Voir ci-dessous, II* partie, ch. u
paraissait, à première vue, se présenter sons un aspect révolutionnaire : et voilà pourquoi elle devait soulever le toile du monde lettré. Ils ont été douloureusement surpris de voir leurs intentions mécocnues. Mais s'étaient-ils suffisamment souciés des contingences? et n'ont-ils pas vu qu'en heurtant trop d'habitudes, somme toute respectables, et en voulant trop réformer à la fois, on risquait de s'aliéner l'opinion, et — l'événement l'a prouvé — de faire échouer toute réforme?
Il est donc souhaitable que chacun reste dans son domaine : que les linguistes ne donnent pas de conseils littéraires (ils n'y songent guère pour le moment); en revanche que les littérateurs ne s'occupent pas de grammaire (ce fut souvent leur })éché mignon). Mais pour atteindre ce double but, il est nécessaire qu'ils se pénètrent un peu plus les u.is les autres, qu'ils prennent contact et apprennent à se connaître, ne fût-ce que pour collaborer utihment dans les questions mixtes, comme la réforme de l'orthographe, où leur coopération est nécessaire. Je m'estimerais heureux si ce petit volume pouvait contribuer à ce résultat : ayant un pied dans chaque camp, je crois avoir l'impartialité suffisante pour juger des divers points de vue et concilier, s il se peut, les antinomies en présence.
Il importe, avant tout, d'inculquer aux littérateurs le respect linguistique du français. Il ne faut pas que quiconque lient une plume considère sa langue comme un jouet et en fasse le souffre-douleur ce ses
fantaisies*. Soyons convaincus que — contrairement à l'opinion répandue — les écrivains ont fort peu d'influence sur l'évolution des langues. Le peuple est notre souverain maître de langage : ses arrêts sont sans appel, et l'usage justifie tout, — solécismes et barbarismes. La prescription n'est pas moins utile en grammaire que dans le domaine juridique, bien que les délais requis soient nécessairement plus longs : si l'on devait demander aux formes et aux mots actuels des titres justificatifs historiques autres que la possession d'usage, il faudrait instruire des procès contre tous les termes et locutions de la langue française et frapper chacun d'eux, au nom du purisme, de l'excommunication linguistique et du bannissement perpétuel î
1. Voir, à ce sujet, La langue nouvelle, par A. Claveau (i907).