‹ La langue française d'aujourd'hui; évolution, problèmes actuelsChapitre 37 sur 58 · Morphologische Untersuchungen^ Leipzig · texte numérisé non relu

Morphologische Untersuchungen^ Leipzig

2. Abbé Rousselot : Les Modifications phonétiques du langage dans le parler d'une famille de Cellefrouin, Paris, 1891 ; — Principes de phonétique expérimentale (en cours de publication).

science peut désormais aspirer aux synthèse . L'effort vers la synthèse est certainement une des tendances les plus caractéristiques de la linguistique au début du xx® siècle. Fait curieux : le même phénomène^ s'était produit cinquante ans auparavant. Les premières découvertes de la science avaient été si rapides^ et si nombreuses qu'on n'avait pu résister au désir de coordonner et de grouper les faits. Les erreurs et les imperfections de ces généralisations un peu hâtives

— qui eurent cependant leur utilité et révélèrent chez leurs auteurs une grande puissance synthétique — avaient si vivement frappé leurs successeurs que, pendant un demi-siècle, on resta confiné dcins Tanalyse la plus minutieuse et la plus rigoriste, absolument indispensable pour donner à la science des assises définitives et inébranlables. Un esprit comme Gaston Paris ne dédaigna pas, pour montrer' la constance des lois phonétiques et la rigueur de la méthode, d'analyser un à un — travaél colossal — tous les mots de la langue française où la voyelle tonique provient d'un 6 latin. Sur cette enclume rigide, la linguistique

— la phonétique surtout — s'est forgé un outil bien trempé qui permet désormais de reprendre l'œuvre de synthèse. On peut juger du chemin parc ouru en comparant la grammaire de Bopp (1833-184-J) à Ylntroduction à létude comparative des langues indoeuropéennes de M. Meillet (1903), et, dans un domaine un peu plus restreint, la Grammaire des langues romanes de Diez (1857) à celle de M. Meyer-Lûbke (1890-1900). Moins téméraires que leurs devanciers,

les linguistes actuels n'affirment que lorsqu'ils possèdent la certitude scientifique : aussi sont-ils assurés, pour les parties de l'édifice qu'ils construisent, de faire œuvre solide et durable.

Parallèlement, la philosophie de la linguistique a séduit, depuis quelques années, les maîtres de la science. Pour ne citer que les œuvres les plus caractéristiques, les Antinomies linguistiques^ de V. Henry (1896), envisagent quelques-unes des plus graves questions que la science du langage soit appelée à résoudre; la Sémantique de M. Bréal (189^) s'efforce, pour la première fois, de grouper autour de quelques principes généraux les faits sémasiologiques si complexes et si touffus; Die Sprache, de M. Wundt^ est l'analyse remarquable des mêmes phénomènes effectuée par un psychologue de haute valeur.

Les philosophes, toutefois, reprochent aux linguistes de ne pas être suffisamment venus chez eux : critique en partie fondée, qui explique peut-être la répugnance, la froideur des linguistes à l'égard de la synthèse méthodologique. C'est aussi pour cette raison — sans parler des lacunes encore imparfaitement comblées — qu'ont surgi entre philosophes et linguistes des antinomies — pour employer l'heureuse expression du regretté Victor Henry — résolubles, semble-t-il, par un travail en commun. Là encore les linguistes se sont trop isolés, moins encore

1. Voelkerpsychologie, I" Band : Die Sprache (Leipzig, 1900, 2" éd., 1905). — A citer aussi en Allemagne l'ouvrage fondamental de H. Paul, Prinzipien der Sprachgeschichte.

des psychologues que des logiciens. Pour ne citer que deux faits capitaux, sur lesquels je re^ iendrai, , philosophes et linguistes ne sont d'accord ni sur la^ constance des lois phonétiques, ni sur rincouscience des phénomènes sémantiques.

Ce n'est que tout récemment qu'on a songé à confronter les méthodes d'induction avec les fait^ phonétiques : et pourtant il est bien évident que, philoso-phiquement, une loi de succession n'a aucune certitude tant que la valeur de l'induction n'est pas légitimée, et tant que le rapport entre l'an! écédent et le conséquent n'est pas logiquement et rigoureusement déterminé. Or précisément, en linguistique, des quatre méthodes classiques de Stuart Mill, les deux plus importantes, qui conditionnent presque toutesles lois physiques, celles de différence et des varia- . tions concomitantes, sont radicalement inapplicables : . la première, parce que, dans le domaine des laits lin-^ guistiques, deux causes différentes peuveni engendrer des effets identiques; la seconde, pan e qu'un fait linguistique est ou n'est pas, mais n'est point, susceptible de varier pour une époque et pour uni milieu donnés. Restent donc la méthode de concor-dance et celle des résidus : la première, fort heureu- . sèment, appliquée à la phonétique, acquiert ime per-f fection qu'elle n'atteint jamais dans les sciences physiques, car, les mots étant composés d'un nombre limité de sons, il est possible, dans la très grande majorité des cas, d'isoler absolument le couple; des deux phénomènes (antécédent-conséquent) sansv

craindre, comme en physique, d'avoir néj^ligé des éléments inconnus qui auraient pu agir à notre insu*. Il faut donc souhaiter une coopération plus active entre linguistes et philosophes, et encourager les efforts des travailleurs qui s'orientent dans cette direction.

L'observation des faits devient de plus en plus précise et minutieuse : il ne saurait y avoir aucun excès dans ce besoin d'analyse; on ne peut apporter trop de rigueur dans l'observation.

En phonétique, on a décomposé les mots en sons : chaque son a été d'abord déterminé par la méthode auditive. Mais l'analyse est allée plus loin et, comme la cytologie après l'histologie, elle a disséqué et regardé au microscope, toujours plus grossissant, ces cellules linguistiques qui paraissaient d'abord des éléments primordiaux d'une unité indivisible. La phonétique expérimentale, appliquant à la phonétique la méthode graphique de Marey, a montré que chaque son du langage est une synthèse de phénomènes fort complexes : elle a analysé les nombreux organes qu'il met enjeu successivement ou simultanément, la nature de leurs mouvements, la position des points d'articulation, l'intensité des pressions exercées par les muscles, la puissance du courant d'air expiratoire buccal

1. Cf. A. Dauzat, Essai de méthodologie linguistique, 1906, pp. 117 et suiv.

A. Dauzat. — Laague française d'aujourd'hui. 15

OU nasal, les vibrations laryngiennes, dont les courbes ont été géométriquement et algébriquement léterminées K La voyelle ou la consonne varie en outre pendant le court espace de sa durée : la nature du son est différente suivant qu'on envisage le début, le milieu ou la fin de son émission ; elle diffère encore selon la place dans le mot, suivant le son qui précède ou qui suit. On voit quel immense champ d'action ouvre à la phonétique la méthode graphique, qui n'est encore qu'au début de ses découvertes.

Pareille révolution n'a pas encore été eni egistrée par la sémantique : mais il semble qu'elle se prépare, et les travaux de MM. Thumb et Marbe^ entre autres, annoncent une orientation dans la même voie. Cette association entre un linguiste et un psycho-physiologiste était particulièrement intéressante pour déterminer les conditions dans lesquelles se produisenlles phénomènes analogiques. Les premières recherches des expérimentateurs ont consisté à prononcer successivement un certain nombre de mots devant différents sujets, en demandant à ceux-ci de leur dire chaque fois le premier mot qu'aurait évoqué en eux l'audition de chacun de ces vocables. Le temps écoulé entre la demande et la réponse était rigoureusement chronométré. On pouvait ainsi déterminer, sur un grand nombre de faits, dans quels sens s exerçait l'analogie, et le degré de rapidité, suivant les cas, de

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