfection scientifique et la rigueur de ses lois.

Comme toutes les sciences inductives, la linguistique part de Tobservation des faits pour s'élever à la détermination des lois. A Tinstar de la biologie, elle a sa statique, sa cinématique, sa dynamique.

Auguste Comte et Herbert Spencer, qui furent pourtant les contemporains et même les cadets des Grimm, des Bopp, des Diez, avaient oublié la linguistique dans leur classification des sciences. Mieux informés, les philosophes modernes lui ont assigné une place très précise dans les sciences sociales *. Mais ils ont attendu longtemps, jusqu'à une époque toute récente, de la part des linguistes un premier essai de synthèse générale qui vînt combler celle lacune dans la méthodologie des sciences.

Il serait faux d'en conclure que les linguisles aient

1. E. Goblot, Essai sur la classification des sciences, Paris, i898, pp. 223-4. Mais les philosophes ignoraient encore à celte époque la science linguistique. M. Goblot en effet {op. cit., p. 200), parlant d' « une science purement spéculative des conditions et lois générales du langage », ajoutait : « cette science, entrevue déjà, et commencée bien des fois, puis discréditée, abandonnée ou plutôt ajournée... » Ce n'était pas exact en 1898, ce le serait encore moins à l'heure actuelle, après les récents travaux de synthèse qui ont vu le jour. Mais ce passage suffit à prouver qu( les philosophes ont ignoré aussi longtemps les linguistes quo les lin guistes les philosophes.

travaillé sans méthode. Après s'être formée lentement, à la double lumière de la grammaire historique et de la grammaire comparée, cette méthode s'est surtout nettement dégagée depuis une trentaine d'années. C'est en 1878 que les néo-grammairiens, Brugmann et OsthofT^ à la suite de Leskien, étabhrent nettement le concept de loi linguistique, qui existait déjà chez beaucoup de linguistes à l'état plus ou moins conscient, et posèrent l'analogie comme principe directeur des évolutions sémantiques. Ces affirmations furent vivement discutées avant d'être admises : encore aujourd'hui elles ne sont pas unanimement acceptées.

Des événements importants se sont également produits dans le domaine de l'observation des faits. La nouvelle école, qui donne le pas à la langue parlée sur la langue écrite, a ouvert toutes grandes les portes de la science aux patois, si longtemps et si injustement dédaignés. Et tandis que les uns élargissaient ainsi à l'infini le champ d'études, d'autres — parfois les mêmes — renouvelaient la méthode d'observation : la création de la phonétique expérimentale ^ fut une véritable révolution, féconde en heureux résultats; peut-être l'application de la psychologie expérimentale produira-t-elle le même effet pour la sémantique

Mieux outillée et plus consciente de ses moyens, la

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