Paris, 1900-1908 (voir ci-dessus, p
2. R. Gauthiot : Étude d'un dialecte lithuanien : le par er de Bmvidze, 1903.
prêter les langues mortes avec plus de certitude scientifique, car il est bien vraisemblable que la variété historique des procédés linguistiques n'a pas été plus grande que la variété géographique actuelle K
Les linguistes ne sont pas tous d'accord sur les sens qu'ils donnent au mot « loi ». Pour la majorité d'entre eux, — c'était l'opinion de Victor Henry et c'est celle de la plupart des romanistes — la loi, suivant la définition des philosophes, est un rapport de nécessité entre deux phénomènes ou deux séries de phénomènes. Au contraire, M. Bréal, M. Meillet, M. Maurice Grammont dénomment lois les principes directeurs qui président à l'évolution des phénomènes : M. Meillet propose d'appeler « équivalences » les lois phonétiques, au sens strict du mot, telles que les entendent les linguistes du groupe précédent.
La première terminologie paraît préférable : il n'y a aucun motif pour que les linguistes donnent un sens particulier au terme de « loi », et abandonnent la définition précise et rigoureuse en usage chez les philosophes et logiciens^ et acceptée par tous les savants. C'est celle que j'emploierai exclusivement.
Deux écoles sont ici en présence. La première, qui voit ses adeptes diminuer de jour en jour, et qui ne compte plus guère, à l'heure actuelle, qu'un nom de
1. Cf. ci-dessus, pp. 100-101, en ce qui concerne spécialement a phonétique.
haute valeur, M. Bréal, révoque en doute Texi-tence des lois linguistiques, « lois sans exception--, lois aveugles* ». La nouvelle école, au contraire, à la suite des néo-grammairiens, affirme l'existence de lois linguistiques, aussi rigoureuses que les lois physiques ou chimiques — du moins dans le domaine delà phonétique.
Les lois phonétiques constituent en effet le type des lois linguistiques : sur ce terrain, les néo-grainmairiens ont la victoire facile et leurs adversaires, raalgré leurs réserves et un dernier reste de scepticisme, sont bien près de passer condamnation sur ce point, pour porter tous leurs efforts et chercher à reprendre l'avantage dans le domaine de la sémantique.
La linguistique, comme les autres sciences inductives, connaît des lois de succession et des lois de coexistence : les premières lui sont fournies par la grammaire historique, les secondes parla grano maire comparée. Les deux points de vue sont connexes et solidaires : mais le première le pas sur le second :1a grammaire comparée n'est que la conséquerce, le corollaire de la grammaire historique. Les véritables lois linguistiques sont donc les lois de succession.
Un exemple : ié tonique en français correspond à e provençal, à ie italien, à /lorrain, pour ne citer que ces quatre idiomes : voilà une loi de coexistent e que nous enseigne la grammaire comparée. Mais cette loi n'a pu être établie qu'après que la grammaire